Vente Mobilier & Objets d’Art - 26 novembre 2018 /Lot 37 Table d’époque Louis XV, Paris, vers 1730 Attribuée à Sébastien-Antoine Slodtz (1695-1754) et Paul-Ambroise Slodtz (1702-1758)

  • TABLE D'ÉPOQUE LOUIS XV, PARIS, VERS 1730 Attribuée à Sébastien-Antoine Slodtz (1695-1754) et Paul-Ambroise Slodtz (1702-1758) Proba..
  • TABLE D'ÉPOQUE LOUIS XV, PARIS, VERS 1730 Attribuée à Sébastien-Antoine Slodtz (1695-1754) et Paul-Ambroise Slodtz (1702-1758) Proba..
  • TABLE D'ÉPOQUE LOUIS XV, PARIS, VERS 1730 Attribuée à Sébastien-Antoine Slodtz (1695-1754) et Paul-Ambroise Slodtz (1702-1758) Proba..
  • TABLE D'ÉPOQUE LOUIS XV, PARIS, VERS 1730 Attribuée à Sébastien-Antoine Slodtz (1695-1754) et Paul-Ambroise Slodtz (1702-1758) Proba..

TABLE D'ÉPOQUE LOUIS XV, PARIS, VERS 1730 Attribuée à Sébastien-Antoine Slodtz (1695-1754) et Paul-Ambroise Slodtz (1702-1758)
Probablement d'après un dessin de Germain Boffrand (1667-1754)
En chêne sculpté et doré, dessus de marbre brèche violette de Seravezza, de forme chantournée, la ceinture mouvementée centrée sur toutes les faces par une palmette ajourée, les pieds en console terminés par des volutes à feuilles d'acanthe et réunis par une entretoise en X
H. : 90 cm (35 1/2 in.)
l. : 210 cm (82 1/2 in.)
P. : 111 cm (43 3/4 in.)

Provenance :
Possiblement ameublement des princes de Lorraine.
Par tradition, propriété de l'Ouest de la France.
Collection privée parisienne.

A Louis XV giltwood table, Paris, circa 1730, attributed to Sebastien-Antoine (1695-1754) and Paul-Ambroise (1702-1758) Slodtz, probably after a design by Germain Boffrand (1667-1754)

*Veuillez noter que, comme précisé dans le rapport de condition, la dorure n'est pas d'origine.
*Please note that, as stated in the condition report, the table has been regilded.

D'aspect chantourné et richement sculptée, la table présente une ceinture très mouvementée, centrée sur toutes les faces par une ample palmette à jour dont les feuilles soulignées de godrons prennent appui sur un cartel demi-circulaire aussi ajouré, qui laisse s'échapper un fleuron d'acanthe, le tout entouré par un cartouche ovale terminé en sa partie inférieure par des refends de feuilles acanthe. De part et d'autre de cet élément médian, le reste de la ceinture est découpé pour former des courbes et des contre-courbes dont les champs à motif losangé sont soulignés de demi-palmettes, de festons, de vagues, de registres godronnés et de rinceaux à fleurs et feuilles d'acanthe, ainsi que de rinceaux composés de branches à feuilles et à fleurettes. Elle repose sur quatre pieds en console dont le galbe à enroulement de volutes, entouré par une guirlande à feuilles, à roses et à fleurettes en haut-relief, est surmonté par une chute en forme de cartel composé de doubles volutes en C affrontés, qui renferment une palmette d'acanthe très échancrée formant en son milieu un médaillon demi-circulaire concave. Les pieds, terminés à la partie inférieure par des volutes à feuilles d'acanthe et montés sur des masses évasées vers l'extérieur, sont soulignés au dedans, par d'imposantes palmes formant refends pour les enroulements du galbe. Ils sont réunis par une entretoise à quatre branches en X, découpées en volutes et contre-volutes et ornées de rinceaux, de demi-palmettes, de rosaces et de chutes à fleurettes et raccordées à un noyau discoïdal surmonté par une rosace à palmettes, fleur et chutes d'acanthe, entouré par un cartel mouluré composé de deux doubles volutes renfermant au milieu une chute également d'acanthe. Ce piétement supporte une table de marbre brèche violette à pourtour contourné et mouluré d'une gorge à doucine et à double listel.
Le modèle du piétement de cette table est en tout identique pour sa structure et son décor à celui d'une grande console, dorée à l'origine, autrefois dans la collection de Mme Julien Potin1 et réputée provenir de l'ameublement des ducs de Lorraine au château de Lunéville, pendant le XVIIIe siècle2 (fig. 1-2).

Comme le remarque M. Jacques Charles-Gaffiot3, à ce jour, "le peu de précision déjà évoqué des descriptions des inventaires concernant" les pieds de table "selon l'appellation du XVIIIe siècle, ne permet pas de rattacher avec confiance cette console à l'une des demeures de Lorraine - en accord avec la tradition qui l'accompagne - même si plusieurs hypothèses ont été avancées, parmi lesquelles le château de Commercy". En effet, l'inventaire après décès de Charles-Henri de Lorraine prince de Vaudémont et de Commercy (1649-1723), fait état, dans la galerie de "quatre tables de bois doré en feuillages"4. L'auteur rapproche aussi cette grande console d'un dessin attribué à Germain Boffrand (1667-1754) ou à son atelier, représentant l'élévation d'un mur du Grand Salon de la Résidence de Würzburg, exécuté vers 1724, et où l'on voit deux consoles chantournées à quatre pieds réunis dans une entretoise (fig. 3). Il évoque également le nom du sculpteur de la cour de Lunéville, Jean Vallier pour son exécution.

En outre, Jacques Charles-Gaffiot mentionne d'autres éléments du répertoire ornemental de la console communs avec des réalisations de Boffrand, notamment les décors des intérieurs de l'hôtel de Soubise, à Paris, tels "la palmette centrale flanquée de ses enroulements, dont les extrémités des palmes recourbées se terminent en trèfle, mais aussi des agrafes feuillagées nerveuses, qu'elle domine, et dont le bord extérieur est orné de délicats godrons", qu'on retrouve dans le Grand salon ovale du premier étage ou dans la Chambre à coucher de la princesse. En effet, le programme décoratif et la qualité de la sculpture de la console et de notre table écartent la possibilité d'un travail provincial et renvoient vers des réalisations parisiennes. Celles-ci évoquent aussi le travail des frères Slodtz, ayant livré le 14 mai 17395, sous le numéro 1154, au Garde Meuble de la couronne le piétement d'une console destinée au château de Compiègne6, qui porte un plateau en stuc polychrome représentant le plan de la forêt de Fontainebleau, exécuté en 1730 par Andrieux, d'après le plan de Joseph Ducy, géographe du roi (fig. 4-5).

On remarquera certaines similitudes entre les pieds de la console sculptée par les frères Slodtz et ceux de la grande console et de notre table, notamment les guirlandes de fleurs qui entourent les fortes chutes, les palmes soulignant les pieds, aussi leurs parties antérieures moulurées finissant par une volute retournée vers l'intérieur. De même, la ceinture présente sur les côtés de la console des frères Slodtz une palmette médiane émergeant d'un cartel demi-circulaire d'où s'échappe un fleuron d'acanthe, très similaire à l'agrafe inversée qui centre les ceintures de la grande console et de notre table. Sur ces dernières, les palmettes bien symétrisées relèvent encore du style Régence, alors que celles employées sur la console livrée par les frères Slodtz en 1739, appartiennent déjà au rocaille triomphant de l'époque de Louis XV. Sébastien-Antoine et Paul-Ambroise Slodtz, décorateurs et sculpteurs des Menus Plaisirs du roi, utilisèrent ce modèle de console en S dans la conception des pieds de tables, ainsi qu'on le découvre sur trois des planches d'une suite de cinq projets pour un décor représentant une "Chambre verte", réalisée dans les années 17307 et provenant des anciens fonds du Mobilier National.

On retrouve aussi ce même décor de palmes qui soulignent les pieds et une ceinture très chantournée, notamment sur le projet pour l'une de ces consoles (fig. 6-7).

Si les liens de l'architecte Germain Boffrand avec les ducs de Lorraine sont avérés, nous n'avons dans l'état actuel des connaissances aucune information concernant d'ouvrages exécutés par les frères Slodtz pour ces princes. On sait qu'ils collaborèrent en 1743 avec Boffrand pour les travaux de la chapelle de la communion dans l'église Saint Merri à Paris, puis, plus tard, en 1753, Paul-Ambroise commença la chaire en bois de ce même édifice, terminée après sa mort, par son frère Michel-Ange Soldtz8. Ce dernier, qui fit la plupart de sa carrière à Rome, avait reçu vers 1740 une commande pour le portrait sculpté du roi Stanislas Leckzinsky, duc de Lorraine, qui fut inauguré le 6 décembre 1750, au Séminaire royal des Missions de la Compagnie de Jésus, à Nancy9. Rien ne s'oppose donc à supposer que le nombre des clients des frères Soldtz était beaucoup plus important que celui connu actuellement grâce aux informations documentaires assez lacunaires conservées.

Sébastien-Antoine et Paul-Ambroise étaient les fils aînés de Sébastien Slodtz (1655-1726), artiste d'origine anversoise, établi à Paris avant 1685, qui avait épousé Madeleine, la fille de Domenico Cucci, célèbre ébéniste italien ayant travaillé pour Louis XIV à la Manufacture des Gobelins.

Sculpteur des Menus Plaisirs, il forma ses deux fils dans son propre atelier, et ceux-ci allaient continuer la tradition familiale, en travaillant pour cette même administration. Sébastien-Antoine fut dessinateur de la Chambre et le Cabinet du roi et son frère Paul-Ambroise lui succéda à cette charge en 1749. Les deux logeaient aux Galeries du Louvre.

Paul-Ambroise fut agréé à l'Académie royale en 1741/1743, puis six ans plus tard, devint en même temps que son aîné membre associé de l'Académie de Rouen. Ils furent de bons sculpteurs et gagnèrent une réputation insigne dans les milieux parisiens notamment grâce à leur talent pour la sculpture d'ornement. Ainsi, selon les conseils que Louis Petit de Bachaumont (1690-1771) donna au prince d'Isenghien, maréchal de France, pour l'aménagement de sa résidence de campagne à Suresnes, pour les ornements intérieurs et extérieurs d'une maison qui concernent la sculpture, comme cheminées, buffets, coquilles, cuvettes de marbre pour une salle à manger, tables de marbre, lambris sculptez, corniches, pieds de table, encoignures, vases, brasiers, feu, bras de cheminée, girandoles, chandeliers de bronze doré et autres […] il faut se servir de Messieurs Slodtz, sculpteurs du Roy, qui demeurent au Louvre ; ils sont très entendus en toutes sortes de décorations, gens d'honneur et de probité, point chers, point intéressés, ennemis des colifichets si fort à la mode présentement"10. Et le même Bachaumont, parlant de Paul-Ambroise Slodtz, remarquait plus loin, qu'il est fort propre à entreprendre ce qu'on appelle de grands ouvrages de sculpture comme ornements ; buffets, vases, mascarons et autres décorations dans l'extérieur et intérieur des maisons"11.

(1) Vente, Paris, 15 mai 1941, n°28.
(2) Sotheby's, Londres, 7 décembre 2005, n°177, puis Christie's, Londres, 6 juillet 2012, n°40.
(3) Jacques Charles-Gaffiot, sous la dir., "Lunéville. Fastes du Versailles lorrain, t. 2 Décors intérieurs, mobilier, objets d'art", Paris, Eds ; Didier Charpentier, 2006, p. 101 et fig..
(4) Arch. de Meurthe-et-Moselle, BN, classement de Ph. Lauer, Fonds de Lorraine, vol. 573, fo 206-207, cité par Jacques Charles-Gaffiot, op. cit., note 101, p. 107.
(5) Pierre Verlet, "Le Mobilier royal français", t. I "Meubles de la Couronne conservés en France", Paris, Picard, 1990, n°21, p. 53-54 ; voir aussi Daniel Meyer, L"e Mobilier de Versailles XVIIe et XVIIIe siècles", t. I "Les meubles royaux prestigieux", Dijon, Eds. Faton, 2002, n°51, p. 205-209.
(6) Conservée aujourd'hui au musée national des châteaux de Versailles et des Trianon, inv. VMB 1034.5.
(7) Paris, B.n.F., dépt. Bibliothèque-musée de l'opéra, ESQ 18-5 (6), ESQ 18-5 (8), ESQ 18-5 (9).
(8) François Souchal, "Les Slodtz sculpteurs et décorateurs du Roi (1685-1764)", Paris, Eds. E. de Boccard, 1967, p. 538 et nos 83-86, p. 626-629.
(9) "Le Mercure de France", février 1751, p. 33 consignait que le buste, "d'un très beau marbre blanc que le père Demenoux, supérieur des Missions Royales, avoit fait choisir et ébaucher à Rome par Mr Slodtz, célèbre sculpteur de l'Académie de Paris", cité par François Souchal, "op. cit.", n°160,
p. 672 ; pour le buste du roi Stanislas, voir aussi ibid., p. 211 et pl. 18 d.
(10) Paris, Bibliothèque de l'Arsenal, Ms. 4041, f°584, cité par François Souchal, "op. cit.", p. 358.
(11) "Ibidem".



Estimation 200 000 - 300 000 €



Vendu 405 800 €
* Les résultats sont affichés frais acheteur et taxes compris. Ils sont générés automatiquement et peuvent subir des modifications.

Lot 37

Table d’époque Louis XV, Paris, vers 1730 
Attribuée à Sébastien-Antoine Slodtz (1695-1754) et Paul-Ambroise Slodtz (1702-1758)

Vendu 405 800 € [$]

TABLE D'ÉPOQUE LOUIS XV, PARIS, VERS 1730 Attribuée à Sébastien-Antoine Slodtz (1695-1754) et Paul-Ambroise Slodtz (1702-1758)
Probablement d'après un dessin de Germain Boffrand (1667-1754)
En chêne sculpté et doré, dessus de marbre brèche violette de Seravezza, de forme chantournée, la ceinture mouvementée centrée sur toutes les faces par une palmette ajourée, les pieds en console terminés par des volutes à feuilles d'acanthe et réunis par une entretoise en X
H. : 90 cm (35 1/2 in.)
l. : 210 cm (82 1/2 in.)
P. : 111 cm (43 3/4 in.)

Provenance :
Possiblement ameublement des princes de Lorraine.
Par tradition, propriété de l'Ouest de la France.
Collection privée parisienne.

A Louis XV giltwood table, Paris, circa 1730, attributed to Sebastien-Antoine (1695-1754) and Paul-Ambroise (1702-1758) Slodtz, probably after a design by Germain Boffrand (1667-1754)

*Veuillez noter que, comme précisé dans le rapport de condition, la dorure n'est pas d'origine.
*Please note that, as stated in the condition report, the table has been regilded.

D'aspect chantourné et richement sculptée, la table présente une ceinture très mouvementée, centrée sur toutes les faces par une ample palmette à jour dont les feuilles soulignées de godrons prennent appui sur un cartel demi-circulaire aussi ajouré, qui laisse s'échapper un fleuron d'acanthe, le tout entouré par un cartouche ovale terminé en sa partie inférieure par des refends de feuilles acanthe. De part et d'autre de cet élément médian, le reste de la ceinture est découpé pour former des courbes et des contre-courbes dont les champs à motif losangé sont soulignés de demi-palmettes, de festons, de vagues, de registres godronnés et de rinceaux à fleurs et feuilles d'acanthe, ainsi que de rinceaux composés de branches à feuilles et à fleurettes. Elle repose sur quatre pieds en console dont le galbe à enroulement de volutes, entouré par une guirlande à feuilles, à roses et à fleurettes en haut-relief, est surmonté par une chute en forme de cartel composé de doubles volutes en C affrontés, qui renferment une palmette d'acanthe très échancrée formant en son milieu un médaillon demi-circulaire concave. Les pieds, terminés à la partie inférieure par des volutes à feuilles d'acanthe et montés sur des masses évasées vers l'extérieur, sont soulignés au dedans, par d'imposantes palmes formant refends pour les enroulements du galbe. Ils sont réunis par une entretoise à quatre branches en X, découpées en volutes et contre-volutes et ornées de rinceaux, de demi-palmettes, de rosaces et de chutes à fleurettes et raccordées à un noyau discoïdal surmonté par une rosace à palmettes, fleur et chutes d'acanthe, entouré par un cartel mouluré composé de deux doubles volutes renfermant au milieu une chute également d'acanthe. Ce piétement supporte une table de marbre brèche violette à pourtour contourné et mouluré d'une gorge à doucine et à double listel.
Le modèle du piétement de cette table est en tout identique pour sa structure et son décor à celui d'une grande console, dorée à l'origine, autrefois dans la collection de Mme Julien Potin1 et réputée provenir de l'ameublement des ducs de Lorraine au château de Lunéville, pendant le XVIIIe siècle2 (fig. 1-2).

Comme le remarque M. Jacques Charles-Gaffiot3, à ce jour, "le peu de précision déjà évoqué des descriptions des inventaires concernant" les pieds de table "selon l'appellation du XVIIIe siècle, ne permet pas de rattacher avec confiance cette console à l'une des demeures de Lorraine - en accord avec la tradition qui l'accompagne - même si plusieurs hypothèses ont été avancées, parmi lesquelles le château de Commercy". En effet, l'inventaire après décès de Charles-Henri de Lorraine prince de Vaudémont et de Commercy (1649-1723), fait état, dans la galerie de "quatre tables de bois doré en feuillages"4. L'auteur rapproche aussi cette grande console d'un dessin attribué à Germain Boffrand (1667-1754) ou à son atelier, représentant l'élévation d'un mur du Grand Salon de la Résidence de Würzburg, exécuté vers 1724, et où l'on voit deux consoles chantournées à quatre pieds réunis dans une entretoise (fig. 3). Il évoque également le nom du sculpteur de la cour de Lunéville, Jean Vallier pour son exécution.

En outre, Jacques Charles-Gaffiot mentionne d'autres éléments du répertoire ornemental de la console communs avec des réalisations de Boffrand, notamment les décors des intérieurs de l'hôtel de Soubise, à Paris, tels "la palmette centrale flanquée de ses enroulements, dont les extrémités des palmes recourbées se terminent en trèfle, mais aussi des agrafes feuillagées nerveuses, qu'elle domine, et dont le bord extérieur est orné de délicats godrons", qu'on retrouve dans le Grand salon ovale du premier étage ou dans la Chambre à coucher de la princesse. En effet, le programme décoratif et la qualité de la sculpture de la console et de notre table écartent la possibilité d'un travail provincial et renvoient vers des réalisations parisiennes. Celles-ci évoquent aussi le travail des frères Slodtz, ayant livré le 14 mai 17395, sous le numéro 1154, au Garde Meuble de la couronne le piétement d'une console destinée au château de Compiègne6, qui porte un plateau en stuc polychrome représentant le plan de la forêt de Fontainebleau, exécuté en 1730 par Andrieux, d'après le plan de Joseph Ducy, géographe du roi (fig. 4-5).

On remarquera certaines similitudes entre les pieds de la console sculptée par les frères Slodtz et ceux de la grande console et de notre table, notamment les guirlandes de fleurs qui entourent les fortes chutes, les palmes soulignant les pieds, aussi leurs parties antérieures moulurées finissant par une volute retournée vers l'intérieur. De même, la ceinture présente sur les côtés de la console des frères Slodtz une palmette médiane émergeant d'un cartel demi-circulaire d'où s'échappe un fleuron d'acanthe, très similaire à l'agrafe inversée qui centre les ceintures de la grande console et de notre table. Sur ces dernières, les palmettes bien symétrisées relèvent encore du style Régence, alors que celles employées sur la console livrée par les frères Slodtz en 1739, appartiennent déjà au rocaille triomphant de l'époque de Louis XV. Sébastien-Antoine et Paul-Ambroise Slodtz, décorateurs et sculpteurs des Menus Plaisirs du roi, utilisèrent ce modèle de console en S dans la conception des pieds de tables, ainsi qu'on le découvre sur trois des planches d'une suite de cinq projets pour un décor représentant une "Chambre verte", réalisée dans les années 17307 et provenant des anciens fonds du Mobilier National.

On retrouve aussi ce même décor de palmes qui soulignent les pieds et une ceinture très chantournée, notamment sur le projet pour l'une de ces consoles (fig. 6-7).

Si les liens de l'architecte Germain Boffrand avec les ducs de Lorraine sont avérés, nous n'avons dans l'état actuel des connaissances aucune information concernant d'ouvrages exécutés par les frères Slodtz pour ces princes. On sait qu'ils collaborèrent en 1743 avec Boffrand pour les travaux de la chapelle de la communion dans l'église Saint Merri à Paris, puis, plus tard, en 1753, Paul-Ambroise commença la chaire en bois de ce même édifice, terminée après sa mort, par son frère Michel-Ange Soldtz8. Ce dernier, qui fit la plupart de sa carrière à Rome, avait reçu vers 1740 une commande pour le portrait sculpté du roi Stanislas Leckzinsky, duc de Lorraine, qui fut inauguré le 6 décembre 1750, au Séminaire royal des Missions de la Compagnie de Jésus, à Nancy9. Rien ne s'oppose donc à supposer que le nombre des clients des frères Soldtz était beaucoup plus important que celui connu actuellement grâce aux informations documentaires assez lacunaires conservées.

Sébastien-Antoine et Paul-Ambroise étaient les fils aînés de Sébastien Slodtz (1655-1726), artiste d'origine anversoise, établi à Paris avant 1685, qui avait épousé Madeleine, la fille de Domenico Cucci, célèbre ébéniste italien ayant travaillé pour Louis XIV à la Manufacture des Gobelins.

Sculpteur des Menus Plaisirs, il forma ses deux fils dans son propre atelier, et ceux-ci allaient continuer la tradition familiale, en travaillant pour cette même administration. Sébastien-Antoine fut dessinateur de la Chambre et le Cabinet du roi et son frère Paul-Ambroise lui succéda à cette charge en 1749. Les deux logeaient aux Galeries du Louvre.

Paul-Ambroise fut agréé à l'Académie royale en 1741/1743, puis six ans plus tard, devint en même temps que son aîné membre associé de l'Académie de Rouen. Ils furent de bons sculpteurs et gagnèrent une réputation insigne dans les milieux parisiens notamment grâce à leur talent pour la sculpture d'ornement. Ainsi, selon les conseils que Louis Petit de Bachaumont (1690-1771) donna au prince d'Isenghien, maréchal de France, pour l'aménagement de sa résidence de campagne à Suresnes, pour les ornements intérieurs et extérieurs d'une maison qui concernent la sculpture, comme cheminées, buffets, coquilles, cuvettes de marbre pour une salle à manger, tables de marbre, lambris sculptez, corniches, pieds de table, encoignures, vases, brasiers, feu, bras de cheminée, girandoles, chandeliers de bronze doré et autres […] il faut se servir de Messieurs Slodtz, sculpteurs du Roy, qui demeurent au Louvre ; ils sont très entendus en toutes sortes de décorations, gens d'honneur et de probité, point chers, point intéressés, ennemis des colifichets si fort à la mode présentement"10. Et le même Bachaumont, parlant de Paul-Ambroise Slodtz, remarquait plus loin, qu'il est fort propre à entreprendre ce qu'on appelle de grands ouvrages de sculpture comme ornements ; buffets, vases, mascarons et autres décorations dans l'extérieur et intérieur des maisons"11.

(1) Vente, Paris, 15 mai 1941, n°28.
(2) Sotheby's, Londres, 7 décembre 2005, n°177, puis Christie's, Londres, 6 juillet 2012, n°40.
(3) Jacques Charles-Gaffiot, sous la dir., "Lunéville. Fastes du Versailles lorrain, t. 2 Décors intérieurs, mobilier, objets d'art", Paris, Eds ; Didier Charpentier, 2006, p. 101 et fig..
(4) Arch. de Meurthe-et-Moselle, BN, classement de Ph. Lauer, Fonds de Lorraine, vol. 573, fo 206-207, cité par Jacques Charles-Gaffiot, op. cit., note 101, p. 107.
(5) Pierre Verlet, "Le Mobilier royal français", t. I "Meubles de la Couronne conservés en France", Paris, Picard, 1990, n°21, p. 53-54 ; voir aussi Daniel Meyer, L"e Mobilier de Versailles XVIIe et XVIIIe siècles", t. I "Les meubles royaux prestigieux", Dijon, Eds. Faton, 2002, n°51, p. 205-209.
(6) Conservée aujourd'hui au musée national des châteaux de Versailles et des Trianon, inv. VMB 1034.5.
(7) Paris, B.n.F., dépt. Bibliothèque-musée de l'opéra, ESQ 18-5 (6), ESQ 18-5 (8), ESQ 18-5 (9).
(8) François Souchal, "Les Slodtz sculpteurs et décorateurs du Roi (1685-1764)", Paris, Eds. E. de Boccard, 1967, p. 538 et nos 83-86, p. 626-629.
(9) "Le Mercure de France", février 1751, p. 33 consignait que le buste, "d'un très beau marbre blanc que le père Demenoux, supérieur des Missions Royales, avoit fait choisir et ébaucher à Rome par Mr Slodtz, célèbre sculpteur de l'Académie de Paris", cité par François Souchal, "op. cit.", n°160,
p. 672 ; pour le buste du roi Stanislas, voir aussi ibid., p. 211 et pl. 18 d.
(10) Paris, Bibliothèque de l'Arsenal, Ms. 4041, f°584, cité par François Souchal, "op. cit.", p. 358.
(11) "Ibidem".



Estimation 200 000 - 300 000 €



Vendu 405 800 €
* Les résultats sont affichés frais acheteur et taxes compris. Ils sont générés automatiquement et peuvent subir des modifications.

Détails de la vente

Vente : 3813
Date : 26 nov. 2018 19:00
Commissaire-priseur : Isabelle Bresset

Contact

Charlotte Norton
Tél. +33 1 42 99 20 68
cnorton@artcurial.com

Ordres d’Achat & Enchères par Téléphone

Kristina Vrzests
Tél. +33 1 42 99 20 51
Fax +33 1 42 99 20 60
bids@artcurial.com

Conditions Générales d’Achat

Mobilier & Objets d'Art