En bois, pierre et fibres végétales
H. : 32,5 cm (12³⁄₄ in.)
A Ruatangaeo, Mangaia, Cook Islands
Collection Jean-Jacques Rotthier (1932-2009), Bruxelles, puis par descendance
Cette herminette ornée d’un décor géométrique finement sculpté et dotée d’une base ajourée, illustre une remarquable synthèse entre fonction utilitaire et dimension sacrée. Dans les croyances de l’île de Mangaia, de tels objets n’étaient pas considérés comme de simples outils, mais comme des ruatangaeo, c’est-à-dire des descendants de divinités sculptées. Le terme ruatangaeo signifie littéralement « nid de martin-pêcheur », une appellation poétique faisant référence aux ouvertures carrées caractéristiques percées dans le manche.
Le raffinement esthétique du ruatangaeo souligne son rôle d’instrument spirituel. Au-delà de leur fonction cérémonielle, ces herminettes étaient investies d’un véritable pouvoir sur les forces de la nature : on croyait qu’en obstruant symboliquement toutes les ouvertures du piédestal, un prêtre pouvait « lier » les vents et apaiser les tempêtes, assurant ainsi la sécurité des pêcheurs en mer. Les fins motifs répétitifs en « dents de requin » (tiki tiki tangata) qui couvrent la surface de l’objet agissent comme une forme d’invocation visuelle, renforçant son association à la protection des ancêtres et à la puissance divine.