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Francisco de ZURBARAN et atelier Fuente de Cantos, 1598 - Madrid, 1664
Saint Joachim et la Vierge Marie
Estimate:
€100,000 - 150,000

Description

Francisco de ZURBARAN et atelier Fuente de Cantos, 1598 - Madrid, 1664
Saint Joachim et la Vierge Marie
Huile sur toile

(Restaurations)


Saint Joseph, oil on canvas, by F. de Zurbaran and studio

63.77 x 42.51 in.

162 x 108 cm
Provenance:

Acquis sur le marché de l'art parisien au milieu des années 1980 par l'actuel propriétaire ;

Collection particulière, Haute-Savoie

Comment:

Ce grand tableau rejoint les cimaises d’Artcurial alors que l’exposition Zurbaran vient d’ouvrir ses portes au musée du Louvre à Paris. Il s’agit de la troisième rencontre historique avec le corpus de l’artiste en France. La première correspond à la constitution de la galerie espagnole du roi des Français Louis-Philippe et son ouverture au public entre 1838 et 1848 et la deuxième était l’incroyable exposition de 1987-1988 à New York et Paris1. Les pillages napoléoniens puis la galerie espagnole du roi et enfin le mariage de son fils le duc de Montpensier avec l’infante Louis-Fernande de Bourbon permirent à un véritable goût espagnol de fleurir en France au XIXe siècle. Les répercussions sur un pan entier de notre peinture alors contemporaine sont largement connues et Manet n’est que l’exemple le plus célèbre de cette influence. Bénéficier d’un nouveau regard sur l’œuvre de l’un des plus grands maîtres espagnols, à 40 ans d’intervalle, entre 1987 et 2026, est très précieux et nous nous apercevons que plus le temps s’écoule, plus Zurbaran est « moderne ». Ses représentions extrêmement synthétiques, ses fonds obscurs, saturés et neutres dont émergent de puissants visages, le sens théâtral et dramatique de ses compositions, l’attention concentrée souvent sur une seule expression empreinte de douleur : voilà des composantes radicales qui séduisent aujourd’hui un public averti comme néophyte.


Notre grande toile, dans un chromatisme sombre dont émerge la figure lumineuse et innocente de la Vierge enfant, représente Joachim et sa fille Marie. Les récits de la vie d’Anne et Joachim, ainsi que de l’enfance de la Vierge, sont issus des textes apocryphes, notamment La Légende dorée de Jacques de Voragine. Pieu et en charge des sacrifices au temple de Jérusalem, Joachim est berger et consacre beaucoup de temps avec son épouse au soin des pauvres. L’épisode de la porte dorée nous rappelle l’intercession du divin dans la grossesse d’Anne après 20 ans d’infertilité. Notre iconographie est rare puisque Joachim est habituellement représenté avec un bâton de berger. Ici il tient des fleurs qu’il offre à Marie, sans doute une référence à la fertilité dont il bénéficie tardivement, prédestinant son enfant au rôle de mère du Sauveur.


Notre toile est à rapprocher des productions de la dernière partie de la carrière de Zurbaran, après la mort de son fils Juan en 1649 et l’épidémie de peste qui fait rage en Espagne entre 1649 et 1652. Nous ne connaissons que peu de choses sur la vie de l’artiste durant ces années. Dans la première partie des années 1650 son style s’assouplit et une certaine rondeur vient marquer son œuvre, sans doute sous l’influence de Murillo. Le visage sévère de Joachim peut être rapproché de celui du Saint Paul2, conservé dans l’église San Esteban à Séville (fig. 1), à son emplacement d’origine, inséré dans un retable achevé en 1660. Plus heureux est le visage de la Vierge qu’il convient de rapprocher des nombreuses Immaculées Conceptions enfantines que Zurbaran multiplia dans les dernières années de sa vie. Il s’inspira sans doute pour notre tableau de sa fille Manuela, baptisée à Séville en avril 1650, pour ses nombreuses représentations de la Vierge enfant. Un visage arrondi, des yeux assez formés et des carnations rosées sont autant d’indices qui comme concluaient les auteurs du catalogue d’exposition de 1987-1988 : « Une patiente observation de certains de ces visages dans les œuvres de la fin de la carrière de Zurbaran nous a amené à leur trouver un air de famille »3. L’assouplissement des plis de la robe, plus ronds et moins cassés que dans les années 1630-1640 confirme la datation de l’œuvre. L’immaculée Conception enfant4, signée et daté 1656, présente les mêmes caractéristiques (fig.2). Manuela Zurbaran a alors six ans, à peine plus dans notre toile.


Dans un courriel en date du 26 janvier 2013, Odile Delenda indique que selon elle les visages seraient exécutés par Zurbaran et que le reste reviendrait sans doute à Bernabé de Ayala.

Dans un courriel en date du 12 décembre 2011, Enrique Valdivieso précise que notre tableau a été réalisé par Francisco de Zurbaran avec l’aide de son atelier.



1-    Zurbaran, exposition au Metropolitan Museum of Art, New York, 16 septembre – 14 décembre 1987 et aux Galeries Nationales du Grand-Palais, Paris, 14 janvier – 11 avril 1988.

2-    Francisco de Zurbaran, Saint Paul, huile sur toile, 180 x 110 cm., Séville, église San Esteban

3-    Zurbaran, exposition au Metropolitan Museum of Art, New York, 16 septembre – 14 décembre 1987 et aux Galeries Nationales du Grand-Palais, Paris, 14 janvier – 11 avril 1988, cat. 313

4-    Francisco de Zurbaran, L’immaculée Conception enfant, huile sur toile, signée et daté 1656, 193 x 156 cm., Collection Placido Arango en 1988.


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