Remarques de Charles de Gaulle sur la stratégie militaire française et ses faiblesses.
« Me reportant au discours prononcé le 15 mars 1935 à la Chambre par le général Maurin, ministre de la Guerre du Cabinet Flandin, en réponse notamment à votre propre intervention, je lis ce qui suit :
“Comment peut-on croire que nous songions encore à l’offensive, quand nous avons dépensé des milliards pour établir une barrière fortifiée ? Serions-nous assez fous pour aller, en avant de cette barrière, à je ne sais quelle aventure ?
“Cela seul, Messieurs, vous montre quelle est la pensée du gouvernement. Car le gouvernement, tout au moins en ma personne, connaît parfaitement le plan de guerre…”
Hitler, ayant lu ces déclarations, était tout à fait fixé. Il pourrait, un an plus tard, passer le Rhin avec la certitude que nous ne bougerions pas (7 mars 1936).
Et n'est-il pas évident qu’une pareille politique militaire, non seulement suivie, mais vantée, étalée, proclamée, nous condamne par avance à perdre la partie diplomatique à Bruxelles (c'est fait), à Belgrade (c’est en cours), à Varsovie, à Prague ?
Je me permets de penser que ces paroles du général Maurin, il y a intérêt à les porter en épingle dans votre prochain livre sur la politique militaire, notamment pour montrer que, le 7 mars, nous l’avons nous-même provoqué, et que, vraiment, c’est trop bête. »
Excellent état malgré d’infimes piqûres.
L. N. C., vol. 1, p. 831-832.