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Louis Gabriel MOREAU, dit MOREAU l’Aîné Paris, 1740 – 1806
Vue des coteaux de Bellevue pris du parc de Saint-Cloud
Estimate:
€250,000 - 350,000

Description

Louis Gabriel MOREAU, dit MOREAU l’Aîné Paris, 1740 – 1806
Vue des coteaux de Bellevue pris du parc de Saint-Cloud
Huile sur papier marouflé sur toile

View of the Bellevue slopes, seen from the Parc de Saint-Cloud, oil on paper laid down on canvas, by L. G. Moreau called Moreau l'Ainé

22.04 x 32.48 in. 

56 x 82.5 cm
Provenance:

Collection Jean de Cayeux (1913-2009) en 1938 ;

Collection de Humbert de Wendel (1876-1954) en 1948 ;

Collection de Madame la baronne Seillière en 1957 ;

Vente anonyme ; Paris, Hôtel Drouot, Piasa, 18 décembre 2002, n° 63 ;

Acquis lors de cette vente par le père de l’actuel propriétaire ;

Collection particulière, Paris

Exhibitions:

XXIe exposition, biennale internationale des Beaux-Arts, Venise, 1938, p. 85 du catalogue

Peinture de la réalité au XVIIIe siècle, Paris, Galerie Cailleux, 1945, n° 22

Hubert Robert. Louis Moreau, Paris, Galerie Cailleux, 26 novembre - 20 décembre 1957, n° 61

The Age of Louis XV, Toledo, The Toledo Museum of Art, 26 octobre-7 décembre 1975, Chicago, Art Institute, 10 janvier – 22 février 1976, Ottawa, The National Gallery of Canada, 21 mars – 2 mai 1976, p. 58, n° 70, pl. 126

Bibliography:

Michel Florisoone, La peinture française. Le dix-huitième siècle, Paris, 1948, p. 106, pl. 146

Comment:

Œuvre en rapport :

Louis-Gabriel Moreau l’Aîné, Vue des coteaux de Bellevue prise du parc de Saint-Cloud, huile sur toile, 56 x 81 cm, Paris, musée du Louvre, RF 719


L’aîné des frères Moreau, Louis-Gabriel, se démarqua tout au long de sa carrière de paysagiste comme un peintre audacieux qui chercha sans cesse à dépasser les limites que le genre auquel il se consacra avait imposées depuis le XVIIe siècle. Tourné en son temps vers les préoccupations des peintres hollandais qui le précédèrent d’un siècle, tels que Jacob van Ruysdael (1628-1682), notamment dans leur représentation de la nature, il sut distiller dans sa peinture le charmant goût du pittoresque caractéristique de son temps. Ce double intérêt allait conduire l’artiste à développer une manière de peindre aussi remarquable que novatrice, particulièrement visible sur notre œuvre, annonçant avec plusieurs décennies d’avance l’émergence du paysage romantique, en plein néoclassicisme.

Né à Paris en 1740, c’est auprès de Pierre-Antoine Demachy (1723-1807) que Moreau apprit la peinture avant de présenter, à partir de ses vingt ans, ses premières œuvres à l’Exposition de la Jeunesse qui se tenait sur la place Dauphine, à Paris. Il fut reçu à l’Académie de Saint-Luc en 1764, mais ne parvint jamais, avant la Révolution, à intégrer les rangs de l’Académie royale. Son originalité et sa spécialité ne furent sans doute pas étrangères à ce refus. Néanmoins, il reçut du comte d’Artois (1757-1836), le futur Charles X, de nombreuses commandes et devint son peintre ordinaire. La fin de sa carrière se poursuivit au Louvre, alors Museum central des Arts, où il occupa le poste de conservateur et restaurateur jusqu’à sa mort, en 1806.

Moreau n’ayant semble-t-il jamais quitté la région parisienne, il développa un sens particulièrement aiguisé pour choisir aux alentours de Paris les sites les plus dignes de son talent singulier de paysagiste. Pour notre composition, l’artiste jeta son dévolu sur la plus grande dépression du Bassin parisien et certainement l’une de ses vues les plus pittoresques : le chevalet posé dans le parc de Saint-Cloud, près de la rive de la Seine, il regarde les coteaux arborés de Meudon dans la timide lumière d’une fin d’après-midi d’été.

Au premier plan, l’ordonnance parfaitement orthonormée des jardins louis-quatorziens du parc de Saint-Cloud et son épaisse palissade de tilleuls placent le regard, puis le guident, à travers une vaste percée enchâssée entre de majestueux chênes. Les eaux argentées de la Seine se dévoilent alors jusqu’aux falaises et au château de Bellevue qui les domine à l’arrière-plan. Malgré les quelques figures éthérées qui peuplent ce paysage, leur insignifiance et la matière diluée avec laquelle elles sont exécutées nous renseignent sur le véritable sujet de Moreau : saisir la beauté pittoresque de la Nature.

Pour y parvenir, l’artiste déploie une touche particulièrement riche et fluide s’agissant de la végétation et du sol à travers une palette chromatique à dominante chaude, allant du brun ocre au bleu clair en passant par des verts profonds. Cette harmonie chromatique enveloppante est produite par la sous-couche brune, énergiquement brossée, qui transparaît – quand elle n’est pas savamment laissée apparente – sur les troncs des arbres, dans le feuillage des tilleuls ou sur les parterres du premier plan. Moreau dispose ensuite sur cette première couche assez fluide une matière plus épaisse, donnant ainsi un relief remarquable à son œuvre. Pour rendre un tel hommage à la Nature, l’artiste exploita avec virtuosité la technique de l’huile sur papier en la mettant au service de son sentiment.

Notre composition constitue une variation de la toile de mêmes dimensions, Vue des coteaux de Bellevue prise du parc de Saint-Cloud, aujourd’hui conservée au musée du Louvre. Moreau aurait peint notre œuvre sur papier dans un premier temps, fixant possiblement sur place sa composition à l’huile sur un support aux dimensions de son œuvre finale. Il accorde une grande importance à la végétation, à la Seine et à la lumière orangée de son paysage plutôt qu’aux figures plus nombreuses, affairées et achevées de la version du Louvre. En considérant cette œuvre comme préparatoire, ce caractère expliquerait la touche vibrante, enlevée et spontanée avec laquelle Moreau élabore sa vue, contrairement à l’aspect davantage figé et sec de la toile du Louvre.

Cependant, il convient de ne pas négliger l’hypothèse d’une exécution postérieure à cette dernière œuvre. En effet, notre paysage peut également constituer une réplique réalisée par l’artiste afin de conserver le souvenir de sa composition. Outre le caractère personnel de cette pratique, elle était particulièrement appréciée des paysagistes – comme des portraitistes – car elle leur permettait d’offrir à leur clientèle, dans l’atelier ou lors d’expositions, un véritable catalogue illustré de leur production dans lequel le futur acheteur faisait son choix. La dimension professionnelle et commerciale de ce type d’œuvre impliquait donc un juste équilibre entre un faire rapide et une finition désirable. De ce fait, la personnalité artistique de Moreau se trouve savoureusement traduite sur le papier et exprime son goût novateur au XVIIIe siècle pour les paysages aussi touchants par leur attrait pittoresque que saisissants par leur réalisme.

L’artiste fait de la vision de ce site grandiose, qu’il sublime grâce à son pinceau, le témoin d’une véritable transition entre le XVIIIe et le XIXe siècle. Ce dernier sera le temps de l’apothéose de la peinture de paysage, des romantiques aux impressionnistes, en passant par l’école de Barbizon, initiée par des artistes précurseurs aux ambitions fascinantes, parmi lesquels se distingue avec brio Louis-Gabriel Moreau.


Ce lot est vendu en partenariat avec Pierre Bergé & Associés.


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