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IMPORTANTE PYXIDE ANDALOUSE
Espagne nasride, XIVe-XVe siècle
Estimation :
30  000 - 50  000 €

Description

IMPORTANTE PYXIDE ANDALOUSE
Espagne nasride, XIVe-XVe siècle

En alliage cuivreux doré, de forme cylindrique à couvercle très légèrement bombé orné d’un petit bouton de préhension également doré, la base et la lèvre de la pyxide renforcées de bandeaux striés, le corps formé d’une plaque de métal martelée en cylindre puis jointe, ciselé et décoré d’un semis de palmettes jumelles arrangées dans un treillis géométrique, le couvercle ciselé d’une belle rosace géométrique renfermant des tresses et palmettes stylisées, traces d’usure, enfoncements, belle dorure d’origine sur le corps, plusieurs trous sur le corps et le couvercle destinés à fixer une monture

Haut. : 11 cm (corps) ; 13 cm (avec le couvercle)

Provenance :

Collection Charles Gillet (1879 – 1972), Puis par descendance

Commentaire :

Cette remarquable pyxide appartient au nombre très réduit de vaisselles précieuses en métal produites dans le royaume nasride de Grenade (1232-1492) et conservées jusqu’à nos jours. Elle s’inscrit en effet dans un corpus de moins de dix objets nasrides datables des XIIIᵉ et XIVᵉ siècles (voir infra). Par son décor ciselé et en partie doré, elle se rapproche tout particulièrement d’une pyxide du XIVᵉ siècle conservée au Musée d’art islamique de Doha ( inv. 2015.2.1-2; Sotheby’s, Londres, 8 octobre 2014, lot 92). Le travail de ciselure, ainsi que le décor végétal et géométrique, relèvent pleinement de la tradition andalouse et s’inscrivent dans les principes établis au XIIᵉ siècle dans l’art du métal almohade (voir une écritoire du XIIᵉ siècle au Musée archéologique national de Madrid, inv. 51051).


Les rares pièces nasrides du XIVᵉ siècle conservées - moins d’une dizaine - sont les suivantes : un seau au Musée archéologique national de Madrid (inv. 50888 ; Vidal Álvarez, Las artes del metal en al‑Ándalus, Madrid, 2019, cat. 112, p. 176‑177) ; deux encriers, l’un octogonal à l’Instituto Valencia de Don Juan (inv. 3075, op. cit., cat. 127, p. 188), l’autre conservé dans le trésor de l’église San Marco de Rome (Curatola, Eredità dell’Islam, 1993, cat. 38, p. 121) ; un encrier anciennement dans la collection Homaizi à Koweït (inv. 1/195 ; Sotheby’s, Londres, 8 octobre 2014, fig. 1, p. 78) ; deux vases de forme identique, l’un anciennement dans la collection Croisier (Sotheby’s, Londres, 8 octobre 2008, lot 98), l’autre vendu chez Christie’s en 2021 (Londres, 28 octobre 2021, lot 15) ; enfin deux pièces conservées au Musée d’art islamique de Doha : un encrier daté du XIVᵉ siècle (sans numéro d’inventaire) et la pyxide vendue chez Sotheby’s en 2014 (lot 92).


C’est de cette dernière que notre pyxide se rapproche le plus.


Les décorations ciselées des deux pyxides sont en effet très proches, et la ressemblance frappante de leurs couvercles — presque identiques — suggère une production issue d’un même atelier grenadin. De plus, le décor partiellement doré de notre pyxide qui fait contraster la résille géométrique avec les palmettes du fond doré, évoque directement le décor contrasté argenté et doré de la pyxide de Doha.


Notre pyxide adopte une forme cylindrique, reprenant celle des pyxides omeyyades du Xe siècle et des boîtes en ivoire « siculo‑arabiques » du XIᵉ siècle, en vogue en Méditerranée occidentale. Elle diffère toutefois des coffrets facettés à huit pans — dont la pyxide de Doha constitue un exemple — ainsi que des pyxides nasrides de même forme en bois marqueté.


Elle est ornée d’une résille géométrique où des rubans entrelacés forment de petites étoiles à huit branches, chacune remplie d’une double palmette. Autour de la base, ces palmettes font place à des fleurons. L’ensemble se détache sur un fond finement hachuré. Le décor du couvercle est particulièrement raffiné : il s’organise autour d’une rosace géométrique à douze branches, dont les prolongements s’entrecroisent pour former d’autres étoiles et médaillons. Les intervalles sont comblés par des entrelacs, des tresses et des palmettes ciselées. La seule différence notable avec le couvercle de la pyxide de Doha réside dans l’absence, sur notre exemplaire, d’une bordure tressée le long de la lèvre.


La monture (charnière, loquet) a aujourd’hui disparu. Toutefois, les trous de fixation subsistant sur le couvercle et le corps indiquent clairement l’emplacement de cette monture, conforme à celle observée sur la pyxide de Doha.


Ce type de décor géométrique rayonnant est particulièrement prisé en Afrique du Nord et en Espagne aux époques almohade et nasride, mais demeure difficile à dater avec précision. On le retrouve dans l’architecture et les boiseries, dans l’art du livre ainsi que dans les textiles. Citons, à titre d’exemple, les décorations de Corans copiés dans le sud de l’Espagne aux XIIIᵉ et XIVᵉ siècles (Séville, 1226, Bibliothèque nationale de Bavière, Munich, Cod. arab. 1 ; Espagne, 1304, BNF, Paris, Arabe 385), la décoration d’une Bible en hébreu copiée à Séville en 1472 (Hispanic Society of America, New York, HC:371/169), ainsi qu’un fragment de tissage de soie conservé au Victoria and Albert Museum, bien que légèrement plus tardif (XVe siècle, inv. 711‑1907).


Ces motifs apparaissent également, dès le XIIIᵉ siècle, dans la décoration de l’Alhambra, chef‑d’œuvre et quintessence de l’art nasride, notamment sur les céramiques architecturales (Patronato de la Alhambra y Generalife, Arte Islámico en Granada, 1995, cat. 96 et 147, pp. 305 et 384). La datation de notre pyxide dans le XIVe siècle semble cohérente – c’est ainsi que sont datées les autres vaisselles de métal citées plus haut – mais rien n’exclut une datation plus élargie entre la fin du XIIIe et le début du XVe siècle.


L’ajout de ce coffret au corpus des vaisselles métalliques conservées provenant de l’Espagne islamique constitue une contribution importante à notre connaissance de l’art du métal nasride. Il illustre l’usage de motifs géométriques et végétaux harmonisés en thèmes décoratifs communs à de multiples supports. La cohérence de cette synthèse décorative témoigne d’un programme iconographique conscient, proclamant la majesté et la souveraineté de la dynastie nasride.

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