Sale Furniture, Sculpture & Works of Art - 15 december 2021 /Lot 11 Commode d’époque Louis XV Estampille de Mathieu Criaerd

  • COMMODE D'ÉPOQUE LOUIS XV Estampille de Mathieu Criaerd
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COMMODE D'ÉPOQUE LOUIS XV Estampille de Mathieu Criaerd
En laque de Coromandel, ornementation de bronze ciselé et doré, dessus de marbre vert de mer rapporté, la façade ouvrant par deux tiroirs à décor de personnages dans un paysage lacustre animé de palais et rochers illustrant un épisode du Festin de Pêches, les pieds cambrés agrémentés de sabots en bronze, estampillée M.CRIAERD sur le montant arrière gauche
H. : 84,5 cm (33 1/4 in.)
l. : 99 cm (39 in.)
P. : 53 cm (20 3/4 in.)

Provenance:
Ancienne collection Sauvan d'Aramon puis par descendance jusqu'à l'actuel propriétaire.

Mathieu Criaerd, reçu maître en 1738

A Louis XV ormolu-mounted and Coromandel lacquer commode, stamped by Mathieu Criaerd

La commode que nous présentons vient rejoindre un corpus réduit de commodes d'époque Louis XV ornées de laque de Coromandel, dont l'exemple le plus proche par la délicatesse est la commode de la duchesse du Maine au château de Sceaux réalisée par BVRB vers 1735. Ici Mathieu Criaerd fait preuve d'une rare maîtrise.

En effet, l'application sur du mobilier de panneaux de laque, par nature d'une grande dureté était d'autant plus délicate que le décor était épais et fragile.

En outre, il s'agissait d'adapter les proportions du meuble aux panneaux dont on disposait, tout en privilégiant son harmonie.
C'est le cas ici où les proportions de la commode font harmonieu-sement corps avec le décor.

Laque de Coromandel

Cette technique tire son nom de la côte des Indes où transitaient les marchandises exportées par les marchands chinois. Très particulière, elle suppose l'application de plusieurs couches de laque sur un apprêt, la dernière couche étant polie puis creusée pour obtenir un décor en relief dont le fond est doré ou coloré.

Le décor de notre commode représente une scène foisonnante de personnages et d'animaux dans un paysage lacustre animé d'architectures, de végétation et de rochers parfois chimériques. Il s'agit d'un épisode de l'histoire mythique du Festin de Pêches issu d'un roman du XVIe siècle. L'empereur assis, est entouré de huit immortels sur une terrasse au bord d'un lac, la reine Xiwangmu arrivant sur un phénix tandis que d'autres immortels s'approchent du rassemblement au pied de la terrasse.

Son style est caractéristique de paravents réalisés en Chine au XVIIIe siècle et importés en petit nombre par la Compagnie française des lndes orientales. Très couteuses, ces œuvres s'adressaient à un public de collectionneurs fortunés curieux des dernières nouveautés et à la recherche de pièces rares. Seuls deux à six exemplaires en 1722, 1726 puis de 1735 à 1740 sont mentionnés dans les cargaisons.

Sont alors privilégiés les modèles de plus petite taille, moins chers et plus faciles à revendre (1). Ici la proportion des figures et la trace de panneaux peu larges en façade pourraient laisser supposer que le paravent utilisé pour notre commode était de taille réduite.
Utilisés tels quels par de grands amateurs comme partie intégrante d'un décor, les paravents - comme les coffres, cabinets ou armoires - furent par la suite incorporés à des meubles par des marchands-merciers marchand de tout et faiseur de rien (2) à la faveur de l'engouement pour les chinoiseries. Ainsi Guersaint (1694-1750) se rendait régulièrement en Hollande pour acheter porcelaines et laques, Lazare-Duvaux (1703-1758) cite dans son Journal (3) plusieurs meubles ornés de laque et l'acte de décès en 1724 de l'épouse de Thomas Joachim Hébert (1687-1773) marchand suivant la cour fait mention de paravents de laque de Coromandel (4).

Les marchands pouvaient également acquérir des laques au cours de ventes aux enchères. Lazare-Duvaux put ainsi acquérir pour 800 livres dans la vente après décès du duc de Tallard en 1756 un grand paravent d'ancien lacq de Coromandel. Fond noir avec païsage ornés de figures & animaux peints et dorés, gravés en creux. Il est compos é de 12 feuilles […] de 18 pouces de larges (soit environ 45 cm chacune).

Un précieux exemple de commode ornée de laque de Coromandel fut exécuté par Bernard Van Risen Burgh vers 1735 pour Anne-Louise de Bourbon-Condé, petite fille du Grand Condé, duchesse du Maine (1676-1753) au château de Sceaux (5) (Fig. 1). Dès 1722, cette dernière avait aménagé un cabinet de la Chine dans son hôtel parisien à partir de paravents acquis "à l'inventaire du duc de La Force" (6).

A partir de 1733 c'est au château de Sceaux qu'un nouvel arrangement est entrepris. La commode de BVRB est alors située en 1736 dans le cabinet de la Chine puis décrite de bois de Coromandel en 1753 au décès de la duchesse.

Dans le Livre-Journal de Lazare-Duvaux qui couvre les années 1748-1758 les commodes en laque de Coromandel sont très peu nombreuses, soit 7 sur un nombre total de 40 commodes en laque qu'il livra à des personnages illustres tels que Monsieur de la Reynière, la Marquise de Pompadour, ou Monsieur Thomas et Monsieur de Boulogne.

Thomas Joachim Hébert (1687-1773)

Thomas Joachim Hebert, jusqu'à l'arrêt de son activité en 1750, fut l'un des plus grands marchands-merciers parisiens de son époque et le principal fournisseur de la Couronne, notamment en mobilier de laque. Ce fut lui qui en 1737 livra au Garde-Meuble la première commode ornée de laque destinée au cabinet de retraite de Marie Leszczynska au château de Fontainebleau (7).

C'est à Mathieu Criaerd qu'il fit appel pour le célèbre ensemble de vernis Martin bleu et blanc livré en 1742-1743 à Melle de Mailly et pour celui à fond vert et jaune livré en 1747 à Fontainebleau pour le Dauphin.

En 1724, au décès de sa femme, Hébert détenait deux paravents en laque de Coromandel, le premier à fleurs et oiseaux de douze feuilles, le second de six feuilles.

Mathieu Criaerd (1689-1776)

Reçu maître en 1738, Mathieu Criaerd fournit plusieurs meubles au Garde-Meuble royal par l'intermédiaire du marchand-mercier Hébert.

Dès ses débuts il réalisa des meubles ornés de laque qui témoignent de son habileté. Cependant, les décors de Coromandel restent exceptionnels tant les panneaux sont fragiles et leur emploi délicat.

Une commode ornée de laque de Coromandel signée de Criaerd, a été vendue à Paris, galerie Charpentier, le 17 mars 1956, lot 126 (Fig. 2). Une paire d'encoignures à décor de laque de Coromandel, estampillée de Criaerd, provenant de la collection privée de Jayne Wrightsman a été vendue par Christie's New York, le 14 octobre 2020, lot 63.

On connaît une commode exécutée par Mathieu Criaerd à décor de laque de Chine, de mêmes proportions, de même dessin et munie des mêmes bronzes, vendue à Paris en 19268 (Fig. 3).


1. S. Castellucio, "Le goût pour les laques d'Orient, en France
aux XVIIe et XVIIIe siècles", éditions Monelle Hayot, 2019.
2. Diderot et d'Alembert, "Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, 1751-1772".
3. Louis Courajod, "Livre-journal de Lazare Duvaux, marchand bijoutier ordinaire du roy, 1748-1758", 1878.
4. N. Brugier,"Les laques de Coromandel", La Bibliothèque
des arts, 2015
5. Vente Artcurial, collection Rossignol, le 13 décembre 2005, lot 119.
6. D.Alcouffe et al. Catalogue d'exposition "Aux sources du design, chefs-d'œuvre du mobilier 1650-1790", château de Versailles, 26 octobre 2014-22 février 2015 pp.134-135, n°32.
7. T. Wolvesperges, "Le Meuble français en laque au XVIIIe siècle", les éditions de l'amateur, Paris, 2000.
8. Vente à Paris, hôtel Drouot, succession de Madame H. et provenant en grande partie de la collection Thomy-Thiéry, les 18-20 mars 1926, lot 259.





Estimation 100 000 - 150 000 €



Sold 182,000 €
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Lot 11

A Louis XV Commode
Stamped by Mathieu Criaerd

Sold 182,000 € [$]

COMMODE D'ÉPOQUE LOUIS XV Estampille de Mathieu Criaerd
En laque de Coromandel, ornementation de bronze ciselé et doré, dessus de marbre vert de mer rapporté, la façade ouvrant par deux tiroirs à décor de personnages dans un paysage lacustre animé de palais et rochers illustrant un épisode du Festin de Pêches, les pieds cambrés agrémentés de sabots en bronze, estampillée M.CRIAERD sur le montant arrière gauche
H. : 84,5 cm (33 1/4 in.)
l. : 99 cm (39 in.)
P. : 53 cm (20 3/4 in.)

Provenance:
Ancienne collection Sauvan d'Aramon puis par descendance jusqu'à l'actuel propriétaire.

Mathieu Criaerd, reçu maître en 1738

A Louis XV ormolu-mounted and Coromandel lacquer commode, stamped by Mathieu Criaerd

La commode que nous présentons vient rejoindre un corpus réduit de commodes d'époque Louis XV ornées de laque de Coromandel, dont l'exemple le plus proche par la délicatesse est la commode de la duchesse du Maine au château de Sceaux réalisée par BVRB vers 1735. Ici Mathieu Criaerd fait preuve d'une rare maîtrise.

En effet, l'application sur du mobilier de panneaux de laque, par nature d'une grande dureté était d'autant plus délicate que le décor était épais et fragile.

En outre, il s'agissait d'adapter les proportions du meuble aux panneaux dont on disposait, tout en privilégiant son harmonie.
C'est le cas ici où les proportions de la commode font harmonieu-sement corps avec le décor.

Laque de Coromandel

Cette technique tire son nom de la côte des Indes où transitaient les marchandises exportées par les marchands chinois. Très particulière, elle suppose l'application de plusieurs couches de laque sur un apprêt, la dernière couche étant polie puis creusée pour obtenir un décor en relief dont le fond est doré ou coloré.

Le décor de notre commode représente une scène foisonnante de personnages et d'animaux dans un paysage lacustre animé d'architectures, de végétation et de rochers parfois chimériques. Il s'agit d'un épisode de l'histoire mythique du Festin de Pêches issu d'un roman du XVIe siècle. L'empereur assis, est entouré de huit immortels sur une terrasse au bord d'un lac, la reine Xiwangmu arrivant sur un phénix tandis que d'autres immortels s'approchent du rassemblement au pied de la terrasse.

Son style est caractéristique de paravents réalisés en Chine au XVIIIe siècle et importés en petit nombre par la Compagnie française des lndes orientales. Très couteuses, ces œuvres s'adressaient à un public de collectionneurs fortunés curieux des dernières nouveautés et à la recherche de pièces rares. Seuls deux à six exemplaires en 1722, 1726 puis de 1735 à 1740 sont mentionnés dans les cargaisons.

Sont alors privilégiés les modèles de plus petite taille, moins chers et plus faciles à revendre (1). Ici la proportion des figures et la trace de panneaux peu larges en façade pourraient laisser supposer que le paravent utilisé pour notre commode était de taille réduite.
Utilisés tels quels par de grands amateurs comme partie intégrante d'un décor, les paravents - comme les coffres, cabinets ou armoires - furent par la suite incorporés à des meubles par des marchands-merciers marchand de tout et faiseur de rien (2) à la faveur de l'engouement pour les chinoiseries. Ainsi Guersaint (1694-1750) se rendait régulièrement en Hollande pour acheter porcelaines et laques, Lazare-Duvaux (1703-1758) cite dans son Journal (3) plusieurs meubles ornés de laque et l'acte de décès en 1724 de l'épouse de Thomas Joachim Hébert (1687-1773) marchand suivant la cour fait mention de paravents de laque de Coromandel (4).

Les marchands pouvaient également acquérir des laques au cours de ventes aux enchères. Lazare-Duvaux put ainsi acquérir pour 800 livres dans la vente après décès du duc de Tallard en 1756 un grand paravent d'ancien lacq de Coromandel. Fond noir avec païsage ornés de figures & animaux peints et dorés, gravés en creux. Il est compos é de 12 feuilles […] de 18 pouces de larges (soit environ 45 cm chacune).

Un précieux exemple de commode ornée de laque de Coromandel fut exécuté par Bernard Van Risen Burgh vers 1735 pour Anne-Louise de Bourbon-Condé, petite fille du Grand Condé, duchesse du Maine (1676-1753) au château de Sceaux (5) (Fig. 1). Dès 1722, cette dernière avait aménagé un cabinet de la Chine dans son hôtel parisien à partir de paravents acquis "à l'inventaire du duc de La Force" (6).

A partir de 1733 c'est au château de Sceaux qu'un nouvel arrangement est entrepris. La commode de BVRB est alors située en 1736 dans le cabinet de la Chine puis décrite de bois de Coromandel en 1753 au décès de la duchesse.

Dans le Livre-Journal de Lazare-Duvaux qui couvre les années 1748-1758 les commodes en laque de Coromandel sont très peu nombreuses, soit 7 sur un nombre total de 40 commodes en laque qu'il livra à des personnages illustres tels que Monsieur de la Reynière, la Marquise de Pompadour, ou Monsieur Thomas et Monsieur de Boulogne.

Thomas Joachim Hébert (1687-1773)

Thomas Joachim Hebert, jusqu'à l'arrêt de son activité en 1750, fut l'un des plus grands marchands-merciers parisiens de son époque et le principal fournisseur de la Couronne, notamment en mobilier de laque. Ce fut lui qui en 1737 livra au Garde-Meuble la première commode ornée de laque destinée au cabinet de retraite de Marie Leszczynska au château de Fontainebleau (7).

C'est à Mathieu Criaerd qu'il fit appel pour le célèbre ensemble de vernis Martin bleu et blanc livré en 1742-1743 à Melle de Mailly et pour celui à fond vert et jaune livré en 1747 à Fontainebleau pour le Dauphin.

En 1724, au décès de sa femme, Hébert détenait deux paravents en laque de Coromandel, le premier à fleurs et oiseaux de douze feuilles, le second de six feuilles.

Mathieu Criaerd (1689-1776)

Reçu maître en 1738, Mathieu Criaerd fournit plusieurs meubles au Garde-Meuble royal par l'intermédiaire du marchand-mercier Hébert.

Dès ses débuts il réalisa des meubles ornés de laque qui témoignent de son habileté. Cependant, les décors de Coromandel restent exceptionnels tant les panneaux sont fragiles et leur emploi délicat.

Une commode ornée de laque de Coromandel signée de Criaerd, a été vendue à Paris, galerie Charpentier, le 17 mars 1956, lot 126 (Fig. 2). Une paire d'encoignures à décor de laque de Coromandel, estampillée de Criaerd, provenant de la collection privée de Jayne Wrightsman a été vendue par Christie's New York, le 14 octobre 2020, lot 63.

On connaît une commode exécutée par Mathieu Criaerd à décor de laque de Chine, de mêmes proportions, de même dessin et munie des mêmes bronzes, vendue à Paris en 19268 (Fig. 3).


1. S. Castellucio, "Le goût pour les laques d'Orient, en France
aux XVIIe et XVIIIe siècles", éditions Monelle Hayot, 2019.
2. Diderot et d'Alembert, "Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, 1751-1772".
3. Louis Courajod, "Livre-journal de Lazare Duvaux, marchand bijoutier ordinaire du roy, 1748-1758", 1878.
4. N. Brugier,"Les laques de Coromandel", La Bibliothèque
des arts, 2015
5. Vente Artcurial, collection Rossignol, le 13 décembre 2005, lot 119.
6. D.Alcouffe et al. Catalogue d'exposition "Aux sources du design, chefs-d'œuvre du mobilier 1650-1790", château de Versailles, 26 octobre 2014-22 février 2015 pp.134-135, n°32.
7. T. Wolvesperges, "Le Meuble français en laque au XVIIIe siècle", les éditions de l'amateur, Paris, 2000.
8. Vente à Paris, hôtel Drouot, succession de Madame H. et provenant en grande partie de la collection Thomy-Thiéry, les 18-20 mars 1926, lot 259.





Estimation 100 000 - 150 000 €



Sold 182,000 €
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Sale’s details

Sale: 4120
Date: 14 Dec. 2021 18:00
Auctioneer: Isabelle Bresset

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