Signé en haut à gauche "EVuillard"
Alexandre Natanson, Paris
Galerie Bernheim-Jeune, Paris (n° de stock 20141), acquis le 13 janvier 1914 (1 250 Frs)
Gaston Bernheim de Villers, Paris (dans la succession Bernheim-Jeune de 1932)
Mme R.Mosnier (née Bernheim de Villers), Paris
Galerie Huguette Bérès, Paris
Galerie Bérès, Paris
Acquis auprès de cette dernière par l'actuel propriétaire le 15 décembre 2023
Collection Louis Grandchamp des Raux
Paris, Galerie Bernheim-Jeune, Vuillard, novembre 1908, n° 44
San Francisco, Fine Arts French section catalogue, Panama Pacific International Exposition, San Francisco, 1915, n° 518, p. 150
New York, Galerie Knoedler, Landscape in French Painting. XIX-XX Centuries, octobre-novembre 1931, n° 39, reproduit
Paris, Petit Palais, Les Maîtres de l’art indépendant 1895-1937, salle 15, juin-octobre 1937, n°30, p.58
Paris, Musée des Arts décoratifs, É.Vuillard, mai-juillet 1938, n°64, p.11
Paris, Galerie Bernheim-Jeune, Œuvres de Vuillard de 1890 à 1910, janvier-février 1938, n°44
Paris, Grand Palais, Biennale des antiquaires, Galerie Huguette et Anisabelle Berès, septembre-octobre 1992
New York, The international Fine Art Fair, Galerie Huguette et Anisabelle Berès, mai 1995
Saint-Tropez, Musée de l’Annonciade, Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, Édouard Vuillard. La porte entrebâillée, juillet 2000 - janvier 2001, n°30, p. 172, pl. 22, reproduit p. 100
Paris, Musée d’Orsay, Le Cannet, Musée Bonnard, Misia, reine de Paris, juin 2012 - janvier 2013, n° 53, p.184, reproduit en couleur p.95
Lausanne, Fondation de l’Hermitage, Vuillard et l’art du Japon, juin-octobre 2023, n°112 p.251, reproduit en couleur p.175
L'Estampille-L'Objet d'Art, septembre 1992, reproduit p.90
G.Groom, Edouard Vuillard Painter-Decorator. Patrons and projects, 1892-1912, Yale University Press, New Haven, Londres, 1993, fig.242, reproduit p.152-153
A. Salomon, G. Cogeval, Vuillard, le regard innombrable, catalogue critique des peintures et pastels, Skira/Seuil - Wildenstein Institute, Paris, 2003, n°VI-96, reproduit en couleur p.516
Gazette Drouot, n°13, 5 avril 2019, reproduit p.23
Oil on carboard; signed upper left; 16 1/2 x 22 in.
Admiratrice et inspiratrice des Nabis, Misia Godebska (1872-1950) était l’égérie des plus grands artistes vers 1900. Dans la société parisienne fin de siècle, elle incarne à la fois le rôle de muse et de mécène. Née à Saint-Pétersbourg en 1871, fille d’un peintre polonais et d’une violoniste virtuose, Misia reçoit une solide formation musicale et se distingue par son talent de pianiste. En 1893, elle épouse Thadée Natanson, fils de banquier et cofondateur, avec ses frères, de La Revue blanche (1889-1903) (fig. 1), publication culturelle et artistique d’avant-garde qui rassemble les esprits les plus progressistes du moment. Ce mariage la place au cœur de l’effervescence artistique de la fin du siècle. Elle tient salon dans l’appartement de la rue Saint- Florentin, où elle réunit écrivains, poètes, musiciens et peintres de la jeune génération, ardents défenseurs d’un art symboliste et décoratif (fig. 2).
À l’apogée de son influence, Misia devient l’une des femmes les plus représentées de son époque, posant pour Bonnard (fig. 3), Vallotton, Toulouse-Lautrec, Renoir et Vuillard (fig. 4). Ce dernier, pourtant d’un tempérament réservé et peu porté sur la vie mondaine, n’était que de quelques années son aîné et entretenait avec elle une relation particulièrement proche, tout en figurant parmi les collaborateurs les plus fidèles de La Revue blanche. La proximité constante entre Vuillard et Misia le conduit peu à peu à tomber amoureux d’elle. Surnommée « la Pompadour de La Revue blanche », Misia, belle, capricieuse et autoritaire, incarnait la parisienne élégante. Si Vuillard révèle pleinement sa sensualité dans son art, s’il s’abandonne à ce que Chastel décrit avec justesse comme un « libertinage de la sensation », c’est bien à Misia qu’il le doit : à sa présence constante, ainsi qu’aux impressions persistantes que laissent en lui sa voix et son parfum. À cette époque, la jeune femme occupe ainsi une place centrale dans l’œuvre de Vuillard.
Cette œuvre vibrante de passion représente Misia, vêtue d’une longue robe blanche aux manches bouffantes. Telle une apparition, elle se promène dans les bois, se confondant avec la nature verdoyante qui l’enveloppe. Sa position et le mouvement ample de sa robe dessinent une arabesque à forte valeur décorative. Vuillard, qui tend alors à dissoudre corps, objets, fleurs, tentures et lumière dans une même texture picturale, a affermi cette vision au contact de Misia. En pleine période nabi, il unit les touches de couleur, les fait résonner entre elles pour suggérer, avec une grande délicatesse, l’écorce des arbres, l’épaisseur du feuillage et la fusion du personnage avec son environnement. Ces petites touches font vibrer les couleurs et donnent la sensation d’un frémissement lumineux, tandis que leur aspect d’inachèvement accentue la spontanéité de la scène.
Les portraits que Vuillard consacre à Misia prolongent, en silence, le dialogue intime entre le peintre et son modèle. À travers eux, il parvient à saisir comme un supplément d’âme, la conservation d’une existence immatérielle.
Fig. 1 : Affiche de Toulouse-Lautrec représentant Misia Natanson pour La Revue Blanche, 1895
Fig. 2 : Misia Natanson 1896-1897 Contretype d’une photographie argentique
Fig. 3 : Pierre Bonnard, Misia Gobedska et Thadée Natanson, 1902, huile sur toile, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles
Fig. 4 : Édouard Vuillard, La femme au fauteuil (Misia et Thadée Natanson), 1896, huile sur papier contrecollé sur carton