Redécouverte d’un chef-d’œuvre français : Napoléon Bonaparte à Arcole par Antoine-Jean Gros

Le mercredi 25 mars 2026, à l’occasion de la vente Dessins anciens & du XIXe siècle, Artcurial crée l’événement en proposant aux enchères une redécouverte majeure : un dessin d’Antoine-Jean Gros représentant la prise du pont d’Arcole par le général Bonaparte, le 15 novembre 1796, étude préparatoire au célèbre Bonaparte au pont d’Arcole conservé au château de Versailles.

Ce dessin historique fut réalisé le 7 décembre 1796 à Milan, lors d’une courte séance de pose organisée par Joséphine de Beauharnais. Le baron Gros a alors 25 ans et Bonaparte 27 ans. Avant de repartir au front, ce dernier accepte de consacrer quelques minutes à ce peintre aussi jeune et avide de gloire que lui. En quelques coups de crayon, l’artiste fige avec une justesse saisissante les traits du général impétueux. Toute la passion romantique du chef militaire victorieux est merveilleusement rendue sur cette feuille. Le visage du héros témoigne d’une détermination à vaincre sans pareille. Le regard de Bonaparte est aussi foudroyant que l’exécution du dessin par Gros, qui confirme, avec cette œuvre réalisée bien avant Delacroix, sa place de père fondateur du romantisme français.

Notre feuille inédite peut s’enorgueillir d’un historique et d’une provenance parfaits. Elle fut en effet directement offerte par le baron Gros à son ami, le peintre Vincenzo Camuccini (1771-1844), et est depuis restée précieusement conservée au sein de sa famille jusqu’à aujourd’hui. La redécouverte, auprès de ses descendants, de cette œuvre historique constitue déjà l’un des événements majeurs de l’année 2026 pour le marché de l’art français et un grand privilège pour le département des Maîtres anciens d’Artcurial.

Antoine-Jean Gros, dit baron Gros (1771-1835)
Le général Bonaparte au pont d’Arcole, le 15 novembre 1796
Crayon noir, estompe
Estimation : 200 000 – 300 000 €

Antoine-Jean Gros, dit baron Gros (1771-1835)
Le général Bonaparte au pont d’Arcole, le 15 novembre 1796
Crayon noir, estompe
Estimation : 200 000 – 300 000 €

Le 7 décembre 1796, lorsque Jean-Antoine Gros obtient quelques minutes de pose dans un palais de Milan, Bonaparte vient de vivre, trois semaines plus tôt, l’épisode décisif du pont d’Arcole. Cet affrontement majeur de la campagne d’Italie scelle la naissance de la légende napoléonienne, faisant du jeune général une figure déjà comparée à Alexandre le Grand.

Après ses victoires sur les Piémontais et les Autrichiens, l’armée d’Italie progresse en Lombardie et assiège Mantoue. Pour empêcher la chute de la ville, l’Autriche envoie deux armées commandées par Davidovitch et Alvinczy. Replié à Vérone, Bonaparte choisit d’attaquer Alvinczy en coupant ses arrières, confiant à Vaubois le soin de contenir Davidovitch, tandis que 9 000 hommes maintiennent Würmser enfermé dans Mantoue.

Le 15 novembre (25 brumaire), l’offensive est lancée. Augereau franchit l’Adige à Ronco mais se heurte au feu nourri qui protège le pont d’Arcole. Tentant de forcer le passage en brandissant un drapeau, il est contraint de reculer et la troupe reflue dans la panique. Bonaparte saisit alors un étendard et s’élance à la tête des grenadiers, avant d’être renversé dans les marais. Sur la gauche, Masséna parvient cependant à passer, tandis que le général Guieu atteint Arcole par la droite.

Malgré ces succès partiels, Bonaparte replie ses forces sur Ronco et entreprend d’user l’ennemi. Le 16 novembre, la manœuvre se répète : Augereau échoue de nouveau devant le pont, tandis que Masséna repousse l’aile droite autrichienne. Dans la nuit du 16 au 17, un pont est établi en avant d’Arcole par le génie d’Andreossi, permettant une attaque combinée de flanc et de front.

La manœuvre réussit : Masséna s’empare du pont d’Arcole et Alvinczy, qui a perdu près de 10 000 hommes, bat en retraite, alors même que Vaubois est défait par Davidovitch. Bonaparte, encore crotté et les tympans sonnés, rentre à Milan retrouver Joséphine, dont il est éperdument amoureux.

Avant de repartir au front, Bonaparte accepte d’accorder quelques minutes à un jeune peintre qui lui ressemble : hâve, jeune et avide de gloire. En pleine Terreur, le baron Gros, élève de David depuis 1785, a obtenu en 1793 un laisser-passer pour l’Italie. Retenu à Gênes, ville neutre, il y vit dans une grande précarité, ne subsistant que grâce à quelques commandes de portraits obtenues avec l’aide de l’ambassadeur Faitpoult.

En 1796, lors d’une halte de Joséphine Bonaparte à Gênes, Gros parvient à se faire présenter à elle et lui montre deux tableaux attestant de son talent. Séduite, elle emmène le jeune artiste à Milan et le présente au général Bonaparte. Gros rapporte lui-même les paroles échangées : « J’ai un grand sujet à traiter… Votre portrait. » Le général incline légèrement la tête, avec modestie, retient l’artiste à dîner et l’invite à loger au palais Serbelloni, où réside le couple.

L’unique séance de pose du général pressé est évoquée par Gros dans une lettre à sa mère. Il y confie le peu de temps accordé, l’impossibilité de choisir ses couleurs et la nécessité de se concentrer sur le seul caractère de la physionomie. Le dessin présenté par Artcurial, où la hâte d’exécution se lit dans la vigueur des accents, a très probablement été réalisé ce jour-là.

Antoine-Jean Gros, dit baron Gros (1771-1835)
Bonaparte au pont d’Arcole, 1796
Conservé au Château de Versailles
© DR

Antoine-Jean Gros, dit baron Gros (1771-1835)
Bonaparte au pont d’Arcole, 1796
Conservé au Château de Versailles
© DR

Joséphine de Beauharnais (1763-1814)
© DR

Joséphine de Beauharnais (1763-1814)
© DR

Ce dessin provient de la collection du peintre Vincenzo Camuccini (Rome 1771-1844). Admirateur de David, Camuccini est un peintre majeur du courant néoclassique. Il trouve dans les idées de la République une corrélation flagrante avec les sujets tragiques de l’Antiquité qui le fascinent. Comme Appiani et tant d’autres, il voit dans l’application des principes de la République le renouveau de son pays.

Il rencontre Gros en Italie et se rend à Paris au début des années 1800. Entre 1814 et 1824, il sera inspecteur des peintures de la Papauté ; en 1825, le roi de Naples Ferdinand 1er le nomme directeur de l’académie de Naples à Rome. La très importante collection de tableaux anciens de Vincenzo Camuccini fut vendue en grande partie par ses héritiers au duc de Northumberland en 1856. Toutefois, des albums de dessins demeurent alors à redécouvrir, parmi lesquels se trouvait au moins un chef-d’œuvre : ce dessin.

La mise en place du tableau tient du génie. On y décèle le précepte général que Gros enseignera plus tard à ses nombreux élèves : « Il faut procéder par ensemble ; ensemble de mouvement, de longueurs, de lumière et d’ombre, ensemble d’effet. Vous ne devez, disait-il, vous occuper d’une portion sans regarder le tout. Faites-vous la tête ? regardez les pieds, et ainsi du reste ».

Dans la fumée des canons, Bonaparte s’est emparé du drapeau qu’il lève vigoureusement au-dessus de lui. Sabre au clair, déjà en mouvement vers l’avant, il se retourne vers ses troupes pour les engager à le suivre. Les traits effilés comme une lame de couteau, le nez aquilin, la bouche fermée d’un trait, l’air décidé suggèrent le héros sans peur qui insuffle le courage à ses soldats. Les cheveux mi-long en désordre, le drapeau en volutes, les stries nerveuses, indiquent le souffle et le mouvement ; la mort rôde autour de lui mais Bonaparte n’en a cure : il traverse avec témérité la mitraille, dans le but de galvaniser ses hommes et de leur faire oublier la peur.

Cette « vivante image de l’héroïsme », comme disait Delacroix, sera transposée en peinture et achetée par Bonaparte. Le succès du tableau, exposé au Salon de 1801 et depuis conservé au Louvre, ne s’est toujours pas démenti. L’action de Bonaparte à Arcole est l’une des rares fois où Bonaparte quitta son rôle de général en chef pour montrer qu’il avait l’étoffe d’un héros militaire classique, tel un Bayard ou un Du Guesclin.

Bonaparte, extrêmement satisfait du portrait de Gros, le fit immédiatement graver par Giuseppe Longhi afin qu’il soit diffusé auprès des troupes et dans les gazettes rapportant au peuple son triomphe. Dès lors, la carrière de Gros fut attachée au destin de Napoléon Bonaparte.

Antoine-Jean Gros, dit baron Gros (1771-1835)
© DR

Antoine-Jean Gros, dit baron Gros (1771-1835)
© DR

Informations

Vente aux enchères
Dessins anciens & du XIXe siècle
Mercredi 25 mars 2026 à 14h30

Exposition
20 mars, de 11:00 à 18:00
21 mars, de 11:00 à 18:00
22 mars, de 14:00 à 18:00
23 mars, de 11:00 à 18:00
24 mars, de 11:00 à 18:00

Contact
Léa Pailler
Tél. +33 1 42 99 16 50