In-folio, maroquin janséniste vert lierre, dos à 5 nerfs, dentelle intérieure, tranches dorées sur marbrure (Chambolle-Duru, 1865).
Brun, 174 // Brunet, IV-778 // Cioranescu, 14715 // Fairfax Murray, 99 // USTC, 12610.
(6f.)-157f.-(1f.) / ã*6, A-Z6, Aa-Bb6, Cc8 / 190 x 312 mm.
Première édition en français illustrée de nombreux bois gravés dans le texte.
L’Hypnerotomachie ou Discours du songe de Poliphile est une œuvre italienne en prose généralement attribuée à Francesco Colonna. L’ « hypnérotomachie » signifie, dans sa traduction littérale, lutte d’amour en songe.
Poliphile s’égare dans la forêt et, menacé par un loup, s’engage sur un chemin qui le mène, sous la conduite des cinq sens, à un palais d’une grande beauté. Il y pénètre, en décrit les merveilles et rencontre diverses forces allégoriques, monstres, faunes, nymphes… Il échappe à un dragon et est présenté à la reine du lieu, Eleuthéride, déesse de la liberté. En récompense de son pèlerinage, il lui est donné de connaître Polia, la plus pure des nymphes à laquelle il voue son amour. Suit l’histoire de Polia, être pur par excellence, qui s’était consacrée à Diane pour trouver la paix et la sérénité mais qui ne trouvera la joie que dans l’amour de Poliphile.
Cet ouvrage eut une très grande influence tant dans le domaine intellectuel que dans le domaine artistique ou le domaine social. On dessina les jardins à la Poliphile, les courtisans poliphilèrent à tout-va, les rituels de la cour s’en inspirèrent… Certains y verront même une œuvre hermétique, ce qui sera confirmé par Fulcanelli qui, dans Les Demeures philosophales, y perçoit une source d’inspiration pour l’accomplissement du Grand Œuvre.
La première édition parut en latin, à Venise chez les Alde, en 1499 avec des illustrations attribuées à Giovanni Bellino. Elle fut suivie,
46 ans plus tard, de la première traduction en italien, en 1545, toujours à Venise, avec les mêmes gravures. Vient ensuite la première version en français, celle que nous présentons, qui est plus une imitation du Poliphile italien qu’une traduction littérale. Ce texte a été établi par Jean Martin, humaniste français (?-1553), secrétaire de Maximilien Sforza puis du cardinal de Lenoncourt, qui fit traduire et publier diverses œuvres comme Le Premier livre d’architecture de Serlio, Les Azolains de Bembo ou L’Architecture de Marc Vitruve.
Ce gracieux et fantaisiste roman, dédié à la beauté et à ses formes éternelles, a été imprimé pour Jacques Kerver par Louis Cyaneus, originaire de Gand et installé à Paris comme libraire-imprimeur entre 1528 et 1546. Le nom de l’auteur y est donné par les grandes initiales en tête de chaque chapitre qui, mises bout à bout, donnent : Poliam Frater Franciscus Columna Peramavit (« Frère Francesco Colonna aima passionnément Polia »).
L’édition est illustrée d’une riche iconographie : un très bel encadrement de titre de style architectural avec motifs à enroulements, putti, fruits, fleurs et deux grands satyres féminin et masculin sur les côtés, 14 pleines pages dont 3 encadrements de texte, 101 bois sur environ un tiers de page et 70 illustrations au gré du texte. L’ouvrage contient également 41 grandes lettrines à motifs foliacés, dont une contrecollée et 4 plus petites. Ces bois, librement inspirés de ceux de l’édition aldine de 1499, ont parfois été attribués à Jean Goujon mais cette attribution généralement admise reste douteuse. Brun précise que les bois de la seconde partie sont d’un talent inférieur [et qu’] ils copient plus servilement l’original.
Quelques-uns de ces bois sont libres, dont le plus célèbre est celui du sacrifice à Priape. Dans un grand nombre d’exemplaires, ces gravures ont été maculées d’encre ou grattées afin de ne rien distinguer des parties intimes. Celui que nous présentons est entièrement vierge de toute profanation.
Très bel exemplaire, grand de marges portant de pâles annotations marginales aux feuillets 10 et 22 (B4r et D4r) et 3 lignes soulignées au feuillet 97 (R1v).
Titre habilement restauré, minime réparation marginale au feuillet 51 (I3), au bord du feuillet 144 (Aa6) et au dernier feuillet (Cc8), décharge du signet dans la marge intérieure des feuillets 78 et 79 (N6-O1), petite tache aux feuillets 62 et 63 (L2-L3) et petite tache de rouille aux feuillets ã*3-ã*4.
Provenance :
Fairfax Murray (étiquette, n° 99).