Signée et datée ‘L. DE LA HIRE / in. & F. 1649’ en bas à gauche
Allegory of Music, oil on canvas, signed and dated, by L. de La Hyre and workshop
41.33 x 56.10 in.
Vente anonyme online ; Londres, Sotheby’s, 2-8 juillet 2021, n° 174 (comme Atelier de Laurent de la Hyre) ;
Collection particulière européenne
Notre toile est une reprise de haute qualité de la composition de La Hyre conservée au Metropolitan Museum of Art de New York (fig. 1) de même dimension, sans variante notable. Les deux sont datées à l'identique et signées de manière similaire. L'œuvre américaine appartenait à une série, aujourd'hui dispersée, de sept allégories des Arts libéraux1, commandées par Gédéon Tallemant, membre du Conseil d'État, maître des requêtes, pour son hôtel particulier rue d'Angoûmois, dans le Marais (aujourd'hui situé au 58 rue Charlot à Paris)2. Chacune des figures est montrée à mi-corps, portant des drapés classiques, identifiable par son attribut iconographique particulier et placée devant des éléments architecturaux, évoquant la Grèce antique, berceau de la pensée abstraite occidentale. Elles étaient à l'origine flanquée de tableaux représentant des putti de part et d'autre, ceux accompagnant la Musique tenaient respectivement une viole et une partition (Dijon, Musée Magnin).
Ces compositions semblent avoir chacune fait l'objet de répliques dans le but de constituer un autre ensemble similaire au premier. L'existence d'une seconde série est évoquée par Dezallier d'Argenville en 1745. Elle aurait été réalisée à la même date et sous les mêmes dimensions que la première et aurait été destinée à la ville de Rouen, pour décorer un hôtel particulier3. Ces répliques soulignent l'intérêt et la renommée que ce cycle a suscité à l'époque. Parmi celles qui nous sont parvenues, citons La Géométrie en collection particulière, dont le prototype réalisé pour Gédéon Tallemant se trouve au Fine Arts Museums of San Francisco (n° 2014.13)4, La Grammaire conservé à Baltimore à la Walters Art Gallery (inv. n° 37.862, fig. 2)5, ou encore L'Arithmétique dont la seconde version est également visible à Baltimore à la Walters Art Gallery (n° inv. 37.1917, fig. 3)6.
La Musique est ici représentée accordant un théorbe à treize cordes, la recherche de l'accord étant vue comme une métaphore de l'harmonie. Sur la table, devant elle, reposent un luth, un violon, des flageolets (ou flûtes à bec) et un livre de partitions ouvert. On distingue les tuyaux d'un orgue portatif à droite. La plupart de ces éléments, ainsi que le rossignol perché sur le dossier de la chaise, sont tirés du manuel iconographique de Cesare Ripa, l'Iconologia, qui semble avoir servi d'inspiration à la série de La Hyre. Dans notre peinture, comme dans celle de New York, les pièces musicales sont en partie déchiffrables. Par sa rigueur et sa clarté géométrique, notre toile est tout à fait caractéristique du courant "atticiste" parisien, une réaction des peintres parisiens contre le baroque italien, privilégiant un art équilibré. La poésie de La Hyre s'exprime par la clarté et la limpidité de l'atmosphère, sa gamme argentée typique, la branche de bouleau apparaissant à de nombreuses reprises sous son pinceau.
1. Nous renvoyons au catalogue de l'exposition menée par Pierre Rosenberg et Jacques Thuillier, Laurent de La Hyre, 1606-1656 : L'homme et l'oeuvre, Genève, Skira, 1988, p. 292-302. Les Arts libéraux sont divisés en deux groupes : le quadrivium réunit les quatre arts libéraux enseignés depuis l'Antiquité : l'arithmétique, la géométrie, la musique et l'astronomie - auxquels le Moyen Âge a ajouté le Trivium composé de la grammaire, la rhétorique et la dialectique. La série est abordée par Corentin Dury dans le cadre de ses recherches sur l’Allégorie de l’Astronomie conservée au musée des Beaux-Arts d’Orléans : Corentin Dury, Catalogue raisonné des peintures françaises et italiennes du XVe au XVIIe siècle des musées d'Orléans, Gand, Snoeck, 2023, p. 266-270. L'auteur propose une hypothèse pour la disposition des neuf compositions de la série dans la chambre de l'hôtel Tallemant.
2. Gédéon Tallemant (1613-1668) était le cousin germain de son homonyme, l'écrivain Gédéon Tallemant des Réaux (1619-1692). 3. Antoine-Joseph Dezallier d'Argenville, Abrégé de la vie des plus fameux peintres, avec leurs portraits gravés en taille-douce..., vol. 2, Paris, 1745, p. 274 ('sept grands tableaux représentant les sept arts libéraux avec des fonds enrichis d'architecture pour la même ville (Rouen)').
4. Autrefois au Toledo Art Museum, elle fut présentée en vente chez Christie's à New York le 30 janvier 2014 (lot n°114).
5. La première version se trouve à Londres, à la National Gallery (n°
NG6329).
6. Le prototype se trouve à la fondation Hannema-De Stuers, Heino, Pays-Bas.