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Attribué au Maître de LIESBORN Actif en Westphalie dans la seconde moitié du XVe siècle
L'Arrestation du Christ - Le Couronnement d'épines - L'Ascension - La Pentecôte
Estimate:
€300,000 - 400,000

Description

Attribué au Maître de LIESBORN Actif en Westphalie dans la seconde moitié du XVe siècle
L'Arrestation du Christ - Le Couronnement d'épines - L'Ascension - La Pentecôte

-L'Arrestation du Christ :

Huile et or sur panneau de chêne, trois planches

76 x 54 cm


-Le Couronnement d'épines:

Huile et or sur panneau de chêne, deux planches, doublé

75 x 53,5 cm


-L'Ascension :

Huile et or sur panneau de chêne, deux planches

75 x 54 cm


-La Pentecôte :

Huile et or sur panneau de chêne, deux planches

75 x 53,5 cm


The Arrest of Christ – The Crowning with Thorns – The Ascension – Pentecost, oil and gold on oak panel, attr. to the Master of Liesborn

29.92 x 21.25 in.

29.52 x 21.06 in.

29.52 x 21.25 in.

29.52 x 21.06 in.

Provenance:

Collection du château de Meillant (Centre-Val-de-Loire) depuis au moins la seconde partie du XIXe siècle ;

Collection d’Aimery de Rochechouart, marquis de Mortemart (1941-2024) ;

Puis par descendance ;

Collection particulière, France

Comment:

Les quatre exceptionnels panneaux que nous présentons se trouvaient au château de Meillant dans le département du Cher (Centre-Val-de-Loire). Appartenant à la famille des Rochechouart de Mortemart, le château de Meillant existe depuis le XIe siècle mais a subi divers remaniements au cours du temps (fig. 1). A la Renaissance, Charles II d’Amboise (1473-1511), grand amateur d’art ayant mené les conquêtes d’Italie au côté du roi Louis XII, remodèle la forteresse médiévale pour en faire une demeure de plaisance. Il dote l’édifice de la tour du Lion, sommée d’un lion en bronze et d’une chapelle agrémentée de cinq verrières représentant la Passion du Christ (fig. 2). C’est au XIXe siècle que le château revient à la famille des Rochechouart de Mortemart lorsque Virginie de Sainte-Aldegonde épouse Casimir, 11e duc de Mortemart. En 1842, le couple restaure le château dans le style néo-gothique1 reflétant l’intérêt renouvelé que suscite la période médiévale auprès des artistes et des collectionneurs, mais aussi période idéale pour les vieilles familles de célébrer les exploits de glorieux aïeux. L’arrivée probable de nos panneaux à Meillant à cette époque illustrerait le goût des nouveaux propriétaires pour les productions de l’époque médiévale.

Nos quatre panneaux peuvent être rattachés au corpus du maître de Liesborn, peintre actif en Westphalie au cours de la seconde moitié du XVe siècle. Bien des éléments documentaires restent encore à découvrir sur ce maître de Liesborn, artiste anonyme dont le nom de convention résulte de son œuvre la plus significative, le retable du maître-autel qu’il a réalisé vers 1480 pour l’église du monastère bénédictin de Liesborn, près de Lippstadt2. A ce jour, il n’a pas été possible d’identifier ce peintre, bien que ses œuvres soient considérées comme l’incarnation de la peinture sur panneau westphalienne de la fin de l’époque gothique3. Nous supposons que l’atelier de ce peintre se trouvait à Soest, située à cinquante kilomètres à l’est de Dortmund, car la plupart des tableaux retenus comme ayant été réalisés par le maître de Liesborn et son atelier sont destinés à orner les églises des environs de Soest. 

Nos panneaux, comme d’autres tableaux réunis sous le nom du maître de Liesborn, s’inscrivent dans une tradition picturale ancienne comme en témoignent la persistance du fond d’or orné de motifs gravés au poinçon et une perspective encore inexacte. A l’instar d’autres peintres actifs dans la région à la même période comme le maître du retable de Schöppingen, il est très probable que le maître de Liesborn eut connaissance de la production artistique issue des ateliers de Rogier van der Weyden et du Maître de Flémalle. Les artistes sont mobiles et nombre d’entre eux effectuent des voyages d’étude et de formation dans les Pays-Bas méridionaux. Par ailleurs, à la fin du XVe siècle, les modèles circulent aisément par le biais de la gravure offrant aux artistes un accès à une grande variété de sources. La carrière et la production du maître de Liesborn et son atelier suscitent encore de nombreuses questions passionnantes qui feront vraisemblablement très bientôt l’objet d’un programme de recherche mené par les historiens du Museum für Kunst und Kultur de la ville de Münster (Westphalie)4. Nos panneaux bénéficieront, nous l’espérons, d’un nouvel éclairage qui permettra peut-être de mettre en évidence l’aspect originel de leur présentation au sein d’un large polyptique sur le thème de la passion du Christ.

Contrairement aux retables des Pays-Bas qui se composent de volets à charnières ornés d’une scène sur chaque face, les polyptiques produits dans cette région allemande sont conçus autour d’un très grand panneau central flanqué de plusieurs grandes scènes historiées qui narrent l’histoire du Christ, comme nous pouvons le voir par exemple en Catalogne au XVe siècle. Divers exemples sont connus dès le début du XVe siècle tels que le retable de Bad Wildungen réalisé par Conrad von Soest vers 1403, composé de treize tableaux autour de la passion du Christ, le retable de la Passion de Warendorf qui se trouve dans l’église de Saint Laurent de cette ville ou encore le retable de Haldern du maître de Schöppingen, artiste actif à Münster d’environ 1440 à 1470, de dimensions monumentales (seul le panneau central mesure 158,5 × 290 cm), aujourd’hui conservé au Landesmuseum de Münster (fig. 3).

Les conséquences de la crise iconoclaste du XVIe siècle, la sécularisation à l’œuvre aux XVIIIe et XIXe siècles ainsi que le goût prononcé des collectionneurs d’art pour le gothique au XIXe siècle ont durement affecté les retables de grand format qui ont été démantelés ou partiellement détruits au cours du temps. Nos panneaux s’inscrivaient dans une suite sur la Passion du Christ, qui se déployait vraisemblablement sur douze ou treize tableaux. Nous sommes parvenus à identifier un autre panneau de cet ensemble figurant un Ecce Homo qui se trouve dans les collections du Museum für Kunst und Kultur de Münster (fig. 4)5. Une autre œuvre représentant le partage des vêtements du Christ pourrait peut-être appartenir au même polyptique, sans que nous puissions l’affirmer (fig. 5)6. L’histoire de l’art nous réserve des surprises et il ne fait aucun doute que d’autres panneaux complétant notre suite de quatre panneaux seront bientôt retrouvés.


1.     Les verrières, par exemple, ont été exécutées vers 1520 puis ont été restaurées et complétées à partir de 1843 lors des travaux d’agrandissements opérés par l’architecte Louis Lenormand pour la famille de Mortemart.

2.     Le polyptyque fut démembré en 1704. Différents panneaux et fragments appartenant à cet ensemble se trouvent aujourd’hui au Westfälisches Landesmuseum à Münster ainsi qu’à la National Gallery de Londres.

3.     Il a été suggéré que le peintre pouvait être Johannes van Soest même si cette identification reste incertaine tant d’un point de vue documentaire que stylistique. Il semblerait par ailleurs que le maître de Liesborn ait collaboré avec Jan Baegert dans la réalisation de cette œuvre (nous renvoyons à l’article de Rainer Brandl, « The Liesborn altar-piece, a new reconstruction », The Burlington Magazine, 1993, vol. 135, n° 1080, p. 180-189). Les travaux d’Alfred Stange sont par ailleurs fondateurs dans la reconstruction du corpus du maître de Liesborn et de son atelier : Alfred Stange, Deutsche Malerei der Gotik. Nordwestdeutschland in der Zeit von 1450 bis 1515, Munich, Berlin, 1954, p. 26-40. 

4.     Nous remercions Dr. Petra Marx pour les échanges passionnants au sujet de cet artiste.

5.     Panneau, 75 x 56 cm. Le tableau se trouvait à New York en 1921 (Kleinberger Galleries), puis dans la collection Stein à Paris en 1938, puis enfin, appartint à Georg Schäfer établi à Schweinfurt (Bavière). Il est aujourd’hui conservé dans les collections de la Westfälischer Kunstverein à Münster.

6.     Dortmund, Museum für Kunst und Kulturgeschichte, n° C 5035.

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