(Restaurations, agrandie en partie supérieure)
Bouquet of roses, marigolds, and martagon lilies in a crystal vase on an entablature, oil on canvas, by A. Vallayer-Coster
16.33 x 13.97 in.
Cette nature morte d’une exquise délicatesse et d’une remarquable justesse d’observation déploie toute l’élégance et le raffinement chromatique d’Anne Vallayer-Coster, peintre à la cour de Marie-Antoinette. Reçue à l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1770, elle compte, aux côtés d’Elisabeth Vigée-Lebrun et d’Adelaïde Labille-Guiard, parmi les rares artistes femmes admises au sein de cette institution au XVIIIe siècle français. Considérées par la critique et le public comme formant un véritable triumvirat, elles deviennent des artistes renommées, sollicitées par les mécènes les plus puissants. Soutenues par les hautes instances de la cour royale, elles exposent régulièrement aux prestigieux Salons annuels où Vallayer-Coster y est unanimement reconnue comme la meilleure peintre de natures mortes en France depuis Chardin. Diderot lui-même souligne : « C’est la nature rendue ici avec une force de vérité inconcevable et en même temps une harmonie de couleur qui séduit »1. Après s’être distinguée par des œuvres qui témoignent manifestement de l’influence de Chardin, elle présente ses premières natures mortes florales. En explorant ce nouveau genre, Vallayer-Coster retient l’attention portée aux matières et les effets de lumière de Chardin mais s’affranchit progressivement des tonalités terreuses caractéristiques de sa palette au profit de couleurs éclatantes et diversifiées. Son nouveau langage pictural est façonné par les enseignements de Madeleine Basseporte, peintre et dessinatrice botanique au Jardin du Roi, qui lui permettent d’exceller dans l’art de représenter les fleurs avec une remarquable précision botanique.
Notre tableau constitue un rare témoignage des débuts de la production florale de Vallayer-Coster où se conjuguent précisément la perception rigoureuse du monde végétal de Basseporte et l’empreinte picturale de Chardin. Cette composition représente un bouquet parfumé de roses blanches et roses, rehaussé par l’éclat des teintes chaudes orangées des soucis et dominé par une longue tige de lys martagon dont les pétales d’une couleur rose vif se recourbent délicatement. Sa singularité est d’autant plus remarquable qu’il s’agit du seul bouquet connu de l’artiste à intégrer le lys martagon. L’ensemble s’épanouit dans un vase en cristal reposant sur un socle en bronze doré, lui-même posé sur un entablement. Notre tableau s’inscrit ainsi dans l’émergence d’un topos que Vallayer-Coster développera dans ses compositions florales ultérieures.
1 Denis Diderot, « Salon de 1771 », dans Héros et Martyrs : Salons de 1769, 1771, 1775, 1781, Paris, 1995, p.196, no 141