Fusains, pastel et collages de tissu et gaze sur papier
Signé et daté
183 x 99,5 cm
Charcoal drawings, pastel and fabric collages on paper; signed and dated
72.04 x 39.17 in.
Galerie Isabelle Gounod, Paris
Acquis directement auprès de cette dernière par l'actuel propriétaire
"Les enfants que je représente ne sont ni vulnérables ni fragiles, mais semblent plutôt déterminés. Ils sont pour la plupart déguisés en lapins, en poules, en fées...mais de mon point de vue, ils sont surtout déguisés en enfants."
Claire Tabouret, Portrait par Isabelle Giovacchini, in Arts Magazine, janvier 2014
FR
Claire Tabouret travaille à partir de photographies, aussi bien des archives personnelles que des clichés anonymes récoltés au fil de ses recherches. Elle s’empare de figures figées dans un espace-temps indéfinissable, pour avancer une nouvelle lecture de leurs présences et de leurs apparences. Tels des revenants, les enfants semblent surgir de mémoires et d’histoires enfouies que l’artiste réactive et réécrit. Elle leur construit une nouvelle réalité : complexe, perturbante, hypnotique. Isolés ou présentés en groupe, ils ont littéralement colonisé son univers pictural. Entre présences et absences, les personnages sont extraits de leurs environnements, de leurs contextes et de leurs repères. Ils sont ainsi propulsés au cœur de l’espace pictural : énigmatique, sombre et embarrassant.
L’artiste explore l’idée de passages grâce à l’élaboration d’un royaume fragile, tenu en équilibre par une subtile combinaison de paradoxes : passé-présent, réalité-fiction, clairvoyance-cécité, lumière-obscurité. À l’intérieur, des enfants posent et rôdent… Les regards sont froids, lucides, quasi désincarnés…
En engageant un jeu de masques, l’artiste cultive l’ambiguïté du genre afin d’abolir les évidences, les stéréotypes et la conformation. Ses personnages, des princes, des sorcières, des lapins, des cerfs, des fantômes, se cherchent et nous cherchent du regard. Pour cerner ses figures, l’artiste a retenu le mot prosôpon, un terme à consonance enfantine provenant du Grec ancien qui désigne à la fois le visage et le masque, mais aussi la présence, l’apparence ou la venue d’une personne. Dans cet espace-lisière, les présences nous observent gravement et silencieusement jusqu’à nous déstabiliser. Ils sont comme enfermés dans la peinture qui peut alors être comprise comme un abri duquel ils nous dévisagent à leur tour. En accentuant l’intensité des regards intérieurs, Claire Tabouret nous fait entrer dans la matière même de scènes capturées et reformulées. Au fil des toiles, elle déploie un univers chargé d’histoires, de souvenirs et de possibles projections.
Julie Crenn à l’occasion de l’exposition Prosôpon, Galerie Isabelle Gounod, Paris 2013
Cette œuvre fait partie du corpus dans lequel Claire Tabouret met en scène des groupes d'enfants (à rapprocher du tableau les Insoumis de la collection Pinault):
"Quoiqu’ils se trouvent tous dans la même situation et qu’ils fassent bloc, aucun des personnages ne regarde l’autre et ils regardent tous là où ils ne sont pas. C’est aussi bien "Je est un autre" de Rimbaud que "L’enfer, c’est les autres" de Sartre."
Tabouret utilise une matière expressive et des compositions frontales qui renforcent l’intensité psychologique des portraits. C'est une réflexion sensible sur la construction de l’identité et sur la mémoire collective, tout en renouvelant la tradition du portrait contemporain.
EN
Claire Tabouret works from photographs, both personal archives and anonymous snapshots collected in the course of her research. She takes hold of figures frozen in an indefinable space-time, to put forward a new reading of their presence and appearance. Like ghosts, the children seem to emerge from buried memories and stories that the artist reactivates and rewrites. She constructs a new reality for them: complex, disturbing, hypnotic. Alone or presented in groups, they have literally colonised her pictorial universe. Between presence and absence, the characters are extracted from their environments, their contexts and their points of reference. They are thus propelled to the heart of the pictorial space: enigmatic, dark and embarrassing.
The artist explores the idea of passages through the elaboration of a fragile realm, held in balance by a subtle combination of paradoxes: past-present, reality-fiction, clairvoyance-blindness, light-darkness. Inside, children pose and prowl... Their gazes are cold, lucid, almost disembodied...
By engaging in a game of masks, the artist cultivates the ambiguity of gender in order to abolish the obvious, stereotypes and conformation. Her characters - princes, witches, rabbits, deer, ghosts - seek each other out and seek us out with their eyes. To define her figures, the artist has chosen the word prosôpon, a childish-sounding term from ancient Greek that designates both the face and the mask, but also the presence, appearance or arrival of a person. In this light-space, the presences observe us gravely and silently, to the point of destabilising us. They are as if enclosed in the painting, which can then be understood as a shelter from which they in turn stare back at us. By accentuating the intensity of the inner gaze, Claire Tabouret draws us into the very fabric of scenes that have been captured and reformulated. Over the course of her canvases, she unfolds a world full of stories, memories and possible projections.
Julie Crenn à l’occasion de l’exposition Prosôpon, Galerie Isabelle Gounod, Paris 2013
This work is part of a body of work in which Claire Tabouret depicts groups of children (similar to the painting *Les Insoumis* from the Pinault Collection):
"Although they are all in the same situation and stand united, none of the figures looks at the others, and they all gaze in a direction where they are not. It is as much Rimbaud’s ‘I is another’ as it is Sartre’s ‘Hell is other people.’”
Tabouret uses expressive materials and frontal compositions that heighten the psychological intensity of the portraits. It is a sensitive reflection on the construction of identity and collective memory, while renewing the tradition of the contemporary portrait.