Coton imprimé et peint, chintzé, partie haute d’un plus grand panneau, aux motifs de guirlandes florales, d’arabesques, de drapeaux et de coquilles dans le goût rocaille, de couleur indigo, rose et violette, dans une bordure de médaillons, manques, déchirures, taches, une couture verticale aux deux-tiers, état fragile.
Dim. : 102 x 175 cm
Ce fragment d’une très belle tenture dans le goût français a été réalisé sur la côte indienne de Coromandel au début du XVIIIᵉ siècle. Cette région du sous‑continent s’est en effet spécialisée, aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, dans la production de textiles de grande qualité, à décor imprimé et peint, destinés à l’exportation vers l’Europe : les chintzes. Le terme, d’origine indienne, désigne un coton peint et teint selon des procédés de réserve et de mordançage, techniques d’une grande complexité. Ces étoffes sont parfois appelées palampores lorsqu’il s’agit de tentures couvrantes. Elles étaient particulièrement prisées en Europe pour l’éclat et la vivacité de leurs couleurs, et les Compagnies des Indes hollandaise et anglaise en firent un commerce lucratif dès la fin du XVIIᵉ siècle.
Alors que la majorité des chintzes présentent un décor floral, souvent peuplé d’animaux tropicaux ou organisé autour du motif de l’arbre de vie, le décor de notre tenture est manifestement d’inspiration européenne, avec ses motifs de coquilles, d’oriflammes entrecroisés et de rubans. Les compositions de ces tentures s’inspiraient parfois directement de dessins d’artistes européens : c’est notamment le cas des œuvres de Jean Berain (1638‑1711), dont les motifs ont été adaptés dans plusieurs palampores conservés au Royal Ontario Museum (acc. no. 934.4.18), au Victoria and Albert Museum (acc. no. IS.4‑1968) et au Metropolitan Museum of Art (inv. 210‑1996), datés entre le début du XVIIIᵉ siècle et les années 1720‑1740.
Sur notre panneau, les éléments floraux purement indiens, évoquant les pietra dura du Taj Mahal, se mêlent aux longues feuilles d’acanthe bleues et roses qui encadrent le motif central du palampore. Celles‑ci semblent directement dérivées des motifs de Jean Berain et se retrouvent sur les palampores mentionnés ci‑dessus (Irwin, John, et Katharine B. Brett, Origins of Chintz: With a Catalogue of Indo‑European Cotton‑Paintings in the Victoria and Albert Museum, London and the Royal Ontario Museum, Toronto, Stationery Office Books, 1970, fig. 42 et cat. 68, p. 94 et pl. 68‑69). De plus, le motif de coquille, relativement inhabituel, ainsi que la bordure en chaîne de diamants sont presque identiques à ceux peints sur une cantonnière de la Josephine Howell Collection, datée du début du XVIIIᵉ siècle (Irwin, Brett, op. cit., fig. 21, p. 32). Ces différents éléments constituent autant d’indices permettant de dater ce panneau du début du XVIIIᵉ siècle.
Les chintzes, produits de grand luxe reposant sur des techniques d’une extrême sophistication, offrent un exemple fascinant des échanges culturels à l’œuvre aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. Malgré son état fragmentaire et fragile, ce panneau, dont les couleurs vives ont été remarquablement préservées, en constitue une illustration exemplaire.