Atelier de l’artiste
Collection de sa fille Julie Manet (1878-1966), épouse d’Ernest Rouart (selon une étiquette au dos)
Vente Paris, Beaussant Lefèvre & associés, 3 juin 2022, lot 10
Acquis lors de cette vente par l'actuel propriétaire
Collection Louis Grandchamp des Raux
Paris, Galerie Durand-Ruel, Berthe Morisot (Madame Eugène Manet), avec portrait photogravé d’après Édouard Manet, Préface par Stéphane Mallarmé, Exposition de son œuvre, mars 1896, n°138 p.26
Paris, Galerie Bernheim-Jeune, Exposition d'œuvres de Berthe Morisot : au profit des « Amis du Luxembourg », mai 1929, n°101 (selon une étiquette au dos)
Paris, Musée de l’Orangerie, Berthe Morisot (1841-1895), Eté 1941, préface de Paul Valéry, n°114 p.24 (selon une étiquette au dos)
Paris, Musée Jacquemart-André, Berthe Morisot, 1961, n°99 (selon une étiquette au dos)
Vevey, Musée Jenisch, Berthe Morisot, juin-septembre 1961, n° 82
Turin, Galleria Civica d’Arte Moderna e Contemporanea, Berthe Morisot, octobre 2024 - mars 2025, n°39, reproduit p.132-133
M. Angoulvent, Berthe Morisot, Editions Albert Morancé, Paris, 1933, n°615 p.149 (titrée Jeannie et Julie au Portrieux, dans le jardin de la Roche Plate (1894))
M.-L. Bataille, G. Wildenstein, Berthe Morisot, Catalogue des peintures, pastels et aquarelles, Les Beaux-Arts, Collection l'Art Français, Paris, 1961, n°392 p.49, reproduit en noir et blanc fig.382
A. Clairet, D. Montalant et Y. Rouart, Berthe Morisot 1841-1895 - Catalogue Raisonné de l'œuvre peint, Collection Le Catalogue -CÉRA-nrs éditions, Montolivet, 1997, n° 397 reproduit en noir et blanc p.307
La Gazette Drouot, n° 18, 6 mai 2022, reproduit en couleur p.21
La Gazette Drouot, n° 21, 27 mai 2022, reproduit en couleur p.44
Oil on canvas; 16 1/8 x 13 in.
Dans une lettre adressée à Stéphane Mallarmé, Berthe Morisot raconte que c’est en voyant des affiches pour la Bretagne à la gare Saint-Lazare, qu’elle décide de renouer avec ses souvenirs d’enfance et d’y passer des vacances à la fin de l’été 1894.
Elle loue alors La Roche plate à Saint- Quay-Portrieux, dans la baie de Saint-Brieuc, une vaste maison où elle s’installe avec sa fille Julie et ses nièces Paule et Jeannie. Dans cette lettre invitant Mallarmé à la rejoindre, elle explique les raisons du choix de cette villégiature : « Nous avons décidé d’aller en Bretagne simplement en regardant les petites affiches dans la salle d’attente de la gare Saint-Lazare… Mes nièces sont avec moi ; nous nous promenons sur le rivage, dans la campagne ouverte, et tout serait charmant si l’endroit n’était pas si joli, m’invitant sans cesse à le peindre1 ». Elle invite également Pierre-Auguste Renoir à venir lui rendre visite, mais celui-ci ne peut accepter l’invitation ; il l’encourage avec bienveillance : « Rapportez quelques-unes de ces jolies vues de mer, si belles en Bretagne, avec cette eau claire jusqu’au rivage, et vos Julies en blanc sur fond d’îles dorées ». Avant elle, Eugène Boudin avait déjà posé son chevalet sur cette plage en 1868, puis Paul Signac vingt ans plus tard. Berthe Morisot (fig. 1), pour sa part, peint des vues de la baie et de la campagne animées par des modèles arborant la coiffe bretonne, des portraits de jeunes Bretonnes, et des vues du jardin de sa maison. Cette œuvre s’inscrit dans une petite série de toiles peintes à Portrieux qui lui permettent de renouer avec le motif du jardin. Dans cette vue de La Roche Plate, deux jeunes femmes portant de larges coiffes bretonnes, comme dans La Falaise au Portrieux2 (fig. 2), sont en train de discuter au milieu d’un chemin. Il s’agirait de sa nièce Jeannie et de sa fille Julie selon Monique Angoulvent. Derrière elles, se détache la maison dont la toiture émerge du jardin fleuri. Cette végétation opulente offre un écrin naturel à cette conversation et un sujet d’une grande richesse chromatique. Peinte un an avant le décès de l’artiste, cette œuvre traduit sa dernière manière. La touche impressionniste allongée et très enlevée contraste avec la vigueur de ses premières toiles. Elle témoigne d’une pratique désormais nourrie par le dessin et la recherche d’une harmonie subtile entre ligne et couleur. L’influence de Renoir, avec qui Morisot s’était particulièrement liée au cours de la dernière décennie de sa vie, se manifeste également dans cette œuvre dans la douceur des contours et la sensualité lumineuse de la matière. Conservée par sa fille unique Julie Manet, l’œuvre constituait pour elle un précieux témoignage des dernières années de vie de sa mère et ravivait le souvenir heureux de ce séjour breton (fig. 3).
1. Lettre de Berthe Morisot à Stéphane Mallarmé, 1894, citée dans Mallarmé - Morisot : correspondance 1876-1895, Lettres réunies et annotées par Olivier Daulte et Manuel Dupertuis, Lausanne, La Bibliothèque des Arts, 1995.
2. Vente Londres, Christie’s, 25 juin 1998, lot n° 150 ou vente New York, Sotheby’s, 3 novembre 2011, lot n° 216.
Fig. 1 : Berthe Morisot, Autoportrait, 1885, huile sur toile, Paris, Musée Marmottan Monet
Fig. 2 : Berthe Morisot, Sur la falaise au Portrieux, 1894, huile sur toile, collection particulière
Fig. 3 : Berthe Morisot, Sur la plage à Portrieux, 1894, huile sur toile