« Le tableau commence là où les mots s’arrêtent »

Günter Uecker

Günther UECKER
Günther Uecker (Né en 1930)
Sans titre, 1960
Clous sur toile peinte montée sur bois
36 x 37x  4,5 cm
Estimation : 150 000 - 250 000

« Le tableau commence là où les mots s’arrêtent ». La phrase choc de l’artiste allemand Günther Uecker résonne comme un leitmotiv, celui qui guidera toute sa carrière. Né en 1930, l’artiste se fait connaître par l’utilisation du clou, son matériau de prédilection dès la fin des années 1950. L’œuvre Sans titre présentée ici s’inscrit très tôt dans la démarche de l’artiste puisqu’elle date précisément de 1960, soit deux ans après la rédaction de la revue d’art Zéro fondée par Heinz Mack et Otto Piene. Uecker ne rejoindra le groupe qu’en 1961. On assiste donc ici au surgissement d’une intuition : Sans titre constitue véritablement une œuvre historique annonciatrice de son travail sur le clou.

 

En effet, ses œuvres sur toile où sont disposées quantités de clous constituent le résultat d’un rituel méditatif qu’Uecker répétera par la suite sans discontinuer. Ici, les clous sont agencés sur une toile au format carré suivant probablement un rythme sériel plus ou moins rigoureux et plantés droits sur leur support, de telle sorte qu’ils semblent parallèles, certaines zones plus denses que d’autres.

 

L’œuvre dépasse la vision exclusive du spectateur et se comprend précisément sans mot, dans l’expérimentation de la surface en trois dimensions de la toile et dans l’absorption de la lumière par les différents amas de clous. Sans titre met parfaitement en valeur le système d’ombre qui se dessine en creux, formant une seconde image évolutive. « Comme un cadran solaire, le clou me permet de produire des ombres et, avec un grand nombre de ces dernières, de donner à voir des structures visibles dépourvues de tout aspect figuratif », explique Uecker.

 

Cela est d’autant plus prégnant que l’artiste a choisi ici de s’exprimer sur un monochrome blanc dont les clous sont également peints en blanc. Pour Günther Uecker, le blanc constitue « l’extrémité de la couleur, l’apogée de la lumière, le triomphe sur l’obscurité », « le blanc peut être perçu comme une prière, l’articulation d’une expérience spirituelle ». Rappelant les intentions d’Yves Klein pour qui le bleu est la couleur de l’immatérialité, ces propos de Uecker convoquent un ‘degré zéro’ de l’art, un retour à la neutralité pour pouvoir accéder à la spiritualité. En effet, Gunther Uecker tente, dans sa pratique, d’expulser les angoisses récentes de la Seconde Guerre mondiale, l’horreur devant ce que l’homme est capable de produire.

Günther Uecker s’inscrit ainsi dans la quête du mouvement ZERO. En effet, il s’agit d’exprimer autrement, de s’extraire du matérialisme, de se différencier des artistes informels d’après-guerre, en cherchant une spiritualité nouvelle par l’exploration de la matière, de la lumière et l’établissement d’un nouveau langage de l’image. « ZERO est silence, ZERO est commencement, ZERO est rond, ZERO tourne… », explique Otto Piene dans Der Neue Idealismus, considéré comme le manifeste du groupe. L’acte même de planter des clous, ou de les tirer à l’arc sur la toile, comme Uecker le fait parfois, propose une purification (en référence aux philosophies bouddhistes ou taoïstes qui le fascinent) donc un nouveau départ. Les clous de Gunther Uecker sont presque doués de pouvoirs thaumaturgiques, guérissant la toile, l’histoire de l’art, en la hissant vers des horizons singuliers. Le « degré zéro » de l’art évacue la violence, les forces destructrices en créant une nouvelle esthétique qui exhorte, sans parole, le spectateur à se diriger vers une interprétation plus sensible, plus intérieure, au-delà des mots.

Informations
Expositions publiques à Paris :
Vendredi 30 novembre de 11h à 19h
Dimanche 2 décembre de 11h à 19h
Lundi 3 décembre de 10h à 14h
 

Vente aux enchères à Paris
Lundi 3 décembre 2018 à 20h

 

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Vanessa Favre
Tél. +33 1 42 99 16 13

 

 

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Carine Decroi