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Claude LALANNE (1924-2019)
Enfant à la tête de chou - 1978
Estimation :
180 000 - 250 000 €

Description complète

Enfant à la tête de chou - 1978
Cuivre galvanisé
39 cm x 27 cm x 20 cm
Signé, signé du monogramme, daté et numéroté sur une plaque sur le côté gauche "CL, 1/6, 78" Edition de 6 exemplaires
Provenance :

Collection particulière, Paris

Galerie Parisienne, Paris

Acquis directement auprès de cette dernière par l'actuel propriétaire

Commentaire :

Galvanised copper; signed, signed with the monogram, dated and numbered on a plate on the left side; edition of 6; 15 ⅜ x 10 ⅝ x 7 ⅞ in.







Issue d’une famille d’artistes, Claude Lalanne (née Dupeux) se forme à l’École des Arts Décoratifs avec le peintre François Desnoyer avant de suivre les cours d’architecture de Pierre Vivien à l’École des Beaux-Arts de Paris. Elle fréquente aussi les cours de dessins à l’Académie Libre de la Grande Chaumière et apprend l’art du modelage auprès du sculpteur Robert Coutin. Aux côtés de son père, passionné d’ésotérisme qui s’adonne à la transmutation des métaux dans le laboratoire du sous-sol de la maison familiale, Claude découvre et manipule différents alliages de métaux ; une initiation précoce aux matières qui alimenteront plus tard son travail de sculptrice.

En 1952, lors du vernissage de la première exposition de François-Xavier Lalanne à la Galerie Cimaise, Claude fait la connaissance de celui qui deviendra, dix ans plus tard, son époux. Le couple -bientôt connu sous le nom « Les Lalanne »- puise son inspiration dans la nature, trouvant dans ses textures, ses lignes et ses formes une source commune de créativité. De leur collaboration naîtra une œuvre complémentaire et onirique, à quatre mains, chacun gardant son identité et son univers : classique et architecturé, tourné vers le monde animal pour François-Xavier, et organique et baroque, tourné vers la nature pour Claude.


Le lien avec la nature est essentiel, voire primordial pour Claude Lalanne. Son œuvre singulière, inspiré du monde du vivant, de l’univers floral ou animal, remonte à sa jeunesse : « Dans mon enfance, j’étais fascinée par un grand-oncle, jardinier à ses heures. Tous les matins, il me faisait soulever les serres et tous les soirs les refermer. Il m’a appris toutes les fleurs… », se souvient-elle. Son atelier n’est autre que son jardin à Ury en Seine-et-Marne. S’intéressant à la botanique, elle le cultive sans relâche, transformant et combinant, sans jamais les contraindre, tous les éléments naturels qu’elle y trouve -fleurs, feuilles (notamment la feuille de ginko), branchages, bambous, fruits et légumes- en meubles (tables, chaises, bancs, miroirs…), en objets du quotidien (bougeoirs, couverts), en bijoux raffinés (colliers, bagues, broches…) ou en sculptures. L’artiste s’attache, à travers son art, à créer des objets alliant esthétisme organique et design utilitaire.


Par la technique de l’empreinte, Claude Lalanne partage la même fascination pour la nature que Bernard Palissy (1510-1589) qui, moulant plantes et animaux, créa un bestiaire en céramique. Elle réinvente, modernise et s’approprie ce procédé : « J’emprunte au végétal pour m’inspirer dans mes créations. J’assemble le végétal et le minéral. J’ai un procédé très spécial, je fais de la galvanoplastie : les feuilles que je prends, je les mets dans un bain et le métal se dépose dessus, j’ai donc l’empreinte de la vraie feuille ». L’artiste maîtrise avec une grande virtuosité la galvanoplastie : technique complexe, découverte à la fin du XVIIIème siècle, consistant à immerger un objet conducteur dans un bain de sulfate de cuivre, afin que la forme initiale disparaisse pour renaître habillée d’une pellicule de cuivre ou d’argent. Elle utilise ce procédé pour donner à ses sculptures une surface métallique d’une précision remarquable, conservant la texture, imprimant les nervures, accentuant le côté miraculeux de la métamorphose. La sculptrice peut ensuite apporter sa touche personnelle en ciselant, modelant l’empreinte métallique. Elle moule tout ce qui l’inspire, notamment les choux, qui deviendront iconiques et qu’elle déclinera tout au long de sa carrière. François‑Xavier Lalanne dira d’ailleurs : « La feuille de chou est à Claude ce que la feuille d’acanthe fut à l’art grec ».


Le premier chou de Claude Lalanne apparaît en 1964 lors de l’exposition Zoophites à la Galerie J de Jeanine Restany. Choupatte, sculpture insolite, soumise à la galvanisation, est constituée d’un chou porté par des pattes de poulet, qui se transforme en une créature composite. Dans la lignée d’Auguste Rodin, qui, au XIXᵉ siècle, s’approprie déjà la technique de l’assemblage, cette œuvre annonce ce qui deviendra le fil rouge de son travail de sculptrice : l’assemblage et l’hybridation.

En 1968, l’artiste conçoit une pièce ambitieuse et d’un réalisme saisissant : L’Homme à la tête de chou, réunissant un corps humain assis et un chou. L’œuvre fascine immédiatement Serge Gainsbourg qui l’acquiert, s’y identifie et en fait une chanson éponyme, laquelle donne son titre à son album de 1976, dont la pochette reprend l’image de la sculpture. En 1969, Claude crée le pendant féminin de cette pièce avec Caroline enceinte, réalisée à partir de moulages des parties du corps de sa fille. Ces assemblages donnent lieu à des associations incongrues et surprenantes, mais non dénuées d’humour et de poésie.


L’œuvre Enfant à la tête de chou illustre parfaitement cette hybridation, mêlant un visage humain -ici, celui d’un enfant- à un élément végétal -ici encore, le chou- ; l’artiste s’inspirant peut-être des contes qui prétendent que les enfants naissent dans les choux ? Claude puise souvent dans l’intimité de son cercle familial pour nourrir son œuvre. Les visages de ses proches (ceux de ses quatre filles, de ses amis et parfois même de son mari François‑Xavier) deviennent des matrices sensibles qu’elle moule, transforme et réinvente. Ces empreintes, loin d’être de simples portraits, se métamorphosent. En intégrant les traits de sa propre famille, l’artiste confère à ses œuvres une dimension à la fois personnelle et universelle, presque mythique, où la mémoire familiale s’inscrit durablement dans la matière.

La tête de chou repose sur une boîte verticale faisant office de socle. Claude Lalanne utilise les boîtes de son atelier dans plusieurs de ses créations, comme dans Pieds serpent (1997) ou dans La Diva (1997), transformant cet objet banal en élément sculptural et architectural.

En combinant visages familiers et formes naturelles, l’artiste brouille les frontières entre portrait et paysage, entre individu et environnement.


Yves Saint Laurent rend hommage à son amie Claude en ces termes : « Ce qui me touche en elle, c’est d’avoir su réunir dans la même exigence, l’artisanat et la poésie ». L’artiste est en effet parvenue à traduire, à travers son art, le lien mystérieux qui l’unissait à la nature, dont elle percevait et restituait la vie et la beauté.

Telle une chimère moderne, Enfant à la tête de chou -sculpture historique de 1978- témoigne de toute la maestria et de la délicatesse de la sculptrice, donnant naissance à une création à la fois étrange et profondément poétique.

L’impact des œuvres de Claude Lalanne dans le monde de l’art et des arts décoratifs demeure incontestable. Elles continuent de captiver les regards et d’enchanter, suscitant en engouement constant, qui les rendent, aujourd’hui, particulièrement recherchées sur le marché.




Born into a family of artists, Claude Lalanne (née Dupeux) trained at the École des Arts Décoratifs under the painter François Desnoyer before studying architecture with Pierre Vivien at the École des Beaux-Arts de Paris. She also attended drawing classes at the Académie Libre de la Grande Chaumière and learned the art of modeling from the sculptor Robert Coutin. Alongside her father, an enthusiast of esotericism who experimented with the transmutation of metals in the basement laboratory of the family home, Claude discovered and handled various metal alloys; an early initiation to materials that would later nourish her work as a sculptor.

In 1952, at the opening of François-Xavier Lalanne’s first exhibition at the Galerie Cimaise, Claude met the man who would become her husband ten years later. The couple -soon known as “Les Lalanne”- drew their inspiration from nature, finding in its textures, lines and forms a shared source of creativity. Their collaboration gave rise to a complementary and dreamlike body of work created “four hands”, each maintaining their own identity and universe: classical and architectural, oriented toward the animal world for François-Xavier, and organic and baroque, oriented toward nature for Claude.

 

The connection to nature is essential -indeed fundamental- for Claude Lalanne. Her singular body of work, inspired by the living world, the floral and animal realms, dates back to her youth: “In my childhood, I was fascinated by a great-uncle who was a gardener in his spare time. Every morning he made me open the greenhouses and every evening close them. He taught me all the flowers…”, she recalled. Her studio was none other than her garden in Ury, in Seine-et-Marne. Interested in botany, she cultivated it tirelessly, transforming and combining, without ever constraining, the natural elements she found there (flowers, leaves -especially ginkgo leaves- branches, bamboo, fruits and vegetables) into furniture (tables, chairs, benches, mirrors…), everyday objects (candlesticks, cutlery), refined jewellery (necklaces, rings, brooches…), or sculptures. Through her art, she sought to create objects that unite organic aesthetics with functional design.

 

Through the technique of imprinting, Claude Lalanne shared the same fascination with nature as Bernard Palissy (1510–1589), who, by moulding plants and animals, created a ceramic bestiary. She reinvented, modernized, and appropriated this process: “I borrow from plants to inspire my creations. I combine the vegetal and the mineral. I have a very special process, I use electroplating: the leaves I take, I place in a bath and metal deposits onto them, so I obtain the imprint of the real leaf”. The artist mastered electroplating with great virtuosity: a complex technique, discovered at the end of the 18th century, consisting of immersing a conductive object in a copper sulphate bath so that the original form disappears, only to re-emerge coated with a thin layer of copper or silver. She used this process to give her sculptures a metallic surface of remarkable precision, preserving texture, imprinting veins and enhancing the miraculous aspect of metamorphosis. She would then refine the result by chiselling and modelling the metallic imprint. She moulded everything that inspired her, notably cabbages, which became iconic and which she revisited throughout her career. François-Xavier Lalanne once remarked: “The cabbage leaf is to Claude what the acanthus leaf was to Greek art”.

 

Claude Lalanne’s first cabbage appeared in 1964 during the exhibition Zoophites at Galerie J, run by Jeanine Restany. Choupatte, an unusual sculpture subjected to galvanization, consists of a cabbage carried by chicken legs, transforming into a composite creature. In the lineage of Auguste Rodin, who in the 19th century had already embraced assemblage techniques, this work foreshadowed what would become the central thread of her sculptural practice: assembly and hybridisation.

In 1968, the artist created an ambitious and strikingly realistic piece: L’Homme à la tête de chou, combining a seated human body with a cabbage. The work immediately fascinated Serge Gainsbourg, who acquired it, identified with it, and turned it into an eponymous song that later gave its title to his 1976 album, whose cover reproduces the sculpture. In 1969, Claude created the female counterpart with Caroline enceinte, made from casts of her daughter’s body parts. These assemblages produced incongruous and surprising associations, yet ones imbued with humour and poetry.

 

The work Enfant à la tête de chou perfectly illustrates this hybridisation, combining a human face -here, that of a child- with a vegetal element -the cabbage, once again. The artist may even have been inspired by the old tales claiming that children are born in cabbages? Claude often drew from the intimacy of her family circle to nourish her work. The faces of her loved ones (her four daughters, friends, and sometimes even her husband François-Xavier) became sensitive matrices that she moulded, transformed, and reinvented. These imprints, far from being simple portraits, underwent metamorphosis. By incorporating the features of her own family, she gave her works both a personal and universal, almost mythical, dimension, in which family memory becomes permanently embedded in matter.

The cabbage head rests on a vertical box serving as a base. Claude Lalanne used the boxes from her studio in several of her creations, such as Pieds serpent (1997) and La Diva (1997), transforming this ordinary object into a sculptural and architectural element. By combining familiar faces with natural forms, the artist blurred the boundaries between portrait and landscape, between individual and environment.

 

Yves Saint Laurent paid tribute to his friend Claude in these terms: “What touches me about her is that she succeeded in uniting craftsmanship and poetry within the same level of rigor”. Through her art, she indeed managed to translate the mysterious bond that connected her to nature, whose life and beauty she perceived and rendered.

Like a modern chimera, Enfant à la tête de chou -a historic sculpture from 1978- testifies to the sculptor’s mastery and delicacy, giving rise to a creation that is both strange and deeply poetic.

The impact of Claude Lalanne’s works on the world of art and decorative arts remains undeniable. They continue to captivate and enchant, generating constant enthusiasm, which makes them particularly sought-after on the market today.


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