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Pierre BONNARD (1867-1947)
La petite Fenêtre - 1946
Estimation :
550 000 - 750  000 €

Description complète

La petite Fenêtre - 1946
Huile sur toile

Signée en bas à droite "Bonnard", dédicacée au dos "A MADELEINE / TERRASSE"

59 cm x 44 cm
Provenance :

Ancienne collection Charles Terrasse, Paris

Collection Madeleine Terrasse, Paris

Galerie Alexis Pentcheff, Marseille 

Acquis auprès de cette dernière par l'actuel propriétaire le 15 avril 2022

Collection Louis Grandchamp des Raux

Expositions :

Bâle, Kunsthalle Basel, Pierre Bonnard, mai-juillet 1955, n°97, p.30

Nice, Galerie des Ponchettes, Bonnard, août - septembre 1955, n°43, p. 32 (selon une étiquette au dos)

Munich, Haus der Kunst München, Paris, Orangerie des Tuileries, Centenaire de la naissance de Pierre Bonnard, octobre 1966 - avril 1967, n°155, reproduit (selon une étiquette au dos)

Marcq-en-Baroeul, Fondation Anne et Albert Prouvost, Bonnard, avril-juillet 1978, n°44

Colmar, Musée d’Unterlinden, Autour d’une acquisition : Bonnard, juin-septembre 1982, n°35 (selon une étiquette au dos)

Londres, Hayward Gallery, Newcastle, Laing Art Gallery, Bonnard at Le Bosquet, juin-octobre 1994, n°58, reproduit p.109 (selon une étiquette au dos)

Paris, Galerie Schmit, Pierre Bonnard, Paris, mai-juillet 1995, n°50, reproduit (selon une étiquette au dos)

Nice, Musée Matisse, Bonnard-Matisse, une amitié, juin-octobre 1996 (selon une étiquette au dos)

Washington, The Phillips Collection, Denver, Denver Art Museum, Pierre Bonnard, Early and Late, septembre 2002 - mai 2003, n°133 p.241, reproduit en couleur p.275

Le Cannet, Musée Bonnard, Bonnard et Le Cannet. Dans la lumière de la Méditerranée, juin-septembre 2011, n°55 p.154, reproduit en couleur p.116

Le Cannet, Musée Bonnard, Bonnard, Le Cannet, une évidence, juillet-novembre 2020, n°38, reproduit en couleur en couverture et p.103

Laren, Singer Laren, La Grande Bleue, Painters of the Méditerranée, septembre 2023 – janvier 2024, reproduit p.102-103

Aix-en-Provence, Hôtel de Caumont, centre d’art, Bonnard et le Japon, avril-octobre 2024, n°111, reproduit en couleur p.12 (détail) et p.166

Bibliographie :

Nouveau Fémina-Illustration, mars 1956, reproduit p. 81

J. et H. Dauberville, Bonnard, catalogue raisonné de l'œuvre peint 1940-1947, Tome IV et supplément 1887-1939, Bernheim Jeune, Paris, 1974, n°1675, reproduit en noir et blanc p.93

C. Chicha-Castex, A. Lévêque, V. Serrano, Pierre Bonnard Au fil des jours Agendas 1927-1946, L’atelier contemporain, Nancy, 2019, reproduit p. 266

Certificat :

Un certificat de Monsieur Pierre Vernon pourra être délivré sur demande de l'acquéreur.

Commentaire :

Oil on canvas; signed lower right, dedicated on the reverse; 23 1/4 x 17 3/8 in.




Il ne s’agit pas de peindre la vie, il s’agit de rendre vivante la peinture1. »

Au début du XXe siècle, la Côte d’Azur devient l’un des foyers de création artistique les plus vibrants.

Dans ce « grand atelier du Midi », comme l’appellera plus tard André Chastel, les peintres viennent confronter leur art à une lumière plus forte, plus aiguë, qui les pousse à réinventer leur palette et à placer la couleur au cœur de leurs recherches.

C’est à l’invitation du fauve Henri Manguin que Pierre Bonnard découvre Saint-Tropez. Dès lors, il revient régulièrement dans le Midi avant d’acquérir, en 1926, la villa du Bosquet au Cannet, sur les hauteurs de Cannes. C’est l’année précédant sa mort, depuis la chambre de son humble maison, que Bonnard peint cette Petite Fenêtre (1946). Le 9 avril 1945, il imagine pour la première fois le tableau, dans un petit croquis dessiné dans son agenda depuis la fenêtre de sa chambre (fig. 1). Il retravaille ensuite sa composition dans un dessin bien plus abouti (fig. 2), où la plupart des éléments sont déjà en place. L’artiste admire sincèrement Monet et Renoir, les deux grands maîtres impressionnistes, mais sa vision demeure foncièrement différente de la leur. Si l’observation directe du motif est essentielle, Bonnard privilégie ensuite un long travail en atelier afin de ménager une distance entre ce qu’il a vu et ce qu’il a ressenti, cherchant à éviter d’être prisonnier du réel. Dans ce processus, le dessin joue un rôle central : c’est la part la plus spontanée et immédiate de sa pratique.

Au fil de ses séjours au Cannet, notamment durant les années de guerre, l’œuvre de Bonnard atteint un sommet dans l’exploration de la lumière (fig. 3). Le paysage devient sa principale source d’inspiration : la nature méditerranéenne lui offre des sensations neuves et intenses, sans cesse renouvelées (fig. 4).

Dans La petite Fenêtre, il est près de neuf heures du matin et la lumière d’été inonde la chambre de l’artiste.

 Bonnard a entrouvert le battant droit de la fenêtre pour pouvoir ouvrir largement le gauche, puis s’est avancé pour embrasser le paysage.

À gauche, l’amandier bleuté occupe une part importante de la vue. Dans la pente du jardin qui descend vers la droite, un oranger émerge devant une petite dépendance dont les tuiles du toit accrochent la lumière. Le battant droit de la fenêtre n’a pas été entièrement ouvert, la poignée est visible, l’artiste se trouve donc à gauche et regarde en diagonale, dans une vue en grand angle, le jardin et ses terrasses. Dans ce paysage aux contrastes chromatiques puissants et aux plans clairement marqués, la nature se charge chez Bonnard d’un lyrisme vibrant. L’artiste multiplie les harmonies chromatiques, superpose les couches de peinture, gratte et reprend inlassablement ses toiles (fig. 5). La Petite Fenêtre, l’une des œuvres ultimes de Bonnard, témoigne de la manière dont il parvient à donner forme à ses sensations. La matière picturale, presque palpable, se fait lumière grâce au scintillement de la végétation. Invitation au silence et à la contemplation, cette nature rayonnante et familière laisse transparaître la sérénité profonde que Bonnard trouva au Cannet.


1. Pierre Bonnard, Observations sur la peinture, 1946, rééd. Strasbourg, L’atelier contemporain, 2015, p. 53.



Fig. 1 : Agenda de Pierre Bonnard, 9 avril 1945, Bibliothèque nationale de France

Fig. 2 : Pierre Bonnard, La petite Fenêtre, 1946, crayon noir

Fig. 3 : Pierre Bonnard, Le Cannet, 1930, huile sur toile, Fondation Bemberg, Toulouse

Fig. 4 : Pierre Bonnard, Vue du Cannet, 1927, huile sur toile, musée d’Orsay, Paris

Fig. 5 : Pierre Bonnard, Midi au jardin, circa 1936, huile sur toile, musée d’Art Moderne de la ville de Paris

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