« Severini était […] le pont entre le futurisme et le cubisme »

« Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive […] est plus belle que la Victoire de Samothrace. » En rédigeant le Manifeste du Futurisme en 1909, Filippo Tommaso Marinetti prône l’abolition des anciens paramètres de la beauté pour se tourner e

Gino Severini (1883-1966)
Le Chevalier et la Demoiselle (Ballet), 1952
Huile sur toile
120 x 76,50 cm
Estimation : 120 000 - 150 000 €

« Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive […] est plus belle que la Victoire de Samothrace. » En rédigeant le Manifeste du Futurisme en 1909, Filippo Tommaso Marinetti prône l’abolition des anciens paramètres de la beauté pour se tourner exclusivement vers le futur qui seul, a valeur de paradigme. Gino Severini fait partie, avec Giacomo Balla, Umberto Boccioni, Carlo Carrà et Luigi Russolo, des premiers peintres du mouvement. Ces derniers empruntent au cubisme l’idée de fragmenter l’espace, de déconstruire l’ordre des éléments, de laisser des formes nouvelles interagir avec des rythmes, des couleurs, des lumières pour créer une sensation de simultanéité et de dynamisme. L’historien et critique d’art français Bernard Dorival dira même de Severini : « Il était –et cela constituait son originalité, voir même son génie– le pont entre le futurisme et le cubisme ».

Le Chevalier et la Demoiselle (Ballet), dernière œuvre réalisée par Severini dans son atelier de Meudon en 1952, hérite de ce principe. En effet plusieurs formes, rappelant les papiers découpés de Matisse, se déclinent sur la toile alliant vides et pleins et jonglant avec une large palette de couleurs – du jaune au violet, en passant par le vert–. Les traits noirs et blancs au premier plan, à l’épaisseur variée, véhiculent une impression de mouvement, confirmé par le titre évoquant une danse, un ballet entre un chevalier et une demoiselle. Le cubo-futurisme à l’œuvre dans ce tableau explicite parfaitement l’influence du mouvement sur l’architecture qui s’inspire de ce dynamisme plastique de la ligne, de la texture et du traitement du plan. Néanmoins, Severini s’éloigne ici du cubo-futurisme à proprement parler pour glisser vers l’abstraction. En effet, il s’agit d’une œuvre de maturité, réalisée en 1952, période à laquelle l’artiste italien évolue fondamentalement et se révèle un des maitres de l’abstraction. Le futurisme et l’idée de mouvement l’y mènent : plus un corps se meut rapidement dans l’espace, plus sa perception est abstraite. Ainsi, Severini explique dans une entrevue avec Georges Cattaui en Suisse, vers 1950 : « À Byzance, on avait compris qu'une représentation trop matérielle de la réalité était nuisible à l'esprit religieux [...]. Aujourd'hui, nous avons fait le chemin inverse en revenant à l'art abstrait. J'y suis arrivé de mon côté à la même époque que les débuts du cubisme, avec la division de la forme ramenée à ses éléments essentiels ». Le Chevalier et la Demoiselle (Ballet), témoigne de ce glissement et s’affirme comme une œuvre d’importance dans la compréhension de l’histoire de l’art des années 1950.

Informations

Expositions publiques à Paris :

Vendredi 30 novembre de 11h à 19h

Dimanche 2 décembre de 11h à 19h

Lundi 3 décembre de 10h à 14h

Vente aux enchères à Paris

Lundi 3 décembre 2018 à 20h

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Elodie Landais

Tél. +33 1 42 99 20 84