Vente Bibliothèque littéraire et poétique - 16 octobre 2013 /Lot 89 VICTOR HUGO. L.A. SIGNEE « VICTOR » A ALFRED DE VIGNY, « CAPITAINE AU REGIMENT D’INFANTERIE EN GARNISON A PAU » Datée du 29 décembre...

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VICTOR HUGO. L.A. SIGNEE « VICTOR » A ALFRED DE VIGNY, « CAPITAINE AU REGIMENT D'INFANTERIE EN GARNISON A PAU » Datée du 29 décembre 1824.. 4 pages in-12 à l'encre noire sur papier vergé, nom et adresse au dos. Excellent état de conservation. (Petite déchirure due à l'ouverture avec manque de deux mots courts ; quelques légères rousseurs.) MAGNIFIQUE LETTRE D'AMITIE, TEMOIGNANT DE LA PLUS GRANDE INTIMITE DES DEUX POETES, AGES DE 22 ET 27 ANS, HUGO ETANT LE CADET.. « Avant que cette année finisse, bon Alfred, je veux lui dérober un moment pour vous, et de force ou de gré je vous écrirai enfin aujourd'hui. J'ignore si ma lettre sera pour vous ce que les vôtres sont pour moi, mais j'y puise du courage, de l'enthousiasme et du talent. Elles me rendent plus grand et meilleur, quand je les reçois et quand je les relis. Votre courant est comme électrique, et mon mérite est de pouvoir quelquefois me mettre de niveau et entrer en équilibre avec vous, surtout pour ce qui tient à la manière de sourire et d'aimer. (...) Nous, mon ami, nous n'avons rien à vous offrir en échange, à votre retour. Là-bas, tout vous inspire ; ici, tout nous glace. Que voulez[-vous] que l'on fasse au milieu de tant de tracasseries politiques et littéraires, de ces insolentes médiocrités, de ces génies poltrons, de l'élection de Droz, de l'échec de Lamartine et de Guiraud ? Que voulez-vous que l'on fasse à Paris, entre le Ministère et l'Académie ? Pour moi, je n'éprouve plus, quand je me jette en dehors de ma cellule, qu'indignation et pitié. Aussi je ne m'y expose guère, je reste chez moi, où je suis heureux, où je berce ma fille, où j'ai cet ange qui est ma femme. (...) Envoyez-moi quelques-uns des vers que la muse vous dicte là-bas, et tâchez de revenir vite les écrire ici, dussiez-vous courir, comme moi, le risque de ne plus être inspiré. Mais c'est pour vous un danger illusoire ; votre talent résiste à tout, même au chagrin, même à l'ennui. Quant [à moi], toutes mes idées s'envolent et je suis tout de suite vaincu quand je vois les passions et les intérêts entrer dans la lice. Les petites blessures me tuent. Je suis, passez-moi l'orgueil de cette comparaison, je suis comme Achille, vulnérable par le talon. (...) » Alfred de Vigny (1797-1863) et Victor Hugo (1802-1885), deux des sommets littéraires du XIXe siècle français, parangons du romantisme national, se connurent très tôt, en 1820. L'amitié entre le jeune officier de la Garde, qui n'a que 23 ans, et le tout jeune rédacteur en chef du Conservateur littéraire, qui n'en a que 18, se changea vite en une profonde intimité. Cette relation élective s'exprime d'abord dans une fréquente correspondance où les deux poètes commentent leurs œuvres réciproques. C'est du reste Hugo qui, en décembre 1820, publia le tout premier article de son ami dans sa revue, peu de temps avant qu'elle prenne fin. Cette intimité deviendra si forte que Vigny sera le témoin de Hugo au mariage de ce dernier. C'est en garnison à Pau, durant l'hiver 1824-1825 que le jeune officier fit la rencontre de Lydia Bunburry, une anglaise de caractère ombrageux, avec laquelle il contracta un mariage de raison et d'intérêt. De tempérament aristocratique, Lydia Vigny tenait en total mépris les relations littéraires de son mari, et le mariage du poète commença donc par l'isoler de ses relations et de ses amis, qui lui reprochaient de vouloir être à la fois un homme du monde et un homme de lettres. Seul Hugo lui restait fidèlement attaché, continuant d'aimer l'homme et d'admirer l'écrivain qui, avec Cinq-Mars en 1826, avait inventé le roman historique français, à tel point que Hugo, en 1829, exigera qu'Hernani soit jouée après Le Maure de Venise de Vigny, adapté de Shakespeare. Leur amitié ancienne et profonde, sujette à quelques éclipses, se trouvera définitivement tranchée après le coup d'Etat du 2 décembre 1851. Pour Hugo, ce sera l'exil politique pour 20 ans ; pour Vigny, le retrait intérieur définitif. Sainte-Beuve qui fut l'ami de l'un et de l'autre à leurs débuts montra bien l'antithèse de ces deux caractères absolus : « pendant que Hugo, le baron féodal, combattait sous l'armure Vigny, plus secret, Comme en sa tour d'ivoire avant midi rentrait. » Exceptionnel document littéraire et d'amitié de ces deux grands génies du vers français.
Estimation 10 000 - 15 000 €

Vendu 12 990 €
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Lot 89

VICTOR HUGO. L.A. SIGNEE « VICTOR » A ALFRED DE VIGNY, « CAPITAINE AU REGIMENT D’INFANTERIE EN GARNISON A PAU » Datée du 29 décembre...

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VICTOR HUGO. L.A. SIGNEE « VICTOR » A ALFRED DE VIGNY, « CAPITAINE AU REGIMENT D'INFANTERIE EN GARNISON A PAU » Datée du 29 décembre 1824.. 4 pages in-12 à l'encre noire sur papier vergé, nom et adresse au dos. Excellent état de conservation. (Petite déchirure due à l'ouverture avec manque de deux mots courts ; quelques légères rousseurs.) MAGNIFIQUE LETTRE D'AMITIE, TEMOIGNANT DE LA PLUS GRANDE INTIMITE DES DEUX POETES, AGES DE 22 ET 27 ANS, HUGO ETANT LE CADET.. « Avant que cette année finisse, bon Alfred, je veux lui dérober un moment pour vous, et de force ou de gré je vous écrirai enfin aujourd'hui. J'ignore si ma lettre sera pour vous ce que les vôtres sont pour moi, mais j'y puise du courage, de l'enthousiasme et du talent. Elles me rendent plus grand et meilleur, quand je les reçois et quand je les relis. Votre courant est comme électrique, et mon mérite est de pouvoir quelquefois me mettre de niveau et entrer en équilibre avec vous, surtout pour ce qui tient à la manière de sourire et d'aimer. (...) Nous, mon ami, nous n'avons rien à vous offrir en échange, à votre retour. Là-bas, tout vous inspire ; ici, tout nous glace. Que voulez[-vous] que l'on fasse au milieu de tant de tracasseries politiques et littéraires, de ces insolentes médiocrités, de ces génies poltrons, de l'élection de Droz, de l'échec de Lamartine et de Guiraud ? Que voulez-vous que l'on fasse à Paris, entre le Ministère et l'Académie ? Pour moi, je n'éprouve plus, quand je me jette en dehors de ma cellule, qu'indignation et pitié. Aussi je ne m'y expose guère, je reste chez moi, où je suis heureux, où je berce ma fille, où j'ai cet ange qui est ma femme. (...) Envoyez-moi quelques-uns des vers que la muse vous dicte là-bas, et tâchez de revenir vite les écrire ici, dussiez-vous courir, comme moi, le risque de ne plus être inspiré. Mais c'est pour vous un danger illusoire ; votre talent résiste à tout, même au chagrin, même à l'ennui. Quant [à moi], toutes mes idées s'envolent et je suis tout de suite vaincu quand je vois les passions et les intérêts entrer dans la lice. Les petites blessures me tuent. Je suis, passez-moi l'orgueil de cette comparaison, je suis comme Achille, vulnérable par le talon. (...) » Alfred de Vigny (1797-1863) et Victor Hugo (1802-1885), deux des sommets littéraires du XIXe siècle français, parangons du romantisme national, se connurent très tôt, en 1820. L'amitié entre le jeune officier de la Garde, qui n'a que 23 ans, et le tout jeune rédacteur en chef du Conservateur littéraire, qui n'en a que 18, se changea vite en une profonde intimité. Cette relation élective s'exprime d'abord dans une fréquente correspondance où les deux poètes commentent leurs œuvres réciproques. C'est du reste Hugo qui, en décembre 1820, publia le tout premier article de son ami dans sa revue, peu de temps avant qu'elle prenne fin. Cette intimité deviendra si forte que Vigny sera le témoin de Hugo au mariage de ce dernier. C'est en garnison à Pau, durant l'hiver 1824-1825 que le jeune officier fit la rencontre de Lydia Bunburry, une anglaise de caractère ombrageux, avec laquelle il contracta un mariage de raison et d'intérêt. De tempérament aristocratique, Lydia Vigny tenait en total mépris les relations littéraires de son mari, et le mariage du poète commença donc par l'isoler de ses relations et de ses amis, qui lui reprochaient de vouloir être à la fois un homme du monde et un homme de lettres. Seul Hugo lui restait fidèlement attaché, continuant d'aimer l'homme et d'admirer l'écrivain qui, avec Cinq-Mars en 1826, avait inventé le roman historique français, à tel point que Hugo, en 1829, exigera qu'Hernani soit jouée après Le Maure de Venise de Vigny, adapté de Shakespeare. Leur amitié ancienne et profonde, sujette à quelques éclipses, se trouvera définitivement tranchée après le coup d'Etat du 2 décembre 1851. Pour Hugo, ce sera l'exil politique pour 20 ans ; pour Vigny, le retrait intérieur définitif. Sainte-Beuve qui fut l'ami de l'un et de l'autre à leurs débuts montra bien l'antithèse de ces deux caractères absolus : « pendant que Hugo, le baron féodal, combattait sous l'armure Vigny, plus secret, Comme en sa tour d'ivoire avant midi rentrait. » Exceptionnel document littéraire et d'amitié de ces deux grands génies du vers français.
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Vente : 2398
Date : 16 oct. 2013 14:30

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Bibliothèque littéraire et poétique. Livres et manuscrits des 19e et 20e siècles