Mine de plomb sur papier pour quatre cases extraites du crayonné préparatoire de la
planche 8 de cet album publié en 1958 aux éditions Casterman. Prépublié dans le journal
Tintin n°51, 19 décembre 1956. Esquisses au verso représentant Séraphin Lampion et
Nestor (il lit un ouvrage de Nietzsche, mais le dessinateur ne précise pas lequel…),
correspondant au premier strip de la version du journal Tintin. Hergé a également écrit
quelques lignes de présentation qu’il a encadrées puis barrées : « Les peuples (et les gens)
heureux n’ont pas d’histoire, dit-on, et pas d’histoires ! Ainsi, le capitaine, Milou et Tintin
[?] des jours heureux et paisibles à Moulinsart. Jusqu’au jour où Tintin et le capitaine vont
en ville, au cinéma… C’est alors que l’aventure a commencé… Mais, assez de bavardages…
Place au théâtre. Ou place au cinéma, où le grand film se termine… » Ce n’est pas si
souvent que l’on peut voir Tintin, Haddock et Tournesol ensemble à Moulinsart. Et
contrairement à ce que dit le capitaine, le professeur ne fait pas le zouave. Les Dupondt
viennent de sonner à la porte, et Abdallah, ce « petit ange », doit être caché quelque part,
en embuscade. 31,5 x 23 cm.
Le professeur Tournesol est un homme aux multiples talents. Il a construit tout seul, dans
ce qui était alors son modeste atelier, un petit sous-marin en forme de requin qui a
largement fait ses preuves lorsqu’il fut question de retrouver le trésor d’un pirate du XVIIe
siècle ; il a conçu une fusée capable d’emporter des hommes sur la Lune, et de les faire
revenir ; et il a également mis au point un appareil à ultra-sons qui lui a valu quelques
ennuis, car des puissances étrangères malintentionnées espéraient en faire une arme
redoutable. En outre, il faut souligner que c’est grâce à sa générosité que l’ancienne
demeure du chevalier de Hadoque est revenue à son descendant. Le voici donc, zigzaguant
joyeusement d’une pièce à l’autre, tandis que Tintin et le capitaine Haddock espéraient
pouvoir prendre leur petit-déjeuner dans le calme. Ceux-ci ne semblent pas tellement
surpris par cette arrivée tonitruante, car auparavant ils avaient déjà dû s’occuper
d’Abdallah, le fils si bien élevé et si sage de l’émir Ben Kalish Ezab qui s’était installé depuis
peu, avec toute sa suite, dans le grand salon de Moulinsart. Tournesol n’est visiblement pas
très à l’aise dès qu’il s’agit d’utiliser des patins à roulettes ; l’expérience est peut-être
inédite pour lui, et malgré de louables efforts et le sérieux qui sied à un savant de son
envergure, il a beaucoup de mal à garder l’équilibre. Heureusement, Tintin est là pour le
rattraper et éviter qu’il ne se retrouve par terre. Quiconque connaît Tournesol sait qu’il est
un homme de science extrêmement consciencieux, quoiqu’un peu distrait, qui n’a pas
l’habitude d’user inutilement de son temps : il y a forcément quelque chose qui se cache
derrière ses acrobaties matinales… « Eh bien, c’est tout simple, mais je ne puis encore rien
vous dire, c’est un secret ! » explique-t-il à Haddock, qui est passablement énervé.
Travaillerait-il sur une nouvelle invention ? C’est probable. Aurait-il l’intention d’apporter
quelque amélioration à ce qui n’est qu’un jouet pour enfants ? Pour le découvrir, il faudra
attendre la fin de l’histoire.