Signé et daté en haut à droite "Lucien/Lévy/90"
Probablement collection Clément Massier (1844-1917), Golfe-Juan
Galerie Maurice Turpin (1928-2005), Londres, 1990
Vente Vienne, Im Kinsky, 19 octobre 2016, lot 958
Galerie de Bayser, Paris
Acquis auprès de cette dernière par l'actuel propriétaire le 15 novembre 2017
Collection Louis Grandchamp des Raux
Londres, Maurice Turpin Antiques, Works on paper, novembre-décembre 1990
Paris, Galerie de Bayser, Fine Arts Paris, novembre, 2017, n° 29, reproduit
L’Estampille l’Objet d’art, novembre 2017, reproduit p. 76
Pastel and metallic gold medium on paper, signed and dated upper right; 15 1/8 x 14 in.
Le peintre symboliste Lucien Lévy-Dhurmer n’a que vingt-cinq ans lorsqu’il signe ce pastel. Cette émouvante œuvre de jeunesse est réalisée avant que son activité de portraitiste ne s’oriente vers une production plus mondaine et abondante à la fin des années 1890. Virtuose du pastel, Lévy-Dhurmer exploite avec vigueur les possibilités de ce médium pour traduire impressions fugaces et lumières changeantes.
Le fond doré, réalisé par l’application d'une mixtion d'or, isole le modèle dans un espace lumineux idéal, presque sacré, et lui confère une intemporalité qui renforce sa force poétique. Ce fond d’or, ainsi que la pose de l’enfant, rappellent l’intérêt de Lévy-Dhurmer pour l’art de la Renaissance italienne : ce profil strict fait immédiatement penser aux portraits de Pisanello ou de Piero della Francesca. La forme prise par ce fond d’or évoque également un autre univers cher à l’artiste : celui de la céramique. Sa surface évoque l’émail finement craquelé après cuisson ou encore les tesselles de céramique qui forment les mosaïques, un détail formel qui nous a conduit à formuler une hypothèse nouvelle quant à l’identité du modèle. En 1890, date de l’exécution du pastel, Lucien Lévy travaille aux côtés de Clément Massier (1844-1917) dans sa célèbre manufacture de céramique à Golfe-Juan, près de Vallauris. Présent dans l’atelier depuis 1887, Lévy-Dhurmer en devient le directeur des travaux d’art cinq ans plus tard. Ensemble, ils signent des pièces expérimentales, des vases inspirés notamment des céramiques islamiques et hispano-mauresques. Nous pensons qu’il représente ici la fille de Clément Massier, Anne Caroline Jeanne, alors âgée de neuf ans (puisqu’elle est née le 20 août 1881).
Un autre pastel de format et de technique similaires, également signé et daté de 1890, forme un intéressant pendant à notre œuvre : il présente une jeune fille sur un fond doré très proche de celui qui apparaît sur notre pastel1.S’il est décrit comme un portrait anonyme lors de son dernier passage en vente en 2015, il conviendrait d’y voir Marie Elisabeth Delphine Louise, fille aimée de Clément Massier, âgée de treize ans en 1890 et qui semble être ici représentée en communiante. La mise en pendant de ces deux œuvres rend le contexte de création passionnant et fait de notre pastel une œuvre intime, reflet de la profonde amitié qui unissait les deux hommes.
1. Lucien Lévy-Dhurmer, Portrait de jeune femme en buste de profil gauche, 1890, pastel et or, signé et daté en haut à droite : « Lucien Lévy 90 », H. 38 ; L. 30 cm, localisation actuelle inconnue (vente Paris, Tajan, le 13 mai 2015, lot n° 147 ; ancienne collection Clément Massier, étiquette au verso n° 350)