(Restaurations)
Dans un cadre en chêne sculpté et redoré, travail français d'époque Louis XIV
Presumed portrait of Michelangelo Torcigliani (1618-1679), man of letters, oil on canvas, by N. Regnier
36.22 x 29.52 in.
Collection particulière, Ile-de-France
Très probablement Annick Lemoine, Nicolas Régnier (alias Niccolo Renieri) ca. 1588-1667. Peintre, collectionneur et marchand d'art, Paris, 2007, p. 291, n° 116*
Né à Maubeuge, dans le comté de Hainaut, en 1588, à l’époque où ce territoire faisait partie des Pays-Bas espagnols, Nicolas Régnier débuta sa carrière de peintre sous l’enseignement du Flamand Abraham Janssens, avant de poursuivre son œuvre en Italie, à partir de 1615 et jusqu’à la fin de sa vie.
Initié au caravagisme à Rome par Bartolomeo Manfredi, il s’imposa rapidement comme l’une des figures de proue de ce courant pictural, en y mêlant sa culture et sa manière nordique. Ainsi, Régnier sut développer une peinture baroque remarquable au contact de nombreux artistes, tels Simon Vouet et Valentin de Boulogne, mais également de l’œuvre de Guido Reni, à la confluence du caravagisme et du classicisme. La suite de sa carrière se déroula à Venise, où il se rendit en 1625, et où il devint alors le peintre de la haute société italienne, renommé autant pour ses peintures d’histoire que pour ses portraits.
Notre tableau, encore sur sa toile et son châssis d’origines, compte parmi ces derniers et constitue une redécouverte, puisqu’il s’agit très probablement du portrait perdu de l’homme de lettres Michelangelo Torcigliani (1618-1679). Connu seulement par la gravure exécutée par Giacomo Picini (fig. 1) et vraisemblablement par un poème de Leonardo Querini¹, ce portrait, non dépourvu de fantaisie, présente ainsi le poète originaire de Lucques sous les traits d’un militaire, portant une armure noire reluisante et une écharpe rouge. Bien que Picini ait préféré, dans sa gravure, habiller Torcigliani d’un large col de dentelle et d’une riche tenue de poète, le visage du modèle se révèle en tout point similaire à celui de notre portrait. La liberté prise par le graveur peut s’expliquer par la nature de l’ouvrage dans lequel elle fut publiée : Le Glorie degli Incogniti², un annuaire des hommes de lettres illustres et intellectuels de l’Accademia degli Incogniti de Venise, dont faisait justement partie Michelangelo Torcigliani.
1 : Leonardo Querini, Vezzi d’Erato, 1649, p. 125 : sur cette même page se trouvent deux poèmes relatifs aux portraits peints de Michelangelo Torcigliani, le premier réalisé par Pierre-Paul Rubens (perdu) et le second par Nicolas Régnier : « Quand, ô peintre heureux, Là où il n’est pas permis aux mortels, Es-tu jamais monté dans les demeures sacrées, Pour dessiner le visage des anges ? Quand, ravi et absorbé par la capture de l’idée d’un visage angélique, Tout entier plongé dans la mélancolie, Je suis venu peindre le visage de Torcigliani»
2 : Giovanni Francesco Loredano ou Girolamo Brusoni, Le Glorie degli Incogniti, o vero gli huomini illustri dell’Accademia de’signori Incogniti di Venetia, 1647, p. 336.
Gravure : Giacomo Picini, Portrait de Michelangelo Torcigliani, gravure au burin, 14,2 x 10,5 cm. Cette estampe ornait l'ouvrage Le Glorie degli Incogniti publié à Venise en 1647.