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Maurice DENIS (1870-1943)
Sancta Martha - 1893
Estimation :
600 000 - 800  000 €

Description complète

Sancta Martha - 1893
Huile sur toile

Signé du monogramme et daté en bas à droite "M/A/D/93", titré le long du bord supérieur "SCTA 'MARTHA"


46.5 cm x 38.3 cm
Provenance :

Atelier de l’artiste

Collection Noële Boulet, sa fille, Clermont-de-l’Oise

Collection Jean-François Denis, son fils, Alençon

Samuel Josefowitz, Lausanne (acquis auprès de ce dernier le 19 juin 1984), puis par descendance

Vente Paris, Christie’s, Collection Sam Josefowitz, 20 octobre 2023, lot 108 

Acquis lors de cette vente par l'actuel propriétaire

Collection Louis Grandchamp des Raux

Expositions :

Paris, Galerie Le Barc de Boutteville, Un groupe de peintres, octobre-novembre 1893, n°1

Toulouse, Hôtel de La Dépêche, Exposition de la Dépêche de Toulouse, mai-juin 1894, n°10

Paris, Galeries de La Plume, Treizième exposition du Salon des Cent, juillet-août 1895, n°70

Paris, Pavillon de Marsan, Union Centrale des Arts Décoratifs, Exposition Maurice Denis 1888-1924, avril-mai 1924, n°37 p.3

Paris, Palais des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Salon d'Automne, octobre-novembre 1944, n°420 p.23

Paris, Musée d'Art Moderne, Exposition Maurice Denis (1870-1943), juin 1945, n°22, reproduit p.24

Paris, Musée National d'Art Moderne, Art Sacré, Œuvres françaises des XIXe et XXe siècles, novembre 1950 - janvier 1951, n°11 p.15

Paris, Musée National d'Art Moderne, Bonnard, Vuillard et les Nabis, 1888-1903, juin-octobre 1955, n°92 p.54

Paris, Galerie des Beaux-Arts, Maurice Denis, avril-mai 1963, n°50

Albi, Musée Toulouse-Lautrec, Maurice Denis, juin-septembre 1963, n°28 p.25

Paris, Orangerie des Tuileries, Maurice Denis, juin-août 1970, n°56 p.35

Brême, Kunsthalle, Zurich, Kunsthaus, Copenhague, Statens Museum for Kunst, Maurice Denis, Gemälde, Handzeichnungen, Druckgraphik, Meisterwerke des Nachimpressionismus aus der Sammlung Maurice Denis, octobre 1971 - mai 1972, n°35 p.40

Honfleur, Salles d'Exposition du Grenier à Sel, Maurice Denis, juillet-août 1975, n°20, reproduit

Pont-Aven, Musée de l’Hôtel de Ville, Maurice Denis, juin-septembre 1979, n°18 p.36, reproduit p.4

Tokyo, Musée National d’Art Occidental, Kyoto, Musée National d’Art Moderne de Kyoto, Maurice Denis, septembre-décembre 1981, n°24 pl.24

Lyon, Musée des Beaux-Arts, Cologne, Wallraf-Richartz Museum, Liverpool, Walker Art Gallery, Amsterdam, Van Gogh Museum, Maurice Denis 1870-1943, septembre 1994 - septembre 1995, n°62, reproduit p.190

Lausanne, Musée Cantonal des Beaux-Arts, De Vallotton à Dubuffet, Une collection en mouvement, Acquisitions, dons, prêts, décembre 1996 - février 1997 (hors catalogue)

Pont-Aven, Musée de Pont-Aven, Maurice Denis et la Bretagne, La Leçon de Pont-Aven, juin-octobre 2009, p. 86 et 144, n°PA-23 p. 93

Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, Maurice Denis, Amour, 1888-1914, février-mai 2021, n°31, reproduit p.114-115

Bibliographie :

S. Barazzetti-Demoulin, Maurice Denis, 25 novembre 1870 - 13 novembre 1943, Paris, Grasset, 1945, p.222 et 279, reproduit (entre p.232 et p.233)

M. Denis, Journal, 1884-1904, vol. I, La Colombe, Paris, 1957, n°5, p.103

J.-P. Bouillon, Maurice Denis, Le spirituel dans l’art, Gallimard, RMN, Paris, 2006, reproduit p.31

J.-J. Lévêque, Maurice Denis 1870-1943, Le peintre de l’âme, ACR Edition, Paris, 2006, reproduit p.11

Cette œuvre sera incluse au catalogue raisonné des œuvres de Maurice Denis actuellement en préparation par Mesdames Claire Denis et Fabienne Stahl, sous le numéro n°893.0017.

Expertise :

Une attestation d'inclusion numérique de Mesdames Claire Denis et Fabienne Stahl sera remise à l'acquéreur.

Commentaire :

Oil on canvas; signed with the monogram and dated lower right, titled along the upper edge;18 1/4 x 15 1/8 in.



Au début des années 1890, Maurice Denis rencontre Marthe Meurier, âgée d’un an de moins que lui, et en tombe profondément amoureux. Après de longues fiançailles, l’artiste épouse sa bien-aimée le 12 juin 1893 dans l’église de Saint-Germain-en- Laye. Ils vont ensuite passer leur voyage de noces à Perros-Guirec, en Bretagne Nord, où l’artiste se rendait en vacances en famille dans sa jeunesse. Il partage alors ses souvenirs d’enfance avec son épouse, comme un voyage initiatique.

Ensemble, ils s’installent dans la modeste maison Penven, route de Landerval, où la famille Denis logeait autrefois. C’est cette maison qui sert de décor à ce tableau représentant Marthe en train de dresser une assiette. L’œuvre traduit toute l’admiration du peintre pour celle qui : « se multiplie pour les premiers soins de notre ménage. Elle est parfaite1 ». Vingt ans après la mort de Marthe, Maurice Denis se rappelle encore le bonheur de ce séjour de quarante jours : « Je suis arrivé à Perros le 14 juin [1940], Marthe et moi le 13 juin 1893, le lendemain de notre mariage, y avons commencé l’heureux séjour dont aucune vicissitude n’a pu, ne pourra ternir le souvenir. Alors, comme aujourd’hui les troènes embaumaient, cette plage était à nous, point de maisons, solitude : premiers matins de ma vie, semblables aux premiers matins du monde…2 ».

Dans cette œuvre, Marthe essuie et dresse des assiettes apportées ensuite par une servante aux convives attablés dans la salle à manger. La pose de la jeune mariée, le motif du carrelage et la pièce sombre éclairée par une fenêtre à l’arrière-plan ne sont pas sans rappeler l’art des portraitistes flamands découverts par Maurice Denis à Bruxelles et à Gand, l’année précédente (fig. 1). Il s’y était rendu pour échapper à ses parents, opposés à son projet d’union avec Marthe, et lui interdisant également d’assister au mariage d’Éva, sa future belle-sœur, avec le peintre Philippe Parrot-Lecomte. Ses inspirations nordiques sont associées à des éléments purement bretons comme le modèle du meuble et le vêtement de la servante. Aux lignes verticales composant le vaisselier, la porte, la fenêtre, la collerette de la robe et le carrelage répondent de nombreux arrondis qui forment la manche du vêtement de Marthe, son visage, les assiettes ou encore la coiffe bretonne de la servante. Plusieurs œuvres préparatoires au visage de la jeune femme sont connues, notamment un dessin au crayon3 et un Portrait de Marthe de profil4. La composition est structurée en trois plans définis : Marthe à mi-corps devant le vaisselier, puis une servante arborant la coiffe de Trégor et enfin, trois personnages assis évoquant Jésus chez Marthe et Marie dans l’évangile selon Saint-Luc (fig. 2). Cet épisode cher à l’artiste – il l’illustre à plusieurs reprises – permet d’évoquer la présence divine dans la vie quotidienne (fig. 3).

L’association de cette scène biblique à la représentation de son épouse sous le phylactère « Sancta Martha » confère à ce portrait une symbolique particulière, mêlant à la foi action de grâce et déclaration d’amour. D’autre part, Marthe tient dans sa main une assiette remplie de deux poissons, évoquant la multiplication des cinq pains et des deux poissons dans l’évangile selon saint Marc, qui entre en correspondance avec le sujet religieux dépeint à l’arrière-plan. Le peintre désignait communément cette œuvre sous le nom de Marthe au vaisselier, mais le titre utilisé pour les expositions de son vivant était bien « Sancta Martha ». Dans ce tableau, Maurice Denis cherche véritablement à « sanctifier » Marthe, à la fois épouse dévouée, maîtresse de maison accomplie, muse et bientôt mère de ses enfants. Jusqu’à sa mort prématurée en 1919, elle demeure la figure centrale de la vie du peintre, pilier de son bonheur.

Cette joie est toutefois éprouvée par le décès de leur premier enfant, Jean-Paul, des suites d’une grippe en février 1895, et par celui d’Éva, la sœur de Marthe en 1901. Ces deux drames vont nourrir la dépression qui gagne peu à peu la jeune femme, dont les dernières années de vie sont marquées par la souffrance et la maladie, bien loin du bonheur infini ressenti lors de leur mariage à l’époque de ce tableau.


1. Journal, 1893, Paris, éd. La Colombe, 1957, vol. I, p. 100.

2. Journal, 1940, 23 juin, Paris, éd. La Colombe, 1959, vol. III, p. 219, cité par cat. exp., Maurice Denis et la Bretagne, 1985, p. 16.

3. Référencé dans les archives du Catalogue raisonné des peintures de Maurice Denis.

4. Maurice Denis, Portrait de Marthe de profil, vers 1892- 1893, huile sur toile marouflée sur bois, H. 18 ; 12 cm, collection particulière, publié dans cat. exp., Maurice Denis. L’Éternel printemps, Musée des impressionnismes, Giverny, 1er avril – 15 juillet 2012, p. 76, n° 12, repr.


Fig. 1 : Hans Memling, Portrait de Barbara van Vlaendenbergh, circa 1480, huile sur panneau, Musées Royaux des Beaux-Arts, Bruxelles

Fig. 2 : Diego Velazquez, Christ dans la maison de Marthe et Marie, 1618, huile sur toile

Fig. 3 : Maurice Denis, La Cuisinière, 1893, huile sur toile

Fig. 4 : Johannes Vermeer, La Laitière, vers 1660, huile sur toile, Coll. Rijksmuseum, Amsterdam


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