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Jacob JORDAENS Anvers, 1593-1678
La belle et le bouffon au chat – ou l’éloge de la folie conjuguée au féminin
Estimate:
€40,000 - 60,000

Description

Jacob JORDAENS Anvers, 1593-1678
La belle et le bouffon au chat – ou l’éloge de la folie conjuguée au féminin
Huile sur toile

The beauty and the jester with the cat—or in praise of madness in the feminine form, oil on canvas, by J. Jordaens

33.46 x 37.20 in.

85 x 94.5 cm
Provenance:

Collection Arthur de Heuvel, Bruxelles, en 1928 ;

Vente anonyme ; Bruxelles, 11 mai 1966, n° 8 (comme Jacob Jordaens) ;

Vente anonyme ; Bruxelles, Paleis van Schone Kunsten, 18 mars 1980, n° 722 (comme Jacob Jordaens) ;

Collection particulière, Bruxelles

Exhibitions:

Exposition d’œuvres de Jordaens et de son atelier, 27 octobre 1928, Bruxelles, musées royaux des beaux-arts de Belgique, selon une étiquette au verso

Bibliography:


Leo Van Puyvelde, Jordaens, Paris, Bruxelles, 1953, p. 150 et 204

Comment:

A l’avant-plan, situés derrière le rebord d’une fenêtre entre-ouverte, apparaissent de face et en demi-figures, une jeune femme et un homme plus âgé. Il a un chat sur les genoux et un hochet sous la manche gauche. Le vêtement bicolore, la capuche aux clochettes, le hochet et le bâton à visage (une marotte), désignent le vieillard clairement comme un bouffon. Son sourire mesquin indique qu’il se moque de la stupidité des hommes. La complicité de ces deux personnages est évidente : ils ont tous les deux le visage souriant. Et elle se tourne vers lui en touchant son épaule de la main gauche, tandis que de la main droite elle tient sa marotte. Et pour cause. Le grand spécialiste de Jordaens R.-A. d’Hulst a catalogué un dessin d’une iconographie fort similaire au Metropolitan Museum de New York[1]comme une copie d’après une peinture perdue de Jordaens des années 1640-1650. Et il explique sa thématique par l’inscription sur une gravure de Pieeter II de Jode d’après Jordaens avec des personnages fort comparables. Ce texte se lit en traduction française[2]:

 

 “Bien que nous ne soyons qu’à deux, notre lignée est quand-même forte. Elles ne portent pas nos vêtements, néanmoins elles effectuent aussi le même travail.”[3]

 

L’iconographie de ce tableau est donc clairement moralisante, ce qui est typique pour l’art de cette époque. Que ce soit femme ou homme, les deux se moquent de la folie humaine et de la facilité par laquelle une belle femme sait séduire elle-seule l’homme aux actes idiots, tout en cachant sa vraie nature, car pour aller à son but, elle n’a pas besoin de l’habit du fou. Dans l’art du XVIIe siècle le chat est un symbole bien connu de telle impudicité. [4] En plus cette thématique témoigne d’une prédilection plus spécifique de Jordaens pour les proverbes et les dictons. Un engouement qui était probablement accentué par le calvinisme de son auteur, branche du protestantisme parmi les plus critiques envers les dérives humaines. Néanmoins, comme peintre, Jordaens réussit à donner à telles leçons une tournure comique et chaleureuse, selon un autre dicton bien connu : “Le fou dit sa vérité en riant”. Ce qui est clairement le cas dans ce tableau.

 

Hormis certains dessins comme l’exemplaire à New York, on conserve de cette composition plusieurs tableaux sous forme de copies ou de variantes d’atelier. En revanche, la qualité de cette version en peinture témoigne de la main du peintre lui-même : la subtilité des contours, des carnations et des pénombres – très marquée chez la femme – l’expressivité des visages, l’anatomie convaincante des mains, la souplesse des plis dans le drapé, et des détails d’une grande finesse comme la façon subtile dont le peintre rend les rubans entrelacés de la pélerine en lin de la belle : toutes ces caractéristiques témoignent de l’authenticité du tableau. Le seul autre original se trouve dans la collection Epiarte à Madrid.[5]

 

Le style de notre tableau est à rapprocher des œuvres des années 1650 comme La mort de Cléopâtre, signée et datée 1653 dans le Staatliche Gemäldegalerie à Kassel (Allemagne).[6] Là on retrouve le même traitement de l’anatomie, des visages, du modelé, du drapé et des contrastes expressifs entre la nature des hommes et des femmes.


Nous remercions Monsieur Joost Vander Auwera de nous avoir aimablement confirmé l’authenticité de cette œuvre dans un courriel en date du 8 octobre 2026 et pour la rédaction de cette notice.


[1] M. Rooses, Jordaens, Anvers, 1908, p. 263, ill. en face de la page 184. Là le vieillard montre un hibou, symbole de la folie humaine.

[2] New York, Metropolitan Museum of Art (Robert Lehman Collection), Craie noir et rouge, plume en brun, 265 x 218 mm. R.-a. d’Hulst, Jordaens Drawings, Anvers, 1974, vol. II, cat. C26 pp. 514-515, mentionnant la gravure de De Jode; vol. IV, ill. 505.

[3] Voici le texte original : “Al syn wy maer met ons twee, / Doch ons geslach is sterk, / Sy draeghen niet ons kleedt, / Maer sy doen oock het selve werck.”

[4] Par exemple chez Johan de Brune, Nieuwe Wijn in Oude Le’er zacken (Du vin nouveau dans des sacs anciens de cuir), Middelburg, 2636, p. 326 et et Adriaen Poirters, Het masker van de wereldt afgetrocken (Le masque arraché au visage du monde), Anvers, 1646, p. 349. Cette dernière publication était si populaire que l’on en connait 60 rééditions !

[5] Inv. 738. Huile sur toile, 114 x 120,5 cm. Catalogué avec littérature par l’Instituto Moll. Voir le site web www.institutomoll.com

[6] R.-A. d’Hulst, Jordaens, (Anvers), 1982, ill. 209 p. 241.

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