Tête masculine représentant le roi coiffé de la mitre blanche Hedjet de Haute-Égypte, ornée d’un uraeus partiellement lacunaire. Le visage est finement sculpté, les sourcils allongés surmontant des yeux en amande, aux paupières ourlées et prolongées d’un trait de fard. Le nez est très légèrement busqué et sa pointe lacunaire. La bouche, aux lèvres pleines, s’étire en un très léger sourire, aux commissures marquées. À l’arrière, un appui dorsal anépigraphe sur lequel repose le sommet de la coiffe, l’espace intermédiaire étant laissé en réserve.
La cassure se situe au niveau du haut du cou ; manquent l’extrémité de la couronne et de l’appui dorsal, de même que le bout du nez et une portion du menton ; le pourtour de l’uraeus et une partie de l’anthélix de l’oreille droite sont entamés.
Haut. : 36,5 cm
Collection Charles Gillet (1879 – 1972), puis par descendance
Thoutmosis III ou Amenhotep II
« Dans le cours normal du développement stylistique de l’art égyptien ancien, la sculpture du début d’un règne ne révèle pas de grandes différences avec celle du roi précédent. Parfois les changements d’un règne à l’autre sont tellement subtils que les spécialistes ne peuvent décider si une statue représente un roi donné ou son prédécesseur.
Un problème de cette nature apparaît précisément quand on essaie de faire la différence entre les sculptures datant de la fin du règne de Thoutmosis III et celles réalisées pour son fils et successeur Aménophis II. »
Propos de Bernard V. Bothmer dans les années 1980 à propos d’une tête du musée de Louxor attribuée à Thoutmosis III qu’il propose de rattacher à Amenhotep II et dont l’identification est toujours l’objet d’un débat.
L’acuité du problème soulevé par ce grand connaisseur de l’art égyptien ressort de la comparaison des statues de ces deux rois, dont les visages révèlent une grande parenté, notamment en ce qui concerne les sourcils, les yeux, la bouche et les oreilles. Si des variations sont observables, elles concernent avant tout le nez, plus ou moins busqué chez Thoutmosis III et en revanche bien droit chez Amenhotep II.
Dans le cas présent il est d’autant plus difficile de trancher que l’extrémité du nez a disparu, mais ce qui subsiste de sa racine laisse penser qu’il était légèrement bombé, comme sur la statue Turin, Museo Egizio 1376, à l’effigie de Thoutmosis III. On peut néanmoins reconnaître dans les dépressions sous-orbitales bien marquées et les pommettes basses et saillantes d’autres caractéristiques propres aux portraits de ce roi. Ajoutons qu’au jeu des comparaisons, la tête la plus proche de notre exemple est celle Caire Catalogue Général 42067, dont l’attribution à Thoutmosis III n’est pas à remettre en cause.
L’examen de cette pièce peut s’appuyer sur deux contributions en particulier :
Dimitri Laboury, La statuaire de Thoutmosis III, Aegyptiaca Leodiensia 5, Liège, 1998.
Luc Gabolde, « Une tête royale du début de la XVIIIe dynastie attribuable à Amenhotep II », dans Revue d’Égyptologie 68 (2017-18), p. 45-60.
OP