Michel-Édouard Leclerc : L’édition, la publication et le livre sont la base du travail d’Art Spiegelman. L’édition d’art n’est pas éloignée et est une extension naturelle de ce travail. Il a réalisé ses premières gravures sur cuivre au début des années 70 et a beaucoup travaillé en lithographie dans
Quelle place donne Art Spiegelman à l’édition d’art dans son travail ?
Michel-Édouard Leclerc : L’édition, la publication et le livre sont la base du travail d’Art Spiegelman. L’édition d’art n’est pas éloignée et est une extension naturelle de ce travail. Il a réalisé ses premières gravures sur cuivre au début des années 70 et a beaucoup travaillé en lithographie dans les années 90. Il a donc de ce fait une grande pratique du travail en atelier avec les artisans. Il a de plus une grande exigence dans son travail en estampes car il en connait parfaitement les techniques. Il est de plus un grand amateur de gravures, notamment des graveurs européens des années 30 dont Frans Masereel, Otto Nückel ou Lynd Ward dont il parlera lors de sa performance à la Philharmonie.
Comment a-t-il accueilli cette offre de faire des lithographies ?
MEL : Avec beaucoup d’enthousiasme. Cela faisait longtemps qu’il n’en avait pas réalisées et il a tout de suite eu envie de s’y remettre. A ce moment, il travaillait sur le film qui sera présenté pendant la performance « Wordless ! » et nous a rapidement soumis une image tirée de ce petit bijou d’animation. Il avait également en tête de faire une seconde image reflétant sa vision du monde et son pessimisme quant à la politique court-termiste est désastreuse menée dans son pays. Cette seconde image s’est tout naturellement intitulée «Trump l’œil». Lorsqu’il a découvert les premières estampes éditées par MEL Publisher, cela l’a également stimulé ; de pouvoir faire ainsi des ponts entre les arts et regrouper pour la première fois tous les artistes influents issus du 9ème Art, sans les cloisonner à leur art d’élection, tout cela a fortement intéressé Art Spiegelman.
La dernière image «Sweet and Sour» est née sur le moment, de ses discussions avec Michel-Edouard Leclerc. Il voulait faire un travail à 4 mains avec l’un de ses amis artistes, Bruno Richard. Il voulait confronter l’univers brut, sexuel et violent de Bruno Richard à la vision qu’il a de la femme et de l’homme contemporains. Le contraste entre l’image de fond et le premier plan est saisissant. A l’époque de #metoo, de l’affaire Weinstein et du «woman power», cette image engagée est riche de sens à plus d’un titre.
Est-ce la première fois qu’il travaille avec des presses de cette dimension ? Quels défis avez-vous dû relever ensemble à cette occasion ?
MEL : Il avait déjà eu l’occasion par le passé de travailler sur des pierres légèrement plus petites pour les lithographies Lead Pipe Sunday. C’était en 1990 et sa collaboration avec l’atelier Corridor Press avait été très fructueuse. Nous avons dû faire face à un véritable défi au moment de l’impression. Art souhaitait que certaines couleurs représentant la musique de 3 des instruments soient totalement couvrantes. Or, les encres lithographiques sont transparentes. Nous avons donc eu, à trois jours du nouvel an, trouver un atelier de sérigraphie disponible pour réaliser ces trois passages. L’atelier ParisPrintClub de Tristan Pernet a accepté de relever le défi. La difficulté, lorsque l’on croise les techniques est d’avoir des calages parfaits sur des machines très différentes. La collaboration entre les deux ateliers a été fructueuse et le résultat à la hauteur des espérances de chacun.
De nouvelles perspectives grâce à ce médium sont-elles nées pour Art Spiegelman et MEL Publisher ?
MEL : Oui. C’était notre première collaboration avec Art Spiegelman. Après ces 10 jours passés à Paris à l’atelier Stéphane Guilbaud, nous avons cherché un atelier à New York pour la réalisation de la lithographie Trump L’œil. Nous avons trouvé l’un des derniers ateliers travaillant sur pierres à Brooklyn, l’atelier DebChaneyEditions. Art s’est fait livrer la pierre à son atelier et a pu travailler chez lui. Ce nouvel atelier est pour nous une opportunité magnifique pour travailler avec des artistes américains.
Comment avez-vous accompagné Art Spiegelman dans ce processus artistique ?
MEL : Art sait où il va et ce qu’il veut faire. Il est donc facile pour nous de l’accompagner dans son travail. Le plus important était de trouver le bon atelier afin qu’il s’y sente chez lui, dans un cadre chaleureux et propice au travail. L’atelier Stéphane Guilbaud sous les voutes de l’avenue Daumesnil était parfait pour cela. Nous avons eu le privilège de voir l’œuvre se créer sous nos yeux. Nous avons beaucoup discuté ensemble des toutes les questions qui se posaient à chaque étape du processus d’impression, afin d’avoir le résultat le plus satisfaisant. Trouver l’atelier de sérigraphie était aussi de notre responsabilité. Le travail d’édition implique une bonne osmose et un bon dosage entre les attentes de l’artiste, les possibilités de l’atelier et la coordination de l’ensemble par l’éditeur. Il ne s’agit pas ici d’un cercle vertueux mais un triangle vertueux.
Quelle est l'ambition de MEL pour la section BD ?
MEL : Décloisonner la bande dessinée et faire comprendre la force, la richesse et les infinies possibilités de cet art majeur. Permettre à tous les amateurs de bande dessinée de pouvoir afficher sur leurs murs des œuvres d’art en estampes.
Propos recueillis par Artcurial.
Informations
En vente à Librairie d’Art Artcurial et sur le site de MEL Publisher
Actualité
Carine Decroi