Questions militaires et modernisation de l’armée.
« Tous les signes montrent que votre heure approche…
Pour ce qui concerne la question militaire, vous avez vu que les mesures envisagées par le Gouvernement (quatorze milliards de crédits à demander pour quatre ans afin de moderniser nos forces) sont exactement dans le sens que nous préconisons. En particulier, construction de chars, mécanisation d’unités, augmentation du nombre des militaires servant par contrat. Cependant, on perçoit toujours, aussi bien dans les conceptions que dans l’exécution, l’impuissance à tirer parti de cette évolution pour bâtir quelque chose de grand et pour transformer les conditions de la sécurité française.
Bref, le programme — encore très confus, d’ailleurs, dans l’esprit de ceux qui l'élaborent et, à fortiori, dans celui du ministre de la Guerre — paraît devoir être le suivant :
Au lieu d’une « division légère mécanique » (bon instrument d’exploration mais très insuffisant pour la rupture et l’exploitation, c'est-à-dire pour l'offensive), en avoir trois. — Créer deux divisions de chars, mais sans leur donner organiquement l’infanterie et l’artillerie spécialisées qui leur permettraient d’agir par elles-mêmes. On a l’intention, par conséquent, de les distribuer le cas échéant entre les divisions actuellement existantes. Enfin, doter assez largement les trois divisions légères mécaniques et les deux divisions de chars en personnel spécialiste, mais dans une proportion trop faible pour qu'elles puissent entrer en ligne à chaque instant avec tous leurs moyens. C’est donc encore une cote mal taillée, hommage plus ou moins involontairement rendu à nos conceptions, mais qui n’a pas l’ampleur voulue pour changer le jeu comme il le faudrait.
J'ai été convoqué hier par M. Chautemps (assez en secret, car il n’aime guère, je crois, M. Daladier). Il m'a demandé de lui exposer le problème militaire et la solution que nous poursuivons. Il m’a paru très favorable, frappé qu’il est par les alarmes de nos associés européens depuis la constatation le 7 mars dernier de notre impuissance militaire au point de vue de l’intervention. Il a même beaucoup insisté (ce que je me serais gardé de faire de moi-même) sur l'importance que prendrait le Corps spécialisé, au milieu des troubles, présents et futurs, en ce qui concerne l’ordre public (intérieur et Afrique du Nord). »
Traces de trombone, petits manques sans atteinte au texte, infimes déchirures.
L. N. C., vol. 1, p. 802-803.