Ensemble comprenant le sarcophage extérieur ainsi que le cercueil intérieur au nom de la dame Iahtesnakht, littéralement « La lune est sa force », fille de Pa-shery-en-awy et de Ta-dit-iu.
Manques, fractures, quelques repeints et restaurations.
Cercueil momiforme : 182 x 52 x 56 cm
Sarcophage extérieur : 202,5 x 62 x 69 cm
Région d’Hérakléopolis, Ihnasya el Medina ou Abousir el-Melek
Collection Jean-Jacques Rotthier (1932 - 2009), puis par descendance
Du Nil à l’Escaut, Bruxelles, Banque Lambert, 5 avril - 9 juin 1991, n° 244 et 245
E. Gubel, Du Nil à l’Escaut, catalogue d’exposition, Bruxelles, Banque Lambert, 5 avril - 9 juin 1991, n°244-245.
P. Dils, “Die Särge des Iahtesnacht”, in. U. Verhoeven, Das saitische Totenbuch der Iahtesnacht. P. Colon, Aeg 10207, vol. 1, Bonn, 1993, pp. 6-12.
U. Verhoeven, “Das saitische Totenbuch der Iahtesnacht. P.Colon.Aeg 10207”, vol. 1, pp. 1-6, et vol. 2, pls. 1-2 (sarcophage extérieur) et pls. 3-4 (cercueil) in. Papyrologische Texte und Abhandlungen, Bonn, 1993.
K. Stövesand, “Regional Variability in Late Period Egypt: Coffin Traditions in Middle Egypt”, in. J. H. Taylor et M. Vandenbeusch, Ancient Egyptian Coffins. Craft, Traditions and Functionality, Leuven, 2018, pp. 396-7, fig. 5
Cet ensemble funéraire au nom de la dame Iahtesnakht, dont le patronyme renvoie probablement à la région d’Hérakléopolis Magna, se compose d’un sarcophage extérieur dans lequel s’insère un cercueil anthropoïde et se rattache à un exceptionnel papyrus du Livre des Morts, aujourd’hui conservé à l’Université de Cologne (papyrus Coloniensis 10207). Ce rouleau illustré atteignant plus de vingt mètres de long une fois déroulé, mentionne, au même titre que le sarcophage et le cercueil présentés ici, le nom de la défunte ainsi que ceux de ses parents : Pa-shery-en-awy et Ta-dit-iu. De plus, un fragment de ce même papyrus (cf. exposition Du Nil à l’Escaut), était encore récemment fixé à l’intérieur du cercueil anthropoïde, au niveau de la tête de la défunte. Seule manque aujourd’hui à cet ensemble, la momie, dont subsiste en ultime témoignage, quelques fragments de bandelettes adhérant encore à l’intérieur du cercueil anthropoïde.
Le sarcophage extérieur est de forme rectangulaire, surmonté d’un couvercle bombé, figurant la voûte céleste. Malgré des manques matériels, notamment au fond et sur les parois latérales, le décor demeure largement lisible. La cuve est essentiellement peinte d’inscriptions hiéroglyphiques, interrompues sur les longs côtés de divinités protectrices momiformes, cinq d’un côté et quatre sur le second, celles-ci accompagnées au niveau de la tête de défunte d’une représentation de fausse-porte surmontée d’une paire d’yeux Oudjat, permettant symboliquement à la défunte de voir au-dehors. Les pieds et la tête arborent les représentations des déesses sœurs Isis et Nephtys, agenouillées sur le hiéroglyphe de l’or. Sur le couvercle, la défunte est présentée de chaque côté en adoration devant les barques nocturne et diurne du dieu solaire, tractées par des cortèges divins. Les petits côtés sont décorés de cartouches comportant les noms d’Osiris, encadrés de deux chacals couchés. Enfin, l’intérieur du couvercle est peint d’une représentation de la déesse Nout occupant quasiment toute la longueur. Celle-ci est représentée de face, nue, les bras tendus vers le disque solaire, protégeant ainsi la défunte.
Le cercueil intérieur anthropoïde représente Iahtesnakht sous l’aspect d’une momie dont le corps est peint en clair sur fond sombre, contrastant avec le buste entièrement polychrome. La défunte présente une carnation claire, les yeux et sourcils peints en noir, la tête coiffée d’une perruque tripartite dégageant les oreilles et décorée d’une dépouille de vautour. Le haut du buste est paré d’un large collier floral recouvrant entièrement la poitrine. Le haut du corps est peint d’une représentation de la déesse Nout, protégeant de ses ailes éployées la momie de la défunte étendue sur un lit funéraire à tête de lion et surmontant des vases canopes. Sur les côtés, des divinités en procession accompagnent la défunte et encadrent le texte hiéroglyphique recouvrant les jambes et les pieds, à l’exception de la partie centrale abritant la représentation du dieu funéraire Sokaris sous l’apparence d’un faucon momifié. La cuve du cercueil est décorée d’un pilier djed monumental anthropomorphique, coiffé d’une couronne composite et tenant le sceptre (heqa) et le flagellum (nekhekh), attributs d’Osiris, symbole de résurrection. L’intérieur du couvercle est également décoré de la déesse Nout, ici représentée de profil, vêtue d’une longue robe, assurant la protection et la renaissance de la défunte. Au-dessus de la déesse, une bande de bitume est manquante, trace d’attache de la bande de papyrus, désormais lacunaire.
Aujourd’hui confié à la vente par les héritiers du collectionneur Jean-Jacques Rotthier, qui en fut le respectueux dépositaire, cet ensemble funéraire se distingue par son intégrité remarquable. Son lien direct avec un papyrus du Livre des Morts conservé à l’Université de Cologne en renforce l’importance historique et en fait un témoignage important des pratiques funéraires du début de la Basse Époque égyptienne.