4 p. in-12 (18 x 13,9 cm).
Intéressante lettre autographe signée à André Suarès sur ses œuvres qu’il peine à livrer à temps, accompagnée d’un superbe dessin représentant le Christ.
Rouault, sorti de maladie, se trouve acculé par ses divers travaux, ayant du mal à jongler entre les commandes d’illustration de livres et ses peintures. « Je suis après ce pénible accident, vous devez bien le comprendre, tellement en retard avec tout ce que j'ai pu entreprendre autrefois. De plus, j'ai de plus en plus le souci de la reprise des peintures pour A.V [Ambroise Vollard] indéfiniment remises depuis 9 ans à cause des ouvrages. » À cette période, il enchaine les projets d’illustration commandés par Vollard : Réincarnations du père Ubu en 1932, Cirque de l'étoile filante en 1938, Les Fleurs du Mal en 1938 et Passion en 1939 dont les textes sont de Suarès. « Je viens donc de conclure avec A.V. lui-même, inquiet pour les débours faits depuis si longtemps un arrangement. J'ai dû bien à contre cœur prendre date. Je ne dois pas oublier qu'il a attendu 8 mois après moi et que rien n'a été fait de bon pendant ma maladie. Je compte vous faire passer avant "Les Fleurs du Mal". […] Cela fera 130 à 150 choses qui doivent être prêtes vers février-mars. » Pris en étau par sa propre exigence et les commandes du marchand-éditeur, le peintre vit de plus en plus mal la situation et cherche du soutient auprès de son ami. « Plaignez-moi comme je vous plains – en autre sens-vous le savez bien – et n'en doutez jamais et si vous voulez me donner une preuve d'affection, faites appel à ma bonne volonté si vous avez besoin de moi sous tous rapports mais cet affreux temps me dévore comme cet horrible feu l'a fait il y a un an. » La relation entre Rouault et Vollard se dégradera à partir de 1934, Rouault ne supportant plus la pression qu’il subit du marchand-éditeur qui, lui, ne tolère plus les retards de l’artiste.
La lettre se termine par un dessin représentant le visage du Christ, signé des initiales et daté. Motif récurrent de l’œuvre de Rouault, la christianité est au centre de Passion. Le dessin est accompagné d’un amusant commentaire de l’artiste. « J'ai fait un horrible pâté la lettre terminée au milieu de cette page, alors j'ai cherché à m'en tirer comme j'ai pu. »