L’Art Russe à Paris – Une passion partagée

Paysanne et enfant au puits est une peinture très caractéristique de l’artiste russe Natalia Gontcharova (1981-1962). Peinte vers 1910, l’œuvre frappe par son aspect sommaire : formes grossières, couleurs brutales,  facture à l’emporte-pièce, sujet populaire. Le tableau appartient en plein à la péri

Natalia Gontcharova (1881-1962)
Paysanne et enfant au puits (étude), circa 1910
Estimation 275 000 - 350 000 €

Paysanne et enfant au puits est une peinture très caractéristique de l’artiste russe Natalia Gontcharova (1981-1962). Peinte vers 1910, l’œuvre frappe par son aspect sommaire : formes grossières, couleurs brutales,  facture à l’emporte-pièce, sujet populaire. Le tableau appartient en plein à la période primitiviste de l’artiste qui l’a fait connaître dans son pays. Natalia Gontcharova est la première artiste, peintre, femme de l’art russe du XXe siècle, où se sont illustrées au plus haut tant de ses compatriotes parmi lesquelles Sonia Delaunay, Exter, Popova, Rozanova, Stepanova, en même temps que tous les autres artistes masculins qui ont hissé la Russie au premier rang, les Larionov, Chagall, Kandinsky, Malevitch, Archipenko, Pevsner, Gabo, Rodtchenko, Tatlin, Lissitzky et tant d’autres : tous ont constitués ce que l’on appelle l’« avant-garde russe » qui a contribué à écrire les débuts de l’histoire de l’art du XXe siècle (voir sur le sujet l’excellent livre de Jean-Claude Marcadé paru chez Flammarion en 1995).

La nouveauté pour les jeunes artistes de ce pays consiste à s’opposer au réalisme, à la peinture d’histoire et au symbolisme qui se sont imposé dans la deuxième moitié du XIXe siècle et dont les tableaux tels que Les Haleursde la Volga de Répine (1873, Saint- Pétersbourg, Musée russe) dans un genre et dans un autre Démon assis de Vroubel (1890, Moscou, galerie Tretiakov) sont les archétypes.

Paysanne et enfant au puits de Gontcharova est à l’opposé de ces deux exemples. Le sujet évoque la vie rurale : une paysanne vue de trois-quarts tirant un seau du puits, accompagnée d’un garçonnet, la scène se déroulant devant un paysage de campagne avec arbres et maison, tandis qu’une autre paysanne courbée travaille sur son lopin de terre. La composition est simple avec un premier plan faisant se détacher les figures devant le paysage. Les formes sont grossoyées, les proportions exagérées, comme le montrent les mains et les pieds trop grands du sujet principal ou encore le rendu du paysage. Les couleurs sont appuyées d’autant que la matière est chargée par endroits et le traitement à la brosse rapide, impression encore renforcée par l’état d’esquisse de certaines parties : le garçon tenant une cruche est simplement dessiné au pinceau et la toile laissée en réserve avec sa préparation, de même que le visage et les mains de la paysanne ainsi que la figure du second plan. Inachevée, l’œuvre frappe par son aspect brutal et son expressivité, bien caractéristique de ce primitivisme auquel l’artiste se référait. D’autres peintres russes s’engagent dans cette même démarche, en particulier Larionov, comme le montrent ses tableaux Le cochon bleu (1909, Paris, Centre Pompidou), Le boulanger (1909, Moscou, Galerie Tretiakov) ou encore Le coiffeur (1909-1910, Saint-Pétersbourg, Musée russe) avec leur titre explicite et leur rendu comparable. Ce courant se manifeste toujours chez Malevitch dans Le jardinier et Le bucheron (1911 et 1912, Amsterdam, Stedelijk Museum). Gontcharova poursuivra pendant quelque temps dans cette voie, y manifestant toujours plus de force et de monumentalité, comme en témoigne son tableau Les porteuses de raisin (1912, Paris, Centre Pompidou) magnifiquement rythmé avec ses figures disposées en frise.

Natalia Gontcharova (1881-1962)
Troïka (le traineau dans la neige)
Estimation 30 000 - 50 000 €

En 1912, Gontcharova se rallie à son tour et avec originalité au cubo-futurisme (Lecycliste, 1913, Saint-Pétersbourg, Musée russe) et dans le même élan, elle signe l’année suivante le Manifeste du Rayonnisme dont Larionov est le chef de file et qui la conduit pour un court laps de temps à la peinture abstraite (Forêt constructive rayonnante, 1913, Stuttgart, Staatsgalerie).

Natalia Gontcharova a d’autre part été l’une des plus illustres collaboratrices de la Compagnie des ballets russes de Serge de Diaghilev. Elle a notamment réalisé les décors et les costumes du Coq d’or de Rimsky-Korsakov, avec une chorégraphie de Fokine dont la première avait eu lieu à l’Opéra de Paris en 1914. Elle eut en même temps avec Larionov qui était son compagnon, une exposition de ses œuvres à la galerie de Paul Guillaume avec un catalogue préfacé par Guillaume Apollinaire. Elle s’est installée définitivement à Paris en 1918 où elle a demeuré jusqu’à sa mort.

Paysanne et enfant au puits est une œuvre parfaitement représentative de la première période si importante dans l’élaboration du style de Natalia Gontcharova, celle où elle se réfère à l’art populaire pour renouveler son inspiration, ses formes, sa palette et sa technique. Ses œuvres se trouvent aujourd’hui dans les plus grandes collections internationales.

Informations

Expositions publiques à Paris :

Vendredi 12 octobre 11h – 19h

Samedi 13 octobre 11h – 18h

Lundi 15 octobre 11h – 19h

Vente aux enchères à Paris :

Mardi 16 octobre 2018 à 11h

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Carine Decroi