Toile agrandie dès l'origine de quatre fines bandes sur les côtés
Bust portrait of Marie Leczinska, Queen of France, wearing a red dress, oil on canvas, by J.-M. Nattier
31.88 x 25.19 in.
Vente anonyme ; Versailles, 24 novembre 1968, n° 116 (comme Atelier de Jean-Marc Nattier) ;
Vente anonyme ; New York, Christie's, 25 mai 1999, n° 142 ;
Probablement acquis lors de cette vente par la famille de l'actuel propriétaire ;
Collection particulière, Paris
Thérèse Burolett, Musée Cognacq-Jay, Peintures et dessins, 1980, p. 154, sous le numéro 73
Œuvre en rapport :
Jean-Marc Nattier, Marie Leszczynska, reine de France, huile sur toile, 139 x 107 cm, 1748, Versailles, musée du Château de Versailles et de Trianon, MV 5672 (Fig. 1)
Le portrait de cour du XVIIIe siècle doit au peintre Jean-Marc Nattier quelques-unes de ses images les plus emblématiques. Né en 1685 au sein d’une famille d’artistes, il manifesta dès son plus jeune âge un talent certain pour le dessin avant d’être choisi, en 1715, comme portraitiste du tsar Pierre Ier le Grand (1672-1725), qu’il suivit jusqu’en Russie. De retour en France en 1717, il fut reçu à l’Académie royale l’année suivante et poursuivit avec succès sa carrière. Cependant, l’effondrement du système de Law, auquel il participa activement – et c’est là toute l’ironie de l’histoire de l’art –, le ruina et l’obligea à se consacrer presque exclusivement au portrait, genre pour lequel il est aujourd’hui particulièrement célèbre, afin de subvenir aux besoins de sa famille.
Nattier se fit rapidement une place de choix parmi les portraitistes de la Cour grâce à l’acuité dont il fit preuve pour saisir avec sobriété et noblesse ses modèles et leur personnalité. D’abord peintre de la famille d’Orléans, l’artiste reçut ensuite les prestigieuses commandes des portraits des Filles de France et sublima avec tant d’élégance ses modèles qu’il gagna de leur mère, la reine Marie Leszczynska, la faveur de brosser son portrait, en 1748.
Exposée la même année au Salon, l’œuvre, assez éloignée du grand portrait d’apparat classique, rencontra un vif succès auprès de la Cour et du public (Fig. 1). Plusieurs répliques furent ainsi commandées à Nattier, parmi lesquelles se distinguèrent des versions réduites en buste, particulièrement touchantes et délicates.
De ces dernières, notre œuvre fait sans conteste partie des plus fines et des plus remarquables. Selon ses désirs, la reine fut représentée en « habit de ville1 », composé d’une somptueuse robe de velours rouge bordée de fourrure et ornée de dentelles et de rubans. Un bonnet ajusté par une marmotte de tulle noir vient couronner le modèle qui oriente son visage vers la gauche en faisant s’échapper au loin un regard tendre. De l’autre côté de la composition, la reine pose sa main sur une Bible ouverte, véritable traduction picturale de sa foi et de la droiture morale dont elle fit preuve tout au long de sa vie.
Parvenu jusqu’à nous sur sa toile et son châssis d’origine, ce portrait révèle un état de conservation exceptionnel et une particularité technique qu’il convient de souligner : il fut, dès sa création, agrandi sur ses quatre côtés à l’aide de bandes de toile cousues. Ce travail précis de cadrage du tableau démontre une réelle réflexion de l’artiste et un désir de perfectionnement de la présentation de l’œuvre. Il s’agit donc d’une étape de conception et non de répétition, qui atteste, avec la qualité de son exécution, le caractère autographe de cette œuvre.
1 : D’après les mots de la femme de Louis Tocqué (1696-1772), un autre portraitiste de la reine Marie Leszczynska. Pierre de Nolhac, Nattier, Peintre de la Cour de Louis XV, Paris, 1925, p. 140.