Mine de plomb sur papier pour le crayonné préparatoire de la planche 53 de cet album
publié en 1958 aux éditions Casterman. Prépublié dans le journal Tintin n°44, 30 octobre
1957. Signé et dédicacé. Esquisses au verso représentant Tintin et Haddock, très agités, qui
viennent d’apercevoir un périscope. Un remarquable exemple démontrant l’importance de
ce travail de recherche dans lequel Hergé mettait toute son énergie, quitte à raturer et à
surcharger chaque image, et qui permet à la ligne claire d’émerger à travers les turbulences
du trait. Et un passage très dynamique, avec Tintin, Haddock et le pilote estonien Piotr
Szut en grand danger : il doivent faire face à un ancien U-Boot (« Ha ! ha ! Un sous-marin !
Pourquoi pas toute la Home Fleet ? » s’exclame Haddock) qui va tenter de les envoyer par
le fond. Heureusement, l’esprit combatif du capitaine de La Licorne saura les inspirer.
Hergé apporta beaucoup de soin à la réalisation des scènes finales et à la restitution de
l’atmosphère maritime : les équipements et les aménagements intérieurs du Ramona sont
ceux d’un vrai navire de commerce. 55 x 36,5 cm.
Tintin et le capitaine Haddock ont appris l’existence d’un trafic d’êtres humains transitant
par le Khemed. À Wadesdah, la capitale, il y a eu un coup d’État, et l’émir Ben Kalish Ezab
a été renversé par le cheik Bab El Ehr, qui était soutenu dans l’ombre par le marquis di
Gorgonzola, faux aristocrate italien mais vrai malfaiteur d’envergure internationale
derrière lequel se cache Roberto Rastapoulos, personnage diabolique que Tintin combat
depuis Les Cigares du pharaon. Les voici donc en mer Rouge, à bord du cargo Ramona,
qui transporte clandestinement des explosifs et des munitions, et aussi des malheureux
Africains qui ne savent pas qu’au lieu d’aller en pèlerinage à La Mecque ils vont être
vendus comme esclaves. Le bateau a été abandonné par son équipage, qui avait prévu de
faire sauter la cargaison afin qu’il disparaisse au fond de la mer avec ses encombrants
passagers. Tant bien que mal, Tintin et Haddock ont repris le contrôle de la situation et se
dirigent maintenant vers Djibouti. Szut vient de réparer la radio qui était cassée, et Tintin
s’empresse d’aller annoncer la bonne nouvelle à Haddock, qu’il bouscule
involontairement : « Elle marche !… Oui ?… Eh bien j’espère qu’elle regarde au moins où
elle va, elle !… », répond le capitaine. Mais ils sont encore loin d’être tirés d’affaire :
Rastapoulos n’a pas envie que ses différents trafics soient mis au jour, et sans le moindre
scrupule, il a envoyé un sous-marin afin de torpiller le cargo. En observant d’inoffensifs
poissons volants qui frôlent les vagues, Tintin, effaré, découvre le bâtiment de guerre qui
les a pris en chasse : « Ils veulent nous couler ! » crie-t-il. D’abord affolé, lui aussi, par cette
menace qui se précise, et après un moment de flottement, Haddock va se ressaisir, et, avec
toute l’énergie qu’on lui connaît, il va prendre la direction des opérations et montrer de
quoi un marin expérimenté et courageux, qui a affronté des tempêtes autrement
périlleuses, est capable. En manoeuvrant habilement (« Torpille à babord ! La barre à
tribord, toute !… ») et en sauvant le Ramona, il va ainsi faire honneur à la mémoire de son
glorieux ancêtre, le chevalier François de Hadoque, capitaine de la marine du roi Louis
XIV, qui terrassa l’un des plus féroces Frères de la Côte.
"