Plaquette in-8, maroquin rouge sang, triple filet, dos à 5 nerfs finement orné, dentelle intérieure, tranches dorées (Trautz-Bauzonnet).
Bechtel, 518/M-444 // Brunet, III-1813 // Fairfax Murray, 384 // Morgan Library, 75124 // Tchemerzine-Scheler, IV-830 // USTC, 71394.
(8 f.) / a8 / 29 lignes, car. goth. / 118 × 176 mm.
Seconde édition de ce poème dans lequel Molinet décrit les malheurs et désastres de la guerre.
Né en 1435 à Desvres dans le Boulonnais et mort en 1507 à Valenciennes, Jean Molinet fut à la fois chroniqueur et poète. Son œuvre est féconde mais Le Temple de Mars est à mettre à part en ce qu’il n’est ni une pièce commandée comme la version translatée en prose du Roman de la rose, ni une pièce historique et encore moins un poème de circonstance pour le trépas d’un grand seigneur ou une pièce de fiction.
Le Temple de Mars est un long poème de quarante strophes en huit vers octosyllabiques dans lequel le poète décrit les malheurs de la guerre et les désastres qu’elle entraîne : On y voit que l’auteur avait souffert des guerres qui avaient désolé la Flandre et qu’il ne peut recouvrer ce qu’il avait perdu (Hoefer) :
Guerre a le col cornu let sathanique
Pied tyrannique et hure de sanglyer
Panse de loups dos de beste asynique
Yeulx gettant feu comme fier basilique
Jusqu’à finir sur ces vers :
Querez la paix destruisez la ratiere
De guerre entiere et de toute discorde
… Car qui saccorde a paix a concorde
Misericorde obtient de dieu paisible
A cœur vaillant il nest riens impossible.
Le poème, anonyme, contient une dernière strophe où l’auteur laisse deviner son nom dans le dernier vers sous les mots molin net, jeu de mots dont il fait usage aussi dans sa translation du Roman de la rose :
Pource que guerre ma navre
Et que Mars me travaille et blesse
Sans avoir nulz biens recouvre
Jay paint son temple ou iay ouvre
Rudement selon ma foiblesse
Pour Dieu excuses ma simplesse
Sil est obscur trouble ou brunet
Chascun na pas son molin net (Molinet)
L’ouvrage parut pour la première fois vers 1480 aux Pays-Bas, dans une édition sans nom, ni lieu, ni date, avant d’être réimprimé par l’imprimeur parisien Le Petit Laurens entre 1491, date de l’établissement de son atelier, et 1495. Cette dernière date est donnée par l’état de la marque d’imprimeur : la branche horizontale de la croix tréflée, dans le haut, fut cassée vers 1495 et elle est ici intacte.
Marque de l’imprimeur au premier feuillet avec la devise Chascun soit content / de ses biens / qui na sufisance / na riens (Renouard, n° 579), un grand bois au verso du titre montrant un chevalier agenouillé devant Mars dieu des batailles et sa cour. Pieds de mouche et traits à l’encre rouge au titre et à deux feuillets, une lettrine à l’encre bleu pâle et à l’encre rouge.
Tchemerzine indique qu’on ne connaît qu’un seul exemplaire de cette édition, l’exemplaire Lignerolles relié par Trautz-Bauzonnet, passé ensuite chez Fairfax Murray, exemplaire que nous présentons aujourd’hui.
Bechtel mentionne en outre un second exemplaire, relié par Chambolle-Duru, d’après un catalogue de Pierre Berès de 1955 (n° 70) et l’USTC n’en référence qu’un seul, conservé à la Morgan Library de New York (PML-75124), dont la notice indique par erreur qu’il s’agit de l’exemplaire Lignerolles / Fairfax Murray.
Il existe une confusion entre ces deux exemplaires et nous avons pu, grâce à l’amabilité de notre confrère Patrice Rossignol, les identifier et rectifier les erreurs.
Le premier exemplaire, relié par Trautz-Bauzonnet, passé chez Lignerolles puis chez Fairfax Murray, est celui que nous présentons. Le second, relié par Chambolle-Duru, a été proposé par Berès en 1955, puis par le libraire Rossignol dans ses catalogues de 1973 (n° 214) et 1977 (n° 198) et a été acquis par la Morgan Library.
Superbe exemplaire en maroquin rouge de Trautz-Bauzonnet.
Infimes piqûres à quelques feuillets.
Provenance :
Comte Raoul de Lignerolles (II, 5-17 mars 1874, n° 876) et Fairfax Murray (étiquette, n° 384).