Des renseignements à propos de l’armée.
« Vous pouvez contracter un engagement au titre de votre arme, vous faire changer d’arme (du train aux chars), vous faire affecter à une formation des Armées et y recevoir un emploi de votre grade, tout ceci sur simple décision du ministre de la Guerre (sauf la formalité : engagement qui s’accomplit, techniquement, à un bureau de Recrutement).
L'affectation que je me permettrais de vous conseiller serait la suivante : Capitaine en surnombre au 1er bataillon de chars de combat. En temps de guerre, il n’y a plus de régiments de chars. Ce sont les bataillons qui forment corps.
Le 1er bataillon est l’un de ceux qui sont sous mes ordres. Il me serait très facile, sauf aucune formalité, de vous détacher à l'état-major du commandement des chars de la V° Armée.
Cette armée (général Bourret, calme et compréhensif) est actuellement la plus importante. Son front va de la Sarre de Sarreguemines jusqu'au sud de Strasbourg. Le poste de commandement (où je me trouve moi- même le plus souvent) est Wangenbourg, au sud de Saverne.
Vous trouverez ici tous les éléments d’information pratique et théorique que vous pourriez désirer au sujet des chars, comme à d’autres sujets militaires.
Pour aborder, maintenant, un ordre d'idées différent, quoique, sans doute, corrélatif au précédent, je me risquerai à vous donner mon opinion en ce qui concerne la conduite de cette guerre.
Notre système militaire a été bâti exclusivement en vue de la défensive. Si l’ennemi nous attaque demain, je suis convaincu que nous lui tiendrons tête. Mais s'il n’attaque pas, c'est l’impuissance quasi totale.
Or, à mon avis, l’ennemi ne nous attaquera pas, de longtemps. Son intérêt est de laisser “cuire dans son jus” notre armée mobilisée et passive, en agissant ailleurs entre-temps. Puis, quand il nous jugera lassés, désorientés, mécontents de notre propre inertie, il prendra en dernier lieu l'offensive contre nous, avec, dans l'ordre moral et dans l’ordre matériel, de tout autres cartes que celles dont il dispose aujourd'hui :
Bien entendu, il se sera auparavant acharné à nous dégoûter des Anglais en évoquant le fait que dix Français sont au front pour un Britannique, et en faisant répéter par ses agents qu'il n’a aucun grief à l’égard de la France. Simultanément, il aura cherché à dégoûter de nous les Anglais en concentrant contre eux son effort de destruction aérien, naval et impérial.
À mon humble avis, il n’y a rien de plus urgent ni de plus nécessaire, que de galvaniser le peuple français au lieu de le bercer d’absurdes illusions de sécurité défensive. Il faut, dans les moindres délais possibles, nous mettre à même de faire une guerre “active” en nous dotant des seuls moyens qui vaillent pour cela : aviation, chars ultra-puissants organisés en grandes unités cuirassées. Mais, de qui attendre cet immense effort de rénovation ? C’est vous-même, peut-être, qui donnerez une réponse par le fait. »
L. N. C., vol. 1, p. 898-900.