Presumed portrait of Jean Joseph Hippolyte d'Advisard, Marquis de Talairan (1773–1822), oil on canvas, French School, ca. 1800-1805
74.80 x 61.41 in.
Peut-être la collection de Jean-Joseph-Hippolyte d’Advisard, premier marquis de Talairan (1773-1822) et son épouse Amable-Victoire-Aglaé de Sers (1786-1820) ;
Collection de leur fils, Claude-Marie-Gustave (1812-1879), marquis d’Advisard, époux de Thérèse de Gramont d’Aster (1815-1879) ;
Collection de leur fils, Alfred-Amable d’Advisard (1836-1881) ;
Collection Louis d'Advisard (1875-1962) ;
Collection de sa fille Marie-Alexandrine d'Advisard (1909-1989) et du comte Bernard de Laubespin ;
Puis par descendance ;
Collection particulière, Toulouse
De son format monumental à son iconographie aussi noble que savante, en passant par la prestance de son modèle représenté en grandeur nature, cette œuvre s’impose comme un manifeste du grand portrait néoclassique.
Porté à son apogée par Jacques-Louis David (1748-1825) et ses élèves, ce genre répond à une demande croissante et particulièrement ambitieuse des membres de la haute société, qui souhaitent se faire représenter au goût du jour dans des compositions mettant en valeur leur psychologie, leurs passions et leur statut.
Situé au cœur d’un décor palatial, le modèle de notre portrait prend la pose devant une baie à l’encadrement orné de rosaces, accoudé au dossier d’un siège. Son regard intense plonge dans celui du spectateur tandis qu’il taille la pointe d’une craie fixée dans son portemine : un attribut qui renseigne sur sa pratique du dessin et son goût pour les arts. Celui-ci est d’ailleurs confirmé par la présence d’une sculpture équestre – certainement une réduction de l’un des chevaux de la fontaine des Dioscures, sur la place du Quirinal à Rome –, posée sur un guéridon au pied duquel sont réunis un portefeuille de dessins et divers cahiers. Derrière le modèle, un coffret de crayons est disposé au sol, à côté d’un siège curule. Puis, en suivant la ligne de la plinthe vers l’arrière-plan, une ouverture dévoile une impressionnante architecture de colonnes d’ordre toscan traversée d’une frise de bas-reliefs.
À la lumière de ces éléments qui soulignent la culture antique romaine du modèle et son goût pour la collection comme pour le dessin, cette œuvre pourrait représenter un artiste durant son voyage à Rome. Tout porte cependant à croire qu’il s’agit plutôt du portrait d’un amateur réalisé à son retour du Grand Tour.
En effet, la prestigieuse provenance de notre portrait permettrait d’y reconnaître Jean-Joseph-Hippolyte d’Advisard (1773-1822), marquis de Talairan, qui épousa Amable-Victoire-Aglaé de Sers (1786-1820) en 1804. Le jeune patricien est issu d’une grande famille capitulaire toulousaine, puisque son père et trois autres de ses aïeux occupèrent la fonction de président à mortier au parlement de Toulouse. Son fils, Claude-Marie-Gustave (1812-1879), premier marquis d’Advisard, hérita très certainement du grand portrait de son père, qui est resté jusqu’à aujourd’hui dans la descendance de celui-ci.
Particulièrement en vogue à la fin du XVIIIe siècle chez les jeunes aristocrates avant leur mariage, le Grand Tour consistait en un voyage à travers l’Europe, notamment à Rome, afin de s’instruire et de développer leur goût au contact des œuvres de l’Antiquité et de la Renaissance. De ce périple, ces jeunes gens gardaient le souvenir en commandant à un peintre un grand portrait les représentant dans toute leur noblesse, en amateurs éclairés entourés de diverses antiquités. Habillé de sa redingote courte et de son pantalon à la dernière mode, le marquis d’Advisard de Talairan semble se préparer à dessiner, à l’instant où il est surpris par le pinceau de son portraitiste.
La tenue du modèle comme le mobilier néo-étrusque qui l’entoure permettent de dater la réalisation de ce tableau autour de 1800-1805, corroborant ainsi l’hypothèse d’un portrait commandé au retour du voyage du marquis, juste avant son mariage célébré en 1804. On retrouve notamment les éléments typiques des meubles conçus par l’atelier Jacob Frères, rue Meslée, entre 1796 et 1803 : les pieds en sabre et les têtes de pharaon sur les accotoirs du siège, ou encore les chimères de bronze soutenant le plateau du guéridon.
Concernant l’identité du peintre, l’ambition qui transparaît derrière ce portrait monumental suggère qu’il s’agit d’un artiste de premier ordre, évoluant parmi les élèves de David. Si l’on a pu, dans un premier temps, rapprocher stylistiquement ce tableau de la manière de Robert Lefèvre (1755-1830), l’élève de Jean-Baptiste Regnault (1754-1829), il semble, après réflexion et recontextualisation de l’œuvre avec le modèle présumé et sa provenance, qu’un peintre ayant des liens avec Toulouse puisse davantage correspondre à ce profil.
Cette dernière piste pourrait ainsi nous conduire vers Marie-Guillemine Benoist (1768-1826), dont la manière s’accorde pleinement avec celle de notre œuvre, qu’il s’agisse de sa touche délicate et brillante, semblable à celle visible dans son Autoportrait, ou de sa façon monumentale de composer ses portraits, similaire à celle qu’elle déploie dans le Portrait d’Elisa Bonaparte, en 1805. Plus particulièrement, Benoist était la fille de René Le Roulx de La Ville (1743-1797), qui fut avocat et premier secrétaire au parlement de Toulouse durant la présidence d’Alexandre d’Advisard (1748-1817), le père du modèle présumé. Ainsi, il est possible que notre grand portrait, non signé et réalisé dans un cadre privé, ait été commandé à un peintre proche de la famille.
Ce lot est vendu en partenariat avec Artcurial Toulouse - Maître Jean-Louis Vedovato.