Plaquette in-8, maroquin carmin, grand motif floral à froid au centre des plats formé d’un médaillon ovale et de quatre grands fleurons, dos à 5 nerfs avec fleuron à froid répété, dentelle intérieure, tranches dorées (Trautz-Bauzonnet).
Bechtel, 753/V-142 // Brunet, V-1200 et Supplément II-883 // Fairfax Murray, 577. Manque à l’USTC.
(27 f. sur 28, le premier manquant ici) / a8, b-c6, d8 / 24 ou 26 lignes, car. goth. / 128 × 189 mm.
Édition originale et probablement le seul exemplaire connu.
Sainte Catherine est l’une des figures les plus connues des martyres de la chrétienté. Née à la fin du IIIe siècle dans une famille royale d’Alexandrie, en Égypte, elle fut éduquée de telle sorte qu’elle pouvait rivaliser avec les philosophes et les savants de son époque. Au cours d’une séance d’apostasie, elle exposa si brillamment les arguments en faveur de la chrétienté que l’empereur Maxence fit réunir cinquante savants à qui il promit de très grandes récompenses s’ils parvenaient à surpasser les raisonnements de la sainte. Cette dernière réussit à triompher des savants qui se convertirent à la chrétienté. L’Empereur fit alors brûler vifs les cinquante savants et, charmé par la beauté de la jeune fille, lui proposa une place en son palais, au second rang après la reine. Catherine refusa en disant qu’elle s’était donnée comme épouse au Christ. Maxence la fit dévêtir, frapper par des scorpions et jeter au cachot. La vierge y fut secourue par des anges et une colombe blanche venue la nourrir. Au bout de douze jours, Maxence, voyant Catherine toujours rayonnante de vie, lui proposa à nouveau d’être sa compagne et, devant son refus, la condamna à être déchirée par des roues hérissées de fers et de clous. Les roues se brisèrent avec tant de force qu’elles tuèrent quatre mille païens. Maxence lui proposa de devenir impératrice à la place de son épouse qui s’était convertie et qu’il avait fait exécuter et, devant son nouveau refus, la condamna à la décapitation. Lorsque sa tête tomba, du lait jaillit de son cou et les portes du ciel lui furent ouvertes. Elle fut ensevelie au mont Sinaï, ses ossements produisant une huile miraculeuse qui guérit le corps de tous les malades. Quelques siècles plus tard, le corps intact d’une jeune femme découvert au mont Sinaï fut reconnu comme celui de la sainte et un monastère y fut créé.
La version de la vie de sainte Catherine ici imprimée est assez éloignée de celle que nous venons de décrire tirée de la Légende dorée de Jacques Voragine. Elle est écrite sous la forme d’un poème de 156 quatrains en vers de douze syllabes avec la particularité que, dans cette édition, les vers ont été coupés au milieu de manière à former des vers de six pieds dont les rimes s’accordent un vers sur deux :
Loreille que ie dis
Est humaine lignee
Qui par le peche deve
Fut si fort excillee
Et dadam qui pecharent
Mangeans le fruit de vie
Dont le dyable denfer
Eut sur eulx la maistrie
Il existe de nombreuses éditions de la vie de sainte Catherine. Brunet en recense trois dont deux avant celle que nous présentons et dont il fait une assez longue description. Bechtel quant à lui en répertorie dix entre 1490 et 1543 en considérant la nôtre comme la première gothique et l’originale. Pour Fairfax Murray, auquel cet exemplaire a appartenu, cette édition qu’il date vers 1485 est probablement la première et l’exemplaire est unique. Enfin, selon Brunet, l’édition a été imprimée avec les mêmes caractères que ceux ayant servi à imprimer les Matines en françois de Martial d’Auvergne dont l’impression est attribuée aux presses lyonnaises de la fin du XVe siècle et, selon Fairfax Murray, les caractères sont les mêmes que ceux utilisés pour Le Champion des dames de Martin Franc publié à Lyon chez Jean Du Pré, vers 1485
(cf. Bourdel, II, 20 mars 2025, n° 171).
Il ressort de ces divers éléments que ce volume sort très probablement d’une imprimerie lyonnaise de la fin du XVe siècle et qu'il est la première ou l'une des toutes premières éditions de ce texte.
L’exemplaire étant le seul connu, on ne peut déterminer si le premier feuillet (a1) manquant était imprimé ou s’il était blanc. Brunet ne se prononce pas et Fairfax Murray indique avec prudence qu’il n’est pas improbable qu’il soit blanc. Nous pensons pour notre part qu’il devait probablement porter le titre de l’ouvrage, peut-être avec une initiale ou un bois. Tout ceci n’enlève rien à sa très grande rareté.
Minimes taches un peu sombres au maroquin. Petites restaurations marginales (f. a8) et décharges du signet à deux feuillets (C1-C2).
Provenance :
Antoine Laurent Potier (II, 1863, n° 1665), William Martin (26 avril-1er mai 1869, n° 296) et Fairfax Murray (étiquette, n° 577).