Timbre de la signature et date au dos "F. VALLOTTON. 18"
Livre de raison:
Lrz 1200: "femme blonde, accroupie de dos sur sable jaune ciel bleu foncé 17 1/5-14"
Succession F. Vallotton, Paris
Galerie Jacques Rodrigues-Henriques, Paris
Collection Jean-Arthur Fontaine, Paris (1930)
Vente Paris, Hôtel Drouot, Me Bellier, Collection Jean-Arthur Fontaine, 2 décembre 1936, lot 46 (titré Nu agenouillé)
Collection Paul Nivard, France, puis par descendance
Vente Paris, Artcurial, 4 juin 2024, lot 1
Acquis lors de cette vente par l'actuel propriétaire
Collection Louis Grandchamp des Raux
Paris, Galerie Jacques Rodrigues-Henriques, Exposition rétrospective d’œuvres inédites de Félix Vallotton (1865-1925), mars 1928, n°41 (titré Nu de dos, accroupi)
F. Fosca, "La collection Jean-Arthur Fontaine (premier article)", in L’Amour de l’art, Paris, 11°année, n°4, avril 1930, p.167
M.Ducrey, Félix Vallotton, l’œuvre peint, catalogue raisonné, tome III, Fondation Félix Vallotton, Lausanne, Institut suisse pour l'étude de l'art, Zürich, 5 Continents, Milan, 2005, n°1265, reproduit en noir et blanc p.697
Oil on canvas laid down on cardboard; stamped with the signature and dated on the reverse; 7 x 5 1/2 in.
Peintre et écrivain, artiste inclassable, Félix Vallotton occupe une place à part dans la modernité du tournant du XXe siècle, ayant rejoint le groupe français des Nabis en 1892.
À partir du tournant du siècle, il s’engage dans une voie personnelle : celle d’un réalisme froid, dont l’influence se révélera déterminante sur la Pittura metafisica italienne ainsi que sur la Neue Sachlichkeit (Nouvelle Objectivité) en Allemagne et en Suisse (fig. 1).
Après 1900, Félix Vallotton se consacre davantage au nu féminin, qui devient le thème principal de sa peinture (fig. 2). Il commence par une série de baigneuses et d’études de femmes à leur toilette, avant de réaliser, dans les années suivantes, de vastes compositions à portée allégorique.
Ses nus se répartissent en plusieurs catégories : les peintures allégoriques ou historiques, et les portraits physionomiques.
Dans cette œuvre datée de 1918, le modèle nu tourne le dos au spectateur, conservant son anonymat. Bien que son identité soit dissimulée, Vallotton lui confère néanmoins une présence singulière grâce à la force de sa silhouette. Sa taille en sablier met particulièrement en valeur la beauté naturelle de son corps.
Seule figure dans un décor épuré, la femme nue semble animée d’un léger mouvement. Cette tension initie un début de narration, par la légère rotation de la tête vers la gauche, le pied droit replié et la main droite en appui, comme si le modèle allait soudainement se lever et se retourner. La carnation pâle, rehaussée de nuances vertes soulignant les contours, participe au modelé du corps. Elle n’est pas sans rappeler les travaux de Kees Van Dongen, qui prit la voie du Fauvisme dédaignée par Vallotton.
Le corps se détache sur un fond bicolore, bleu vif pour la paroi et ocre pour le sol, tandis que la chevelure, d’un blond doré, tranche de manière saisissante sur le fond.
En choisissant ce point de vue, Vallotton place le spectateur dans la position d’un observateur ou d’un voyeur, face à cette figure à la fois distante et troublante.
Après 1908, l’œuvre de Félix Vallotton, et plus particulièrement ses nus, s’inscrit dans une forme de préfiguration de l’hyperréalisme (fig. 3). Son art repose sur un contraste saisissant entre la précision technique et une émotion volontairement contenue dans l’immobilité. Il dévoile le mensonge du rêve bourgeois dans un art réprimé, froid et rigide, dont l’univers repose sur une dichotomie : intérieur et extérieur, regardeur et regardé, ou comme ici, sujet et objet. Peintre de la désillusion et de la dissimulation, Vallotton ne cherche pas à reproduire le monde visible, mais à en dévoiler les contradictions.
Derrière la surface silencieuse de ses toiles, il se fait le chroniqueur du non-dit, traduisant la complexité psychologique et morale de son temps.
Fig. 1 : Félix Vallotton, Étude pour Femme assise de dos, 1915, Mine de plomb et estompe sur page de carnet
Fig. 2 : Félix Vallotton, Baigneuse aux mouettes, 1919, huile sur toile
Fig. 3 : Félix Vallotton, Baigneuse assise sur le sable, 1916, huile sur toile