Collection du Dr Henri Bourges (1861-1942), puis par descendance
Vente Clermont-Ferrand, Me Vassy-Jalenques, Collection du Dr Henri Bourges, 12 novembre 2022, lot 73
Acquis lors de cette vente par l'actuel propriétaire
Collection Louis Grandchamp des Raux
Paris, Galerie Brame & Lorenceau, Anquetin La Passion d'être Peintre, mars-avril 1991, n°22, reproduit p. 60-61 (selon une étiquette au dos)
Washington, National Gallery of Art, Chicago, The Art Institute of Chicago, Toulouse-Lautrec and Montmartre, mars-octobre 2005, fig. 143, p.207 (selon une étiquette au dos)
Vincent Van Gogh and the Birth of the Cloisonism, catalogue d'exposition, Toronto, Art Gallery of Ontario, Rijksmuseum V. Van Gogh, Amsterdam, janvier-juin 1981, reproduit fig. 83, p.231
Toulouse-Lautrec, catalogue d'exposition, Londres, Hayward Gallery, Paris, Galeries Nationales du Grand Palais, octobre 1991 - juin 1992, fig.320, reproduit en noir et blanc p.264
Gazette Drouot, n° 39, 4 novembre 2022, reproduit en couleur p.149
Gazette Drouot, n° 41, 18 novembre 2022, reproduit en couleur p.228-229
Pastel on paper laid down cardboard; 21 x 27 3/4 in.
Louis Anquetin s’impose comme l’un des pionniers de la modernité picturale, contribuant de manière décisive à l’émergence du cloisonnisme et à l’affirmation d’une nouvelle vision de la vie moderne.
Au milieu des années 1880, Vincent van Gogh, alors installé à Paris, forge dans ses conversations avec son frère Théo le terme de « peintres du petit boulevard ». Il désigne par-là ces jeunes artistes novateurs - parmi lesquels Anquetin, Bernard et Toulouse-Lautrec - qui, loin des galeries prestigieuses du centre, explorent de nouvelles voies esthétiques et peignent les scènes animées de la vie urbaine contemporaine. En opposition, Degas, Monet, Renoir, Pissarro et Sisley, soutenus par les marchands Paul Durand-Ruel et Georges Petit, règnent sur le « grand boulevard ».
C’est dans cette effervescence artistique que Louis Anquetin forgea son style : une peinture audacieuse, moderne et profondément parisienne. La nouvelle manière cloisonniste qu’il adopte lui apporte une reconnaissance rapide.
C’est à cette époque que Louis Anquetin réalise ce pastel empreint de féminité, représentant des habituées des cafés-concerts parisiens. Loin d’une scène posée, l’artiste saisit avec une spontanéité remarquable un fragment de la vie bohème sur la Butte, dans un style postimpressionniste libéré, proche de celui de Toulouse-Lautrec (fig. 1). Le cadrage resserré, qui coupe les figures au premier plan, confère à la composition un caractère moderne et cinématographique.
Le noir velouté des vêtements de deux femmes contraste avec celle du centre, vêtue d’une robe bleu-vert, à la chevelure rousse flamboyante, les yeux maquillés de bleu et les lèvres carmin. La composition vibre ainsi d’un jeu de couleurs audacieux et maîtrisé. La présence d’une troisième figure vue de dos suggère la continuité de la scène au-delà du cadre visible, invitant le spectateur à prolonger mentalement le récit. Ce dispositif visuel introduit une tension dramatique subtile. Fidèle observateur de la vie parisienne, Anquetin fréquente alors assidûment cafés, cabarets et lieux de divertissement, sujets privilégiés d’une capitale en pleine effervescence. Ces trois femmes au bar s’inscrivent dans la continuité des nombreuses études de figures féminines qu’il expose dès 1888 (fig. 2 et 3).
Véritable anecdote de la vie moderne, ce pastel vif et spontané traduit avec justesse l’atmosphère nocturne du Paris fin-de-siècle, thème central de l’oeuvre d’Anquetin.
Ses figures saisies sur le vif incarnent la modernité - par leur attitude, leur allure, mais aussi par la liberté chromatique et la construction innovante du peintre.
Fig. 1 : Henri de Toulouse-Lautrec, Au Salon de la rue des Moulins, huile sur toile, Albi, Musée Toulouse-Lautrec
Fig. 2 : Louis Anquetin, Élégantes, scène de rue, 1888, Pastel, fusain et lavis sur papier
Fig. 3 : Louis Anquetin, Woman at the Champs-Élysées by night, 1889-1893, huile sur toile, Musée Van Gogh, Amsterdam