Mine de plomb sur papier pour les deux premiers strips de la planche 61 cet album publié
en 1960 aux éditions Casterman. Prépublié dans le journal Tintin n°46, 18 novembre 1959.
Dernière case : une esquisse pour un projet d’illustration destiné au calendrier de l’année
1960 du journal Tintin ; un voilier à bord duquel on distingue Tintin et Milou, le capitaine
Haddock, le professeur Tournesol et les Dupondt. Le Grand Précieux a quitté son
monastère, et accompagné d’un impressionnant cortège muni d’instruments de musique
traditionnels, il vient à la rencontre de Tintin et d’Haddock afin de saluer d’une manière
très solennelle leur persévérance et leur courage. Un passage qui souligne la dimension
spirituelle de cet album. 26,5 x 36,3 cm.
Sur les hauts plateaux tibétains le silence règne. Le bruit que l’on entend le plus
fréquemment est celui du vent qui souffle, parfois violemment, soulève la neige qui s’est
amoncelée sur les sommets puis la transforme en un voile opaque. Plus on s’éloigne d’un
monde fait d’énergies perturbatrices qui entravent la concentration et à la contemplation,
plus on s’élève vers ces étendues immuables, inaltérées, et plus on gagne en sérénité. En se
lançant à l’assaut de ces montagnes aux reflets bleuâtres, ni Tintin ni Haddock ne savaient
ce qu’ils allaient y trouver. Bien sûr, tous deux pensaient avant tout à Tchang, mais avant
d’arriver jusqu’à lui, ils eurent à franchir nombre d’obstacles, bien plus redoutables que
tous ceux qu’ils rencontrèrent auparavant. Cette expérience au-delà de la réalité leur a
permis d’en apprendre beaucoup sur eux-mêmes, de se découvrir, et de voir plus
profondément — ils frolèrent la mort plus d’une fois, ils envisagèrent même d’abandonner,
et pourtant ils réussirent à trouver cette force intérieure transcendante. Tout au long de ce
voyage initiatique, il fut question de fidélité, de dévouement, et aussi de croyance. On
racontait ainsi que près d’une montagne appelée le Museau du Yack vivait une créature
terrifiante, plus grande et plus forte qu’un ours ; et les habitants de la région se tenaient à
l’écart de cet endroit maudit. Cependant personne ne l’avait jamais vue d’assez près pour
pouvoir la décrire. Mais l’Abominable Homme-des-Neiges, puisque c’est sous ce nom
inspirant la répulsion qu’on l’appellait, n’existe pas. Hergé le dit clairement : l’abominable
est bon, il n’a rien d’une bête sauvage, et il est doué d’une sensibilité qu’on ne lui aurait
jamais prêtée ; Tchang, qui lui doit la vie et a partagé sa terrible solitude, le sait mieux que
quiconque. De ce imposant primate, qui aura pris soin de ce jeune garçon qui sans lui
serait mort, on ne saura rien finalement ; et c’est sans doute mieux ainsi. Des traces de pas
dans la neige, un nom gravé sur une pierre, et une écharpe jaune accrochée à un rocher
montrèrent à Tintin et à Haddock le chemin vers l’illumination.