View of Rue Royale and Place de la Concorde in Paris, ca. 1836, oil on canvas, Romantic School
84.25 x 80.70 in.
Collection de Madame Roussel ;
Sa vente, Paris, Galerie Georges Petit, Mes Lair-Dubreuil et Baudoin, 25-28 mars 1912, n° 26 (comme Richard Parkes Bonington)
Si l’on connaît le récit de l’édification de la place Louis XV par Ange-Jacques Gabriel, les tragédies dont elle fut la scène à la fin du XVIIIe siècle ainsi que l’évènement que constitua l’érection de l’obélisque de Louxor en 1836, le destin des lieux sous la Restauration est résolument ignoré. C’est sous le Directoire qu’elle fut baptisée place de la Concorde, nom conservé par le Consulat et l’Empire avant que la Restauration ne lui rende sa vocation de place royale.
Louis XVIII souhaite en effet rendre à cette place majestueuse sa vocation d’expression de la grandeur monarchique sans toutefois occulter les évènements révolutionnaires. A cet égard, une messe solennelle est célébrée le 10 avril 1814 à la mémoire des victimes de la Révolution. Une loi est votée le 10 janvier 1816 afin de rétablir les statues royales de Paris, de renommer la place Louis XV la place de la Concorde et ainsi commander une nouvelle statue du Bien-Aimé. Une ordonnance de Charles X modifie cette commande en avril 1826, donnant le nom de Louis XVI à la place. Une statue du Roy martyr est alors commandée à Jean-Pierre Cortot par arrêté du 31 mai 1827. Haute de six mètres et figurant Louis XVI en costume de sacre, elle était destinée à être installée au centre de la place, tournant le dos à la Chambre des députés et regardant vers l’église de la Madeleine, conçue par Louis XVIII comme monument expiatoire à la mémoire de la famille royale. Achevé en 1830, la statue ne vit jamais la place et le modèle fut détruit dans l’atelier du fondeur lors des journées de Juillet. Le modèle à l’échelle 1/3 est conservé au château de Versailles (n° MV 1355.1) tandis que le musée Carnavalet conserve un dessin réalisé par Pierre Simon Duvivier d’après l’œuvre de Cortot (n° D.8915).
Le socle du monument, conçu par Jean-Louis Grillon, fut en revanche installé et sa première pierre posée par Charles X le 3 mai 1826. Sa silhouette est connue par une estampe figurant le monument projeté et conservée au musée Carnavalet (fig. 1). C’est ainsi un socle orphelin qui régna sur la place Louis XVI jusqu’à l’avènement de la monarchie de Juillet qui laisse place à un autre, composé de cinq blocs de granit rose de Bretagne et destiné à accueillir un monument de bien moindre charge politique. On raconte que Grillon sauva son socle durant les Trois Glorieuses en y inscrivant hâtivement, ‘Monument à la Charte’, d’après le nom éphémère que prit la place.
Notre tableau constitue ainsi une représentation inédite d’un court état de la place de la Concorde (1826-1830) et révèle combien le paysage parisien évolua avec chacun des régimes qui se sont succédé en France au cours de ce long XIXe siècle. La scène est composée avec vie par un artiste influencé par les pleinairistes anglais et tout particulièrement Richard Parkes Bonington, mort en 1828. C’est en tout cas ce que révèle le traitement nuancé du ciel dont l’instabilité est toute romantique. Au sol, le peuple de Paris s’active sur des calèches ou à pied au milieu de monuments dont la silhouette souffre l’approximation. On s’étonne en effet de la hauteur du dôme des Invalides de Jules-Hardouin Mansart tandis que la rue Royale s’ouvre au loin, entre les hôtels de la Marine et de Coislin, sur une colonnade du Palais Bourbon comptant huit colonnes en façade au lieu de douze. Cette confusion fait écho à la conclusion d’un autre monument du XIXe siècle ; lorsqu’à la fin de Bel-Ami, Georges Duroy sort de la Madeleine et regarde la Chambre des députés avec envie, ‘et il lui semble qu’il allait faire un bond du portique de la Madeleine au portique du Palais Bourbon’.
Fig. 1 : Graveur anonyme, imprimé par Piaget et Lailavoix, Vingt-un Janvier, Vue du Monument projeté pour la Place Louis XV, lithographie publiée dans le journal ‘Le Revenant’, Musée Carnavalet (n° QB.15).