Monogrammé au revers sur le châssis «FK» (entrelacés)
Atelier de l'artiste
Collection Marguerite Freson-Khnopff, sœur de l’artiste, Liège
Collection Thibaut de Maisières, Seneffe, selon une étiquette au verso
Galerie HK fine paintings, Bruxelles
Acquis auprès de cette dernière par l'actuel propriétaire le 11 janvier 2018
Collection Louis Grandchamp des Raux
Namur, Musée Félicien Rops, Impressions symbolistes – Edmond Deman, éditeur d’art, janvier – mai 2011, n° 2, reproduit p. 58
R. L. Delevoy, C. de Croës et G. Ollinger-Zinque, Fernand Khnopff, Catalogue de l’œuvre, Lebeer Hossmann Editions, Bruxelles, La Bibliothèque des arts, Paris, 2ème édition, 1987, n°287, reproduit p. 301-302
M. Draguet, Khnopff ou l’ambigu poétique, Gand, Snoeck-Ducaju & Zoon, 1995, n°198, reproduit p. 194
Oil and pencil on canvas; 7 1/2 x 9 1/2 in.
Figure de proue du symbolisme belge, Fernand Khnopff est un artiste énigmatique et singulier, doté d’une personnalité complexe. Peintre, dessinateur, graveur et sculpteur, il explore dans son œuvre les thématiques de la mélancolie, de l’introspection et de la fuite du réel. Ses visions oniriques et mystérieuses sont symptomatiques d’une société en pleine mutation et reflètent les interrogations d’une génération marquée par le doute.
Notre toile est une étude préparatoire pour La Défiance qui fut présentée pour la première fois au Salon de la Rose+Croix à Paris l’année de sa création en 1897 (n° 85), puis à la Sécession viennoise l’année suivante (n° 223). L’œuvre est également exposée à deux reprises en 1899, à Termonde et à Bruxelles, avant d’être montrée à Berlin en 1900. Aujourd’hui disparue, elle est connue grâce à une photographie ancienne et deux études préparatoires : un dessin1 et notre toile, tous deux centrés sur l’encadrement du visage dans le champ de l’image. Le visage constitue une allégorie de la Défiance. Il surmonte un objet circulaire, ici parcellaire, mais entièrement visible dans l’œuvre finale. Chez Fernand Khnopff, le cercle est conçu comme un instrument de contemplation : l’artiste puisait souvent son inspiration en se plaçant au milieu du rond magique tracé à même le sol de son atelier qu’il considère comme un « temple du Moi ». Toutefois, associé au thème de la défiance, ce motif peut aussi évoquer un bouclier, symbole de protection.
Le travail de Fernand Khnopff autour du portrait constitue un pan connu et apprécié de son œuvre. L’artiste s’inspire ici du modèle photographié par son ami Albert Édouard Drains, dit Alexandre, dont il emploie à diverses reprises les tirages photographiques en les rehaussant au crayon, à la craie ou à l’aquarelle afin de créer de nouvelles oeuvres2. Si Khnopff prend souvent pour modèle sa sœur Marguerite - qui d’ailleurs posséda cette toile et avec laquelle il noue une complicité singulière -, le visage représenté ici est celui de Lily Maquet, une jeune Anglaise dont la famille vivait à Bruxelles. Le cadrage choisi, coupé au-dessus des sourcils et au niveau du menton, porte l’attention sur le regard profond du modèle et sur ses lèvres closes. Le peintre semble chercher à sonder l’âme de cette femme dans un portrait énigmatique. Dans la version finale, les yeux de la figure affleurent le bord supérieur du cadre, tandis que le bouclier se place sous les lèvres, reprenant le cadrage resserré de l’étude. Ce bouclier, orné de signes indéchiffrables, confère à la figure un caractère symbolique dont le sens échappe au spectateur, invitant ainsi à une contemplation silencieuse et mystique. Michel Draguet y voit une image qui « se cristallise dans un temps suspendu détaché de toute action, mais riche de ses possibilités », « une figure, condamnée à l’immuabilité, [qui] apparaît recluse dans sa solitude idéale »3.
1. Fernand Khnopff, Etude pour la Défiance, crayon et pastel sur papier, H. 11 ; L. 27 cm, signé en bas à droite, Bruxelles, collection particulière (Robert L. Delevoy, Catherine de Croës et Gisèle Ollinger-Zinque, Fernand Khnopff, catalogue de l’œuvre, Bruxelles, Paris, 2ème édition, 1987, p. 286).
2. Plusieurs œuvres sont connues, voir par exemple : Paris, Christie’s, 23 octobre 2020, n° 144 et Paris, Artcurial, Collection Gérard Lévy, Rêveries Fin-de-Siècle, 11 février 2025, n° 7.
3. Michel Draguet, Khnopff ou l’ambigu poétique, Gand, Snoeck-Ducaju & Zoon, 1995, p. 195.