Paul Lombard Avocat et collectionneur

Elle attire tout de suite l’attention à son simple énoncé. Paul Lombard a été l’un des plus célèbres avocats de sa génération, exerçant dans ses cabinets de Marseille et de Paris. Son nom est lié à quelques grandes affaires judiciaires, du procès de Christian Ranucci à celui d’Albertine Sarrazin, qu

Joan Miró (1893-1983)
Femme entourée par un vol d’oiseaux, 1959

La collection d’œuvres d’art de Paul Lombard ?

Elle attire tout de suite l’attention à son simple énoncé. Paul Lombard a été l’un des plus célèbres avocats de sa génération, exerçant dans ses cabinets de Marseille et de Paris. Son nom est lié à quelques grandes affaires judiciaires, du procès de Christian Ranucci à celui d’Albertine Sarrazin, qui, jointes à sa personnalité, ses compétences et son talent, l’ont fait devenir un personnage public. Il a aussi toujours été un amoureux des arts, de la littérature et de la poésie du XIXe siècle à laquelle il a consacré une anthologie. Auteur lui-même, il a publié de nombreux ouvrages tant sur le Droit que l’Histoire. Tout au long de sa vie, il s’est entouré d’œuvres d’art qu’il a patiemment collectionnées, fréquentant les galeries et les salles de vente et surtout les artistes.  À un certain moment dans sa carrière, son activité professionnelle a été rejointe par sa passion de l’art au point de les voir se réunir. Paul Lombard a été chargé de la succession d’Aimé Maeght, il a été l’avocat de Maïa Widmaier, qu’il a fait reconnaître comme fille de Picasso, permettant aux autres enfants illégitimes de l’artiste d’être des ayants droit dans sa succession. Il a été l’avocat de la veuve de Marc Chagall, Vava, et a réglé sa succession après que l’inventaire eut été confié à Maurice Rheims et à Jean-Louis Prat. Paul Lombard s’est occupé de la succession de  César et sa prédilection pour la culture méditerranéenne et ses artistes apparaît clairement puisque figurent aussi dans sa collection des œuvres de Robert Combas, Claude Viallat, Ben, Jean-Charles Blais, André Barelier, Arman, Bernar Venet, ainsi que des peintres Auguste Chabaud et Adolphe Monticelli. Présentée à Marseille, Paris et Venise où il résidait, la collection de Paul Lombard  a constitué la partie intime de son univers. Forte de plus de 200 numéros, choisis avec soin et de la plus haute qualité, elle a fini par devenir une œuvre en soi, tant elle a présenté de cohérence, tant elle a pu refléter la personnalité de celui qui l’avait constituée et tant elle était devenue le témoin de son histoire personnelle.

L’ensemble va du XIXe siècle à nos jours. Les tableaux y côtoient les dessins, les céramiques y accompagnent les sculptures. L’éventail est large, de Pierre-Paul Prudhon à Bernar Venet, en passant par Pierre Klossowski. Il peut aussi se montrer éclectique, un beau tableau de Bernard Buffet de 1949 au graphisme insistant voisinant avec une hâtive et magistrale composition d’Antoni Tàpies, un subtil dessin de Carlos Schwabe situé non loin des épais frottis de Jean-Charles Blais, Maurice Denis à côté de Robert Combas.

Ce qui frappe, ce sont les ensembles : le groupe de 6 tableaux de Monticelli réuni à Marseille, le lot important d’oeuvres symbolistes et nabis, témoin d’un goût rare (Denis, Bonnard, Roussel, Sérusier, Maillol, Vallotton, Schwabe, Martin, Bernard), la collection de 9 dessins figuratifs de Jean Hélion qu’il a recherchés, 3 reliefs inattendus de Pierre Bettencourt, le tout emmené par la représentation de Picasso (un tableau, 6 céramiques), Chagall (2 tableaux, une gouache, un dessin, un relief, 3 céramiques, 5 gravures), Léger (5 dessins), César (17 sculptures, reliefs et collages), Combas (8 tableaux).

Pablo Picasso (1881-1973)
Paysage de neige, circa 1924

Regardons dans cet ensemble quelques-unes de ces œuvres, telle cet inattendu et extraordinaire paysage de Picasso Arbres en hiver exécuté vers 1924 et peint en grisaille. Les paysages purs, passée la période cubiste, sont rares chez cet artiste plus attiré par la figure, les intérieurs, la nature morte et les scènes composées : on connaît certaines vues de Boisgeloup, de Cannes. Dans ce qui est une étude inspirée par le motif, Picasso met l’accent sur le dessin, pour créer un entrelacs de formes soulignées par un jeu de valeurs, qui occupe toute la surface de la toile.

De Chagall, un surprenant pichet en céramique, Les amoureux et la bête, haut de 32,3 cm, réalisé en 1957 : cette pièce en forme qui représente des figures superposées, traduit bien en volume l’univers flottant et poétique de l’artiste.

Fernand Léger est magnifiquement représenté dans cette collection, notamment par le projet pour la lithographie illustrant le poème de Paul Éluard, Liberté j’écris ton nom. Il s’agit d’un dessin à la gouache avec des collages sur un texte imprimé sur papier mesurant 33 x 129 cm. La lithographie a été éditée en 1953 sous la forme d’un livre en accordéon. Fernand Léger se place ici dans la tradition du manuscrit enluminé du Moyen-Âge que Sonia Delaunay avait également reprise à sa façon en 1913 pour illustrer le poème de Blaise Cendrars, La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France : figure incrustée, serpentins, bouts de ligne, rehauts de couleur soulignent et mettent en valeur le texte avec ses intonations, présenté en colonnes juxtaposées sur un bandeau. Fernand Léger avait lui-même en 1919 réalisé l’illustration d’un poème de Blaise Cendrars La fin du monde filmée par l’ange Notre Dame, publié en album.

Paul Lombard a affectionné César, marseillais comme lui-même. Dans son importante collection où figurent les modèles célèbres du Centaure et de L’homme-oiseau en bronze se trouve un magnifique exemple de compression avec cette technique qui a renouvelé la pratique de la sculpture et a fait le succès de l’artiste à partir de 1960. L’œuvre, de taille moyenne, en métal, une pièce unique, est ici constituée d’éléments mécaniques, tubes, plaques de tôle, chaînes, sélectionnés par César et assemblés par compression au moyen d’une presse hydraulique, sans intervention de sa main: d’aspect brutal en raison de ses matériaux, la sculpture impose ses rythmes sur chacune de ses faces pour constituer une véritable ode au métal.

Paul Lombard a particulièrement apprécié l’art de Robert Combas. Le tableau Monsieur Henri dégoulinant de sensibilité, peint en 1990-1991 au cours de son séjour en résidence au musée Toulouse Lautrec d’Albi est, dans son traitement du sujet, sa composition, ici un triptyque, et sa forme, un réseau de lignes envahissant la surface de la toile, très caractéristique du style de l’artiste.

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Ce choix volontairement très restreint donne une idée de la qualité des œuvres de la collection de Paul Lombard : il vaut pour l’ensemble qui témoigne de sa passion pour l’art et de l’accomplissement de sa vie.

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