Signé en bas à gauche "E.Vuillard"
Jos Hessel & Galerie Bernheim-Jeune, Paris (acquis auprès de l’artiste le 21 janvier 1918, n°stock : 21082)
Galerie Bernheim-Jeune (achat de la part de Jos Hessel le 19 décembre 1932)
Collection Fernand Javal, Paris (acquis auprès de cette dernière le 27 octobre 1934), puis par descendance
Vente Paris, Sotheby’s, 3 juin 2015, lot 57
Acquis lors de cette vente par l'actuel propriétaire
Collection Louis Grandchamp des Raux
1933, titré Devant la cheminée, n° 21082 (selon une étiquette au dos)
Pittsburgh, Carnegie Institute, Ninth Annual Exhibition, 1920, n°373
Paris, Galerie Paul Rosenberg, Œuvres de Bonnard et Vuillard provenant de collections particulières, décembre 1936, n°23
Paris, Petit Palais, Les maîtres de l'art indépendant 1895-1937, juin-octobre 1937, n° 6 p.58
Paris, Galerie Bernheim-Jeune,Vuillard, exposition au profit de l'Orphelinat des Arts, mai-juin 1953, n° 9 (selon une étiquette au dos)
Albi, Musée Toulouse Lautrec, Édouard Vuillard (1868-1940), peintures, aquarelles, dessins, juillet-septembre 1960, n° 80 p.35
T.Leclère, "Édouard Vuillard", in Art et décoration, octobre 1920, reproduit p.105
A. Salomon, G.Cogeval, Vuillard : Le Regard innombrable. Catalogue critique des peintures et pastels, vol. III, Paris, Wildenstein Institute, 2003, n° X-204, reproduit en couleur p.1271
Édouard Vuillard, catalogue d'exposition, Karlsruhe, Staatliche Kunsthalle, 2008, fig.2 p.155
Glue tempera on cardboard; signed lower left; 21 1/2 x 18 7/8 in.
Vers 1900, Édouard Vuillard se lie d’amitié avec Jos Hessel, l’un des principaux marchands d’art impressionniste et moderne de l’époque, associé principal de la galerie Bernheim-Jeune. Son épouse Lucy occupe rapidement une place centrale dans la vie créative de Vuillard : à la fois soutien, confidente et amante, elle devint son modèle privilégié, apparaissant dans de multiples peintures, dessins et photographies pendant près de quarante ans. La muse ne cesse de nourrir l’inspiration de l’artiste et fait évoluer sa peinture (fig. 1).
Chaque année, Vuillard rejoint les Hessel lors de leurs séjours en Normandie ou en Bretagne. De ces parenthèses estivales, le peintre revient avec des paysages et des scènes d’intérieur où la lumière et l’ouverture de l’espace prennent une importance nouvelle. Peint à la fin de la guerre, ce tableau a été acquis en 1918 auprès de l’artiste par Jos Hessel et la galerie Bernheim-Jeune. Il représente Lucy, installée devant une vaste cheminée voilée d’une dentelle aux tons ocrés, tandis que le feu crépite dans l’âtre. La tête posée sur sa main, vêtue d’une longue robe crème rehaussée de noir, elle se tient dans une attitude à la fois élégante et détendue. Le trumeau au-dessus de la cheminée ouvre la composition en profondeur, et les murs ocres du salon sont ornés de plusieurs tableaux. Figure mondaine raffinée, à la fois belle, élégante et cultivée, Lucy Hessel recevait souvent et fréquentait assidûment le monde de l’art, accompagnée de Vuillard (fig. 2 et 3).
Elle organisait des visites dans son atelier et jouait un rôle central dans la vie sociale du peintre. Celui-ci avait d’ailleurs l’habitude de se rendre chez elle chaque soir, d’abord dans le vaste appartement de la rue de Rivoli, puis, après 1906, dans celui de la rue de Naples, dépeint sur cette toile. Dans cette œuvre intime, dépourvue de mise en scène ostentatoire, Vuillard parvient à instaurer une ambiance singulière qui dépasse la richesse du décor. L’œuvre, à mi-chemin entre l’intimisme nabi et une abstraction décorative subtile, reflète la relation complexe unissant l’artiste à sa muse.
Fig. 1 : Édouard Vuillard, Jos and Lucy Hessel dans le petit Salon, Rue de Rivoli
Fig. 2 : Édouard Vuillard, Madame Hessel lisant le journal le soir, circa 1915-1916, peinture à l’essence sur papier marouflé sur toile
Fig. 3 : Édouard Vuillard, Jos Hessel et sa femme, rue de Rivoli, circa 1904, huile sur panneau