Plaquette in-16, veau bleu roi estampé à froid d’un décor losangé à répétition, dos lisse (Reliure du XIXe siècle).
Baudrier, XII-142 // Bechtel, 153/C-395 // Brunet, III-209 et Supplément II-894 // Gültlingen, I, p. 90, n° 146 // Harrisse, 116 // USTC, 79183.
(16 f.) / A-B8 / 22 lignes, car. goth. / 83 × 124 mm.
Édition originale de ce roman en forme d’épître par Macé de Villebresme, probablement le seul exemplaire connu.
Longtemps resté anonyme ou faussement attribué à Gringore (Brunet et abbé Goujet) ou à L’Espine de Pont-Allais (Oulmont), l’Hystoire romaine de la belle Cleriende a été rendue à son véritable auteur Macé de Villebresme par Georges-Maurice Guiffrey qui a pu consulter le manuscrit original et en a donné une édition annotée en 1875.
Il semble que Macé de Villebresme ait été valet de chambre (ou maître d’hôtel suivant les sources) du duc d’Orléans, futur Louis XII, et « capitaine du château de Chambord », charges pour lesquelles il reçut des gages au moins entre 1491 et 1498. Aucune autre information sur sa vie ne semble être parvenue jusqu’à nous. Les collections publiques françaises conservent six manuscrits de la première moitié du XVIe siècle dans lesquels figure L’Epistre de la belle Cleriende, le plus ancien datant de 1515-1517 (Arsenal, 5116 ; BnF, Manuscrits, fr.01678, fr.01721, fr.01953, fr.12406 et Rothschild 2964).
Le texte se divise en deux parties. Il s’ouvre par un prologue initial en prose (4f.) dans lequel l’auteur expose le contexte politique romain Pour plus facile intelligence de lautêtique hystoire de Reginus, lequel estoit avec plusiers aultres nobles romains proscript, et les rivalités entre Marc-Antoine et Octavien qui conduisirent à la décapitation criminelle de Cicero. Ce prologue est suivi de Lepistre que la belle Cleriende envoya a son amy Reginus le romain alors quil estoit en exil : pour eviter lire des troys bourreaulx persecuteurs des Romains (11f.), composée de 432 vers en décasyllabes s’ouvrant ainsi :
La larme a loeil, au cueur la tristesse,
A lesperit langoreuse foiblesse…
S’ensuit la longue plainte d’une amante malheureuse qui supplie son amant proscrit de la lire jusqu’au bout :
Car après mort, iamais ne cesseray
Taymer sans fin si les dieux le permettêt :
Et les priray que avecques toy me mettent
En leur pourpris, sur estoilles sphere
Ce quilz feront, ainsi cõme iespere,
Affin que nous ayons au divin firmament
Doubles plaisirs sempiternellement…
Épistolière héroïque, elle lui expose les malheurs de Rome, les excès des puissants et lui rappelle la façon dont elle l’a sauvé en lui permettant la fuite (Te souvient il cõm est en mon manoir / Je te taigny le visaige tout noir / (…) Tant q tu fus semblable aux charbonniers…), ce qui conduisit à leur séparation et à la mort de la belle.
L’édition de Claude Nourry, 1529 est la première trace imprimée de cette œuvre. Deux autres éditions suivirent peu après (Nourry, 1533, la plus ancienne donnée par Brunet qui ignorait celle-ci, et Lotrian-Janot, ca 1534).
Cette pathétique complainte amoureuse est illustrée de deux bois accolés sur le titre représentant les amants malheureux, ainsi que de la marque de Claude Nourry au verso du dernier feuillet. La fin du poème est en outre illustrée d’un bois représentant une fleur surmontant ce curieux allographe : G.c.c.n.m.plus que.l. (« J’ai cessé et n’aime plus qu’elle »).
L’exemplaire a appartenu à Fernand Colomb. On sait que ce dernier avait pour habitude de noter au verso du dernier feuillet de chacun de ses livres le prix d’achat et les circonstances de son acquisition. Or cet exemplaire porte au verso du dernier feuillet le fantôme illisible d’une inscription à l’encre en espagnol commençant par les mots Esto libro costo. D’après Harrisse, dans son Excerpta Colombiniana (n° 116), Colomb acheta cet ouvrage le 21 janvier 1531. Il semble que ce soit le seul exemplaire subsistant de cette édition. Brunet n’en avait pas connaissance et Bechtel et Baudrier ne recensent que cet exemplaire Colomb-Fairfax Murray.
Trous de vers réparés à tous les feuillets avec pertes de lettres, mouillure atteignant 4 lignes de texte en pied des 5 derniers feuillets.
Provenance :
Fernand Colomb (trace de note autographe effacée au dernier feuillet, étiquette moderne Bibliotheca Colombina) et Fairfax Murray (étiquette, n° 232).