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1956 Mercedes-Benz 300 SL ‘Gullwing’
Sans réserve
Estimation :
2 000 000 - 5 000 000 €

Description complète

Carte grise française
Châssis n°198040-6500019 Moteur NSL n°198980-6500030

Boîte de vitesses n°924

Essieu arrière n°417

Direction n°027

Essieu avant gauche n°027

Essieu avant droit n°027


- Histoire, configuration et état d’origine exceptionnels

- Livrée avec toutes les options sport d’époque

- 100% des numéros conformes à sa sortie d’usine

- 34 255 km - En 1ère peinture

- Moteur NSL, jantes Rudge, amortisseurs et ressorts sport

- Une des 106 livrées en ‘Graphitgrau’

- Une des 30 livrées neuves en France (Paris)

- Livrée neuve à un industriel parisien et Champion Olympique

- Même propriétaire de 1961 à 2014 (53 ans)

- Expertise complète réalisée en déc. 2025 par le spécialiste Dipl.-Ing Klaus Kukuk

- Sans réserve

 

Il existe, dans une vie, des histoires qui semblent écrites par le hasard lui-même. Des concours de circonstances si improbables qu’ils prennent, avec le temps, l’allure d’une légende.

Celle-ci est l’histoire de la découverte d’un trésor automobile.

Le 26 janvier 1956, sort des chaînes de production de Stuttgart une Mercedes-Benz 300 SL, châssis n° 198040-6500019. Dès sa naissance, cette voiture n’est pas une 300 SL ordinaire. Elle est commandée avec des spécifications exceptionnelles et rarissimes, réunissant la totalité des options sport disponibles au catalogue de l’époque. Plus rare encore, elle fait partie des seulement 106 exemplaires livrés dans la teinte ‘Graphitgrau’ (référence DB 190), associée à un intérieur en cuir naturel (Naturfarbe 1068).

Les options, telles qu’elles figurent sur le bon de sortie d’usine, témoignent de l’exigence de son premier propriétaire :

·        Moteur avec pièces spéciales pour conduite sportive SA 10013 (moteur NSL)

·        Amortisseurs et ressorts pour conduite sportive SA 10009/1

·        Jantes à disque avec boulons de roues centraux SA 935-198 (jantes Rudge)

·        Jeu de bagages 2 pièces en cuir 1068 SA

·        Colonne de direction allongée SA 944-198

·        Rapport de pont arrière 1 : 3,42

·        Phares Sealed Beam

·        SA 100 %

·        Sans sièges séparés

·        Feu antibrouillard arrière BA 55105

·        Produits anticorrosion et matériaux d’insonorisation fournis

Cette 300 SL est l’une des seulement 30 Mercedes-Benz 300 SL Gullwing livrées neuves en France. Elle est commandée par l’importateur Mercedes-Benz Paris, le garage Royal-Elysées, dirigé par le célèbre Charles Delcroix, pour le compte de son premier propriétaire.

Cet homme de goût n’est autre que Claude Foussier, industriel brillant et sportif d’exception. Il réside à l’époque dans l’un des chefs-d’œuvre de l’architecture Art Déco parisienne : les prestigieux immeubles de luxe construits par Jean Walter en 1931, porte de la Muette, au 2 boulevard Suchet, Paris 16ᵉ. Un détail qui, on le verra, prendra une dimension presque mystique.

Né à Paris le 19 avril 1925, Claude Foussier mènera une carrière professionnelle remarquable : dirigeant de Pernod-Ricard, PDG de la Société Parisienne de Boissons Gazeuses (SPBG) et importateur européen de Coca-Cola. Mais sa vie ne se résume pas aux affaires. Il nourrit une passion dévorante pour le tir sportif.

Mesurant 1,89 m pour 99 kg, ilpratique le skeet olympique au plus haut niveau. Il participe aux Jeux Olympiques de Rome en 1960 et de Tokyo en 1964, devient sextuple Champion d’Europe par équipes entre 1956 et 1962, Vice-Champion d’Europe individuel en 1958 à Turin, 1960 à Barcelone et 1961 à Budapest, et remporte la Coupe des Nations à Madrid.

Sa carrière institutionnelle est tout aussi impressionnante : Président fondateur de la Fédération Française de Tir en 1965, Président de l’Académie des Sports, Chef de mission française aux Jeux Olympiques d’hiver de Grenoble 1968 et Sapporo 1972, membre de l’Ordre Olympique en 1993, et enfin Commandeur de la Légion d’honneur, décoré à Londres le 13 décembre 2010.

Cet homme à la stature impressionnante est également un véritable passionné d’automobiles, et surtout de voitures de caractère. Une anecdote illustre parfaitement son tempérament : septembre 1960, passant devant une vitrine parisienne, il aperçoit une Ferrari 250 SWB Berlinetta #2283GT. Coup de foudre immédiat. Il entre, commande la voiture, et la personnalise à l’extrême.

Compte tenu de sa carrure, il exige un siège abaissé et une colonne de direction rallongée de 5 cm. Il se rend même à Modène pour travailler directement avec Sergio Pininfarina. Il demande six conduits de refroidissement supplémentaires, deux conduits inspirés des 250 GT Tour de France, un moteur plus puissant destiné à la course, un différentiel spécifique, et choisit une livrée Verde Pimlico, traversée de trois bandes noires longitudinales. Rien n’est laissé au hasard : Claude Foussier ne conçoit pas la voiture « de monsieur tout-le-monde ».

Il n’est donc guère étonnant que quelques années auparavant, en 1955, il choisisse la toute nouvelle Mercedes-Benz 300 SL Gullwing et la commande avec l’intégralité des options sport disponibles. Cette Mercedes précède donc la fameuse Ferrari 250 dans son garage.

Il en prend livraison début janvier 1956, chez Royal-Elysées, et l’immatricule à son adresse du 2 boulevard Suchet. La voiture est conservée dans le garage de l’immeuble jusqu’au 28 mars 1961, date à laquelle il la cède à Roger Loyet, ancien pilote devenu marchand réputé à Paris, dont la clientèle compte Johnny Hallyday, Alain Delon ou Jean-Paul Belmondo.

Roger Loyet ne la conserve que deux mois avant de la revendre à Jean Piger, autre industriel parisien. Ce dernier l’immatricule à son nom le 31 mai 1961, tout en conservant le premier numéro d’immatriculation.

Le 27 novembre 1984, Jean Piger s’installe dans son Château de Margeaix et fait modifier l’adresse de la carte grise. La voiture reçoit le numéro 2823 HR 43, mais les plaques d’origine ne seront jamais changées. Amateur éclairé, il gare la 300 SL dans les communs du château, aux côtés d’une Ferrari 500 Mondial, d’une Bugatti 57 Atalante, d’une Ferrari BB 512 et d’une Jaguar Type E achetée neuve.

Une vignette de circulation de 1993, encore collée sur le pare-brise, atteste que la voiture roulait encore cette année-là.

En 2014, Jean Piger, fort caractère qui avait toujours fermement refusé toute sollicitation d’achat, décide finalement de vendre la 300 SL. Le jour du chargement, la voiture n’a pas tourné depuis onze ans. Elle est recouverte d’une épaisse poussière, pneus à plat. Pourtant, il suffit de six bougies neuves, d’une batterie et d’un peu d’essence pour la démarrer et la charger sur le plateau de l’acheteur, direction l’Allemagne. La transaction est réalisée par l’entremise d’un marchand de la Côte d’Azur bien connu.

Son nouveau propriétaire, collectionneur très discret, la descend par ascenseur dans son sous-sol, sans la nettoyer, sans y toucher, et la place sous cloche plastique, protégée du temps, telle une œuvre d’art.

Neuf ans plus tard, un grand collectionneur parisien, passionné de Mercedes, se rend chez lui pour acquérir une 300 SL Roadster. L’affaire conclue, l’Allemand lui révèle un secret qu’il ne montre à personne. Il ouvre la cloche : apparaît alors notre 300 SL Gullwing, intacte, poussiéreuse, bouleversante d’authenticité. Le coup de foudre est instantané et la proposition d’achat est immédiate. Le refus aussi.

Un an passe. L’appel en provenance de l’Allemagne arrive enfin. La belle endormie change de main, revient alors à Paris, et rejoint le garage du propriétaire actuel, abritant plusieurs Mercedes Black Series et une Mercedes 280 SE 3.5 Cabriolet, elle aussi livrée neuve à Paris. Le nouveau propriétaire n’y touche pas. Il se contente de la contempler chaque jour.

Et c’est là que l’histoire devient légendaire et unique : les recherches récentes auprès de la préfecture révèlent que Claude Foussier, premier propriétaire, résidait au 2 boulevard Suchet. Coïncidence surréaliste…figurez-vous que cette adresse est la même que le domicile du propriétaire actuel, et que le garage dans lequel la voiture dort aujourd’hui est le même que celui de 1956 ! Quelle probabilité y avait-il pour que la voiture se retrouve à la même adresse, 70 ans plus tard, que celle de son premier propriétaire ?!

Le spécialiste Dipl.-Ing. Klaus Kukuk a réalisé une expertise extrêmement poussée de la voiture avec mesures de l’épaisseur de la peinture et relevé précis de l’ensemble des numéros internes. Le résultat est époustouflant : mis à part une peinture un peu plus épaisse sur la carrosserie arrière à droite sous le pare-chocs et une retouche sous la porte passager, l’ensemble du véhicule a conservé sa peinture d’origine de sortie d’usine. Les numéros internes et les numéros cachés, sur les éléments de carrosserie comme les éléments mécaniques sont totalement conformes à 100%, même ceux gravés sur les clefs ! Evidemment, l’expertise est disponible sur demande pour toute personne intéressée.

Jamais démontée, jamais restaurée, toujours dans sa première peinture, cette Mercedes-Benz 300 SL Gullwing, dotée des plus rares options de l’époque incluant son moteur NSL, matching numbers bien évidemment, restée 53 ans entre les mains de son deuxième propriétaire, est proposée dans son état d’origine absolu, avec 34 000 km, sa valise d’origine (une ayant été égarée au cours de son histoire), sa trousse à outils Mercedes-Benz, sa pièce en aluminium sur-mesure destinée à l’équilibrage des roues (première fois que nous en voyons une livrée avec une 300 SL), son intérieur en cuir naturel patiné, jamais nettoyé, jamais touché, doté d’un manomètre de température extérieur jamais vu sur ce modèle, faisant face au passager, sa toute première plaque d’immatriculation avec son numéro de 1956 jamais changée, et surtout sa poussière, cette poussière qui l’a protégée de toute altération.

Il est bon de rappeler les chiffres de production : les 300 SL livrées neuves avec un moteur pour conduite sportive, ce fameux moteur NSL qui délivre environ 20 chevaux de plus, ne sont sorties qu’à environ 250 exemplaires (incluant les 29 Mercedes 300 SL en aluminium). 170 exemplaires sur ces 250 sont sortis avec le moteur NSL et les jantes Rudge. Et on ne compte qu’une petite centaine sorties avec le NSL, les Rudge et les amortisseurs et ressorts sport, sans parler des autres options. Cela fait donc un des, environ, 60 exemplaires construits dans cette configuration identique à celle des 29 modèles en aluminium.

Son état général étant exceptionnellement sain, sa sellerie encore ferme, sans altération, le futur propriétaire aura le choix : révéler l’éclat intact de sa première peinture et de son intérieur ou préserver ce témoignage unique du temps, cette pièce d’histoire introuvable dans cet état, certainement la dernière 300 SL Gullwing 100% d’origine même encore équipé de son plancher de protection jamais démonté (sauf la partie avant pour les vidanges).

Quoi qu’il décide, toutes les portes des plus grands concours d’élégance du monde s’ouvriront à lui, dans la catégorie la plus convoitée : la ‘Preservation Class’, où cette automobile extraordinaire possède toutes les qualités pour triompher. D’ores et déjà, la voiture et son futur propriétaire seront invités au prochain Concours d’Elégance de Chantilly.

Rappelons que, avec son châssis tubulaire, son six-cylindres 3L et première voiture de série équipée de l’injection, ses freins ailetés Alfin, ses roues indépendantes et sa carrosserie profilée, la Mercedes 300 SL est issue de la compétition automobile. Les portes "Gullwing", qui vont susciter sa célébrité, son succès et lui permettre de traverser l’histoire sans prendre une ride, ne sont pas un subterfuge esthétique mais une nécessité due à la forme du châssis qui monte sur les côtés pour une rigidité optimale. Ces caractéristiques faisaient de la 300 SL une dominatrice absolue sur la route où elle dépassait 230 km/h et passait de 0 à 100 km/h en moins de 9 secondes.

Cette Mercedes 300 SL en particulier, châssis 198040-6500019, est unique par la poésie de son histoire, la singularité de son état d’origine et la richesse absolue de sa configuration et de ses équipements sportifs d’usine. Une pépite, un trésor introuvable.


La participation aux enchères pour ce lot est soumise à une procédure d’enregistrement particulière. Si vous souhaitez enchérir sur ce lot, merci de vous rapprocher du bureau des enchères ou du département Motorcars minimum 48 heures avant la vente.


Photos © Kevin Van Campenhout

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