Signé sur la terrasse "Degas", numéro et cachet de fondeur sur la terrasse "CIRE/PERDUE/ AA HEBRARD 11/K"
Conçu circa 1881, cette épreuve fondue entre 1919 et 1937
Hauteur: 23 cm
Mr. & Mrs. Heldring, Amsterdam, (19 janvier 1926)
Vente Londres, Sotheby's, 29 novembre 1967, lot 18
Louis Franck, Lausanne
Collection particulière, Suisse
Simon C. Dickinson Ltd., Londres
Acquis auprès de ce dernier par l'actuel propriétaire en 2005
J. Rewald, Degas: Works in Sculpture, A Complete Catalogue, New York, 1944, p. 19, n°IV, reproduit pp.38 et 39 (un autre exemplaire et la cire originale).
L. von Matt, J. Rewald, Degas: Sculpture, Zürich, 1957, n°IV p.143 reproduit pl. 7, 21 et 22 (un autre exemplaire)
F. Russoli, F. Minervo, L’Opera completa di Degas, Milan, 1970, n°S39, reproduit p. 143, (un autre exemplaire)
C.W. Millard, The Sculpture of Edgar Degas, Princeton, 1976, pp. 24 et 106, reproduit pl.15 (cire originale)
J. Rewald, Degas’s Complete Sculpture, Catalogue Raisonné, San Francisco, 1990, n°IV reproduit pp. 50-51, (cire originale et un autre exemplaire)
A. Pingeot, Degas Sculptures, Paris, 1991, n°39, reproduit p. 172 (un autre exemplaire)
S. Campbell, "Degas, The Sculptures: A Catalogue Raisonné" in Apollo, vol. CXLII, n°402, August 1995, n°11, reproduit p.16 (un autre exemplaire)
J.Czestochowski, A.Pingeot, Degas Sculptures: A Catalogue Raisonné of the Bronzes, International Arts, Memphis, 2002, pp.142-143, reproduit en couleur p. 142 (un autre exemplaire), reproduit en noir et blanc p.143 (cire originale)
S. Campbell, R. Kendall, D.S. Barbour, S.G. Sturman, Degas in the Norton Simon Museum, Pasadena, 2009, vol. II, pp. 229-231, reproduit (cire originale et un autre exemplaire)
Bronze with red-brown patina; signed on the base, numbered and foundry mark on the base; Height: 9 in.
Lot en importation temporaire :
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Lot in temporary importation :
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« Le champ de courses est d’abord pour Degas un champ d’expériences, celui du sujet moderne. Exactement comme il le fait avec le ballet, chez lui ce sont deux thématiques parallèles, un peu similaires », explique le conservateur et historien de l’art Henri Loyrette à l’occasion de l’exposition Peindre les courses qu’il organise en 2018 avec l’écrivain Christophe Donner aux Château de Chantilly et Musée Condé.
L’exposition se concentre sur le travail de trois artistes, l’anglais George Stubbs (1724-1806), et les français Théodore Géricault (1791-1824) et Edgar Degas (1834-1917). Ce dernier est donc choisi comme un des représentants majeurs de la thématique équine.
En effet, l’étude du cheval permet au peintre et sculpteur français d’enrichir sa recherche sur le mouvement, leitmotiv de sa carrière. Les torsions de l’équidé, ses allures, son port, passionnent Degas qui renouvelle l’approche classique du sujet déjà largement exploré par les maîtres anciens tels Uccello, Gozzoli ou Van Dyck. Il profite de la multiplication des courses équestres dans le Paris de la fin du XIXe siècle, fortement influencé par la mode anglaise, et se nourrit de la précision récemment apportée par la chronophotographie. Cette dernière révolutionne le motif pictural équin : dans les années 1870, le physiologiste français Étienne-Jules Marey et le photographe britannique Eadweard Muybridge (qui publie en 1878 des planches photographiques de chevaux décomposant les différentes allures) révèlent que l’histoire de l’art s’est complètement trompée dans la représentation du cheval en mouvement. Degas se penchera particulièrement sur la question mais assurera la suprématie de l’œil sur la science dans le domaine créatif : « On voit comme on veut voir, c’est faux, et cette fausseté constitue l’art ». La véhémence de cette affirmation engendre une prise de position forte compte tenu de la représentation du mouvement dans l’œuvre de Degas. La photographie retranscrit la vérité mais fige le mouvement, alors que la peinture ou la sculpture fait le choix du faux, en connaissance de cause, pour mieux rendre hommage au mouvement.
Dans Cheval marchant au pas relevé, bronze présenté ici et réalisé circa 1881 (il est très difficile de dater les sculptures de l’artiste), Degas représente en réalité un cheval au trot (précisément dans le temps de propulsion puisque le cheval lève son diagonal droit qui se trouve en suspension) et non au pas comme l’indique le titre. Ici l’important pour Degas est donc de souligner la cadence du mouvement, son caractère « relevé ». Le sculpteur relève le défi de figurer un moment particulièrement fugace puisque les deux pattes de l’animal ne touchent pas le sol. Le corps du cheval est entièrement mobilisé pour accueillir le mouvement : sa peau tendue se plie à la hauteur des articulations impliquées, la crinière semble flotter sous l’effet de la force de l’air et la bouche entrouverte implique le non-repos du cheval.
Degas excelle dans l’art de la sculpture tout autant que de la peinture ou le dessin pour lesquels il est davantage plébiscité. Cent cinquante sculptures en cire ou terre sont retrouvées dans son atelier à son décès en 1917 alors que seule La petite danseuse de quatorze ans n’est dévoilée au public de son vivant lors de la sixième exposition impressionniste en 1881. Si l’œuvre a provoqué le scandale qu’on lui connait, certains en ont cependant relevé son indéniable modernité : « Du premier coup, M. Degas a culbuté les traditions de la sculpture comme il a depuis longtemps secoué les conventions de la peinture », s’enthousiasme le romancier et critique Joris-Karl Huysmans. Cheval marchant au pas relevé s’inscrit parmi ces sculptures moulées post mortem par la fonderie A.-A. Hébrard et Cie et préparées par Albert Bartholomé (1848–1928), sculpteur et ami de Degas. Elle témoigne de l’extraordinaire découverte des sculptures de Degas et symbolise la virtuosité d’expression de l’artiste français qui consacre sa vie au mouvement.
"For Degas, the racecourse was first and foremost a testing ground. One where he could carry out experiences on the modern subject. Exactly as with his works on ballet. These were two slightly similar parallel themes," explained curator and art historian Henri Loyrette on the occasion of the Peindre les Courses exhibition that he organised in 2018 with writer Christophe Donner at the Château de Chantilly and the Musée Condé.
The exhibition focussed on the works of three artists, English artist George Stubbs (1724-1806), and French artists Théodore Géricault (1791-1824) and Edgar Degas (1834-1917). The latter was chosen as one of the major representatives equine works.
Effectively, his study of horses allowed the French painter and sculptor to expand his research on movement, the leitmotiv of his career. The twists and turns of equids, their gait, and their bearing, fascinated Degas who revised the classical approach to the subject that had already been extensively explored by old masters such as Uccello, Gozzoli, and Van Dyck. He took advantage of the increasing number of horseraces in late 19th-century Paris, greatly influenced by English trends, and drew on the precision recently brought by chronophotography. This technique revolutionised equine paintings. In the 1870s, French physiologist Étienne-Jules Marey and British photographer Eadweard Muybridge (who in 1878 published photographic plates of horses, separating out their different movements) revealed that the history of art was completely mistaken in its portrayal of horses in motion. Degas would study the question in-depth but would assure that the eye was superior to science in the creative field: "We see as we wish to see. It is false. And it is this falseness that constitutes art". The forcefulness of this affirmation generates a strong viewpoint bearing in mind the representation of movement in Degas' works. Photography portrayed the truth but froze movement, whilst painting or sculpture knowingly made the choice of what was false in order to better pay tribute to movement.
In the bronze work Cheval Marchant au Pas Relevé presented here and made circa 1881 (it is very difficult to date the artist's sculptures), in reality, Degas portrayed a horse trotting (precisely at the moment of propulsion as the horse is raising its right diagonal which is in suspension) and not, as the title says, walking. Therefore, what was important for Degas here was to highlight the cadence of the movement, its "raised" character. The sculptor took up the challenge of portraying a particularly fleeting moment, as two of the animal's hooves are not touching the ground. The horse's body is fully mobilised to embrace the movement: its taut skin folds around the joints involved in the motion, its mane seems to float under the effect of the air, and its partially open mouth implies that the horse is not at rest.
Degas excelled in the art of sculpture as much as in painting or drawing, for which he was better known. When Degas died in 1917, one hundred and fifty wax and clay sculptures were found in his studio, whereas only La Petite Danseuse de Quatorze Ans had been shown to the public whilst he was still alive, during the Sixth Impressionist Exhibition of 1881. If the work caused the scandal of which we are aware, some however noted its undeniable modernity: "On his first try, Mr Degas has toppled the traditions of sculpture as, for a long time, he has shaken up the conventions of painting," said novelist and art critic Joris-Karl Huysmans, enthusiastically. Cheval Marchant au Pas Relevé is one of the sculptures cast after Degas' death by A.-A. Hébrard et Cie foundry and prepared by Albert Bartholomé (1848–1928), sculptor and friend of Degas. It bears witness to the extraordinary discovery of sculptures by Degas and symbolises the mastery of expression of the French artist who devoted his entire life to movement.