Vente Collection Liuba & Ernesto Wolf - 01 décembre 2014 /Lot 118 RABANUS MAURUS MAGNENTIUS De Laudibus sancte Crucis opus, erudicione versu prosasq[ue] mirificum

  • RABANUS MAURUS MAGNENTIUS  De Laudibus sancte Crucis opus, erudicione versu prosasq[ue] mirificum
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RABANUS MAURUS MAGNENTIUS
De Laudibus sancte Crucis opus, erudicione versu prosasq[ue] mirificum
Pforzheim, Thomas Anshelm, mars 1503. In-folio (292 x 205 mm) de 86 ff., soit : 10 ff.n.ch., 59 ff.ch., 1 f.n.ch., 14 ff.ch., 1 f.n.ch. et 1 f. blanc (Aa6, Bb4, a-k6, A-B6, C4) ; caractères romains, 40 lignes et titre courant, impression en rouge et noir, initiales simples ou ornées sur six lignes ; maroquin bordeaux, dos à faux-nerfs, plats ornés d'un grand décor Renaissance à froid, bordure intérieure rehausée de trois filets à froid, tranches mouchetées rouges, étui-chemise (reliure moderne signée Gruel).

LE PLUS CELEBRE RECUEIL DE TECHNOPAEGNIA, OU POEMES VISUELS, ET L'UN DES PLUS BEAUX LIVRES ILLUSTRES ALLEMANDS DE LA RENAISSANCE.

Il s'agit de la première et unique édition de cet ouvrage fascinant. Publié sous les auspices de Sebastian Brant, Georg Simler, Jacob Wimpheling et Johannes Reuchling, il reproduit les compositions poétiques et graphiques (technopaegnia) du théologien et rhéteur allemand Rabanus Maurus, ou Raban Maur, abbé de Fulda et archevêque de Mayence (v. 780-856).

Les carmina figurata, cancellata et autres procédés combinatoires de Raban Maur - qui prolongeaient une longue tradition remontant au rhéteur grec Simmias de Rhodes (IVe siècle avant notre ère) et perpétuée par le poète romain Publilius Optatianus Porfyrius (IVe siècle après J.-C.) - sont considérés de nos jours comme les ancêtres des Calligrammes d'Apollinaire et des travaux labyrinthiques de l'Oulipo (Ouvroir de Littérature Potentielle).

Le volume est divisé en deux parties. La première contient, après les éloges de l'auteur et des pièces de circonstance, les "carrés magiques" de Raban Maur placés en regard des poèmes, chacun précédé d'une declaratio expliquant dans le détail le procédé adopté dans l'élaboration et l'illustration de chaque grille. La seconde partie ne renferme que des commentaires.

L'ILLUSTRATION, MELANT TYPOGRAPHIE ET GRAVURE SUR BOIS, EST EXTRAORDINAIRE.

Elle se compose de 30 figures à pleine page (numérotées I à XXVII, les deux premières non numérotées) dans lesquelles les compositions de Raban Maur sont disposées sous forme de grilles constituées de lettres imprimées en noir. A l'intérieur de ces grilles, on a isolé en rouge ou en noir un certain nombre de lettres qui, rassemblées sous une forme géométrique ou figurative, forment des vers ou devises indépendants, mais reliés au sujet traité dans le poème.

Ces exercices poétiques et graphiques composés à la gloire de la Croix évoquent naturellement l'instrument du supplice du Christ, mais on y trouve aussi toutes sortes de variations numérologiques et symboliques sur le nom d'Adam, la conception de la Vierge, les béatitudes, les sacrements, les mots de la liturgie, le calendrier, les nombres sacrés et autres éléments scripturaux ou cultuels disposés selon un schéma plus ou moins cruciforme.

Deux grandes figures, très célèbres, montrent l'empereur Louis le Pieux et le Christ en croix, dont les physionomies ont été reproduites d'après les peintures et miniatures carolingiennes. Tout aussi remarquables, les "calligrammes" représentant les chérubins et les séraphins, les symboles des évangélistes, un moine adorant la Croix, ou encore l'agneau pascal...

Deux gravures en noir, plus traditionnelles, complètent l'illustration : imprimées au début du volume, elles montrent Raban Maur agenouillé devant le pape Grégoire IV ; dans la première figure, Raban est accompagné d'un autre moine, très probablement cet Alcuin, ami et conseiller de Charlemagne, qui s'illustra également dans les acrobaties des technopaegnia.

LE PREMIER LIVRE DE POESIE VISUELLE OU L'ON AIT TENU COMPTE DE L'IMAGE PEINTE.

Pour Antoine Coron, le De Laudibus est "non seulement le plus important recueil médiéval dans ce domaine, mais aussi un notable renouvellement de sa figuration. L'influence du De Laudibus sanctæ Crucis fut à longue portée. Premier recueil de poèmes figurés à être imprimé (...) il fut mis en lumière, en 1503, par l'élite de l'humanisme allemand : Sebastian Brant, l'auteur de la Nef des Fous, Georg Simler, Jacob Wimpheling et Johannes Reuchlin le cabaliste, accompagnèrent cette édition de leurs éloges. Wimpheling y insistait sur les "nombres mystiques" dont les vingt-huit poèmes figurés sont remplis. Le recueil de Raban Maur, en effet, n'est pas seulement une illustration de la théologie de la Rédemption des Pères de l'Église. Il se proposait de montrer en quoi le symbole de la Croix convient au thème numérique choisi pour chacun des carmina cancellata... Expression du formidable intérêt porté à la symbolique des nombres par les lettrés carolingiens, le recueil de Raban Maur est aussi le premier livre de poésie visuelle à tenir compte de l'image peinte. Jusqu'alors, les poèmes figurés représentaient des silhouettes pleines, ou des figures géométriques d'un certain intérêt décoratif, mais relativement schématiques. Celles-ci sont les plus nombreuses dans le De laudibus, mais on y découvre en outre cinq pièces comportant des versus intexti groupés à l'intérieur de personnages dessinés et peints..."

Le Père Giovanni Pozzi, auteur d'un livre fondamental sur les technopaegnia - toujours en attente de traduction française -, insiste aussi sur la nouveauté de l'œuvre de Raban en ce qui concerne la représentation des traits physionomiques : "Personne avant Raban Maur n'avait visé un objectif si ambitieux ; et peu nombreux sont ceux qui ont suivi son exemple avant notre époque où, grâce au perfectionnement des outils typographiques-mécaniques d'abord et de l'électronique ensuite, on a pu atteindre des résultats optiques impensables autrefois".

Bel exemplaire, avec de bonnes marges ; quelques taches et auréoles, très éparses ; petite réparation dans la marge de quatre feuillets, avec infime atteinte à l'imprimé.



Provenance : Université de Göttingen (cachet)
Franz Heerdt (ex-libris)
Michel de Bry (ex-libris "Pro captu lectoris")
Collection Liuba et Ernesto Wolf

Bibliographie : Fairfax Murray (German), n° 350 ; Adams, R-3 (2 ex. dont un incomplet) ; Giovanni Pozzi, La Parola dipinta, Milano, Adelphi, 1981 (rééd. 2002), p. 145 passim ; Antoine Coron, "Avant Apollinaire. Vingt siècles de poèmes figurés", in : Poésure et peintrie (cat.), Musées nationaux, 1993, pp. 24-45 (étude publiée à part en 2005 par les éditions le Mot et le Reste).



Commentaire : THE MOST FAMOUS COLLECTION OF TECHNOPAEGNIA, OR VISUAL POEMS, AND ONE OF THE MOST BEAUTIFUL ILLUSTRATED GERMAN RENAISSANCE BOOKS.
THE ILLUSTRATIONS, A COMBINATION OF TYPOGRAPHY AND WOODCUT, ARE EXTRAORDINARY.
THE FIRST BOOK OF VISUAL POETRY WHERE THE PAINTED IMAGE IS TAKEN INTO ACCOUNT.


INV. 200
Estimation 8 000 - 10 000 €

Vendu 10 110 €
* Les résultats sont affichés frais acheteur et taxes compris. Ils sont générés automatiquement et peuvent subir des modifications.

Lot 118

RABANUS MAURUS MAGNENTIUS
De Laudibus sancte Crucis opus, erudicione versu prosasq[ue] mirificum

Vendu 10 110 € [$]

RABANUS MAURUS MAGNENTIUS
De Laudibus sancte Crucis opus, erudicione versu prosasq[ue] mirificum
Pforzheim, Thomas Anshelm, mars 1503. In-folio (292 x 205 mm) de 86 ff., soit : 10 ff.n.ch., 59 ff.ch., 1 f.n.ch., 14 ff.ch., 1 f.n.ch. et 1 f. blanc (Aa6, Bb4, a-k6, A-B6, C4) ; caractères romains, 40 lignes et titre courant, impression en rouge et noir, initiales simples ou ornées sur six lignes ; maroquin bordeaux, dos à faux-nerfs, plats ornés d'un grand décor Renaissance à froid, bordure intérieure rehausée de trois filets à froid, tranches mouchetées rouges, étui-chemise (reliure moderne signée Gruel).

LE PLUS CELEBRE RECUEIL DE TECHNOPAEGNIA, OU POEMES VISUELS, ET L'UN DES PLUS BEAUX LIVRES ILLUSTRES ALLEMANDS DE LA RENAISSANCE.

Il s'agit de la première et unique édition de cet ouvrage fascinant. Publié sous les auspices de Sebastian Brant, Georg Simler, Jacob Wimpheling et Johannes Reuchling, il reproduit les compositions poétiques et graphiques (technopaegnia) du théologien et rhéteur allemand Rabanus Maurus, ou Raban Maur, abbé de Fulda et archevêque de Mayence (v. 780-856).

Les carmina figurata, cancellata et autres procédés combinatoires de Raban Maur - qui prolongeaient une longue tradition remontant au rhéteur grec Simmias de Rhodes (IVe siècle avant notre ère) et perpétuée par le poète romain Publilius Optatianus Porfyrius (IVe siècle après J.-C.) - sont considérés de nos jours comme les ancêtres des Calligrammes d'Apollinaire et des travaux labyrinthiques de l'Oulipo (Ouvroir de Littérature Potentielle).

Le volume est divisé en deux parties. La première contient, après les éloges de l'auteur et des pièces de circonstance, les "carrés magiques" de Raban Maur placés en regard des poèmes, chacun précédé d'une declaratio expliquant dans le détail le procédé adopté dans l'élaboration et l'illustration de chaque grille. La seconde partie ne renferme que des commentaires.

L'ILLUSTRATION, MELANT TYPOGRAPHIE ET GRAVURE SUR BOIS, EST EXTRAORDINAIRE.

Elle se compose de 30 figures à pleine page (numérotées I à XXVII, les deux premières non numérotées) dans lesquelles les compositions de Raban Maur sont disposées sous forme de grilles constituées de lettres imprimées en noir. A l'intérieur de ces grilles, on a isolé en rouge ou en noir un certain nombre de lettres qui, rassemblées sous une forme géométrique ou figurative, forment des vers ou devises indépendants, mais reliés au sujet traité dans le poème.

Ces exercices poétiques et graphiques composés à la gloire de la Croix évoquent naturellement l'instrument du supplice du Christ, mais on y trouve aussi toutes sortes de variations numérologiques et symboliques sur le nom d'Adam, la conception de la Vierge, les béatitudes, les sacrements, les mots de la liturgie, le calendrier, les nombres sacrés et autres éléments scripturaux ou cultuels disposés selon un schéma plus ou moins cruciforme.

Deux grandes figures, très célèbres, montrent l'empereur Louis le Pieux et le Christ en croix, dont les physionomies ont été reproduites d'après les peintures et miniatures carolingiennes. Tout aussi remarquables, les "calligrammes" représentant les chérubins et les séraphins, les symboles des évangélistes, un moine adorant la Croix, ou encore l'agneau pascal...

Deux gravures en noir, plus traditionnelles, complètent l'illustration : imprimées au début du volume, elles montrent Raban Maur agenouillé devant le pape Grégoire IV ; dans la première figure, Raban est accompagné d'un autre moine, très probablement cet Alcuin, ami et conseiller de Charlemagne, qui s'illustra également dans les acrobaties des technopaegnia.

LE PREMIER LIVRE DE POESIE VISUELLE OU L'ON AIT TENU COMPTE DE L'IMAGE PEINTE.

Pour Antoine Coron, le De Laudibus est "non seulement le plus important recueil médiéval dans ce domaine, mais aussi un notable renouvellement de sa figuration. L'influence du De Laudibus sanctæ Crucis fut à longue portée. Premier recueil de poèmes figurés à être imprimé (...) il fut mis en lumière, en 1503, par l'élite de l'humanisme allemand : Sebastian Brant, l'auteur de la Nef des Fous, Georg Simler, Jacob Wimpheling et Johannes Reuchlin le cabaliste, accompagnèrent cette édition de leurs éloges. Wimpheling y insistait sur les "nombres mystiques" dont les vingt-huit poèmes figurés sont remplis. Le recueil de Raban Maur, en effet, n'est pas seulement une illustration de la théologie de la Rédemption des Pères de l'Église. Il se proposait de montrer en quoi le symbole de la Croix convient au thème numérique choisi pour chacun des carmina cancellata... Expression du formidable intérêt porté à la symbolique des nombres par les lettrés carolingiens, le recueil de Raban Maur est aussi le premier livre de poésie visuelle à tenir compte de l'image peinte. Jusqu'alors, les poèmes figurés représentaient des silhouettes pleines, ou des figures géométriques d'un certain intérêt décoratif, mais relativement schématiques. Celles-ci sont les plus nombreuses dans le De laudibus, mais on y découvre en outre cinq pièces comportant des versus intexti groupés à l'intérieur de personnages dessinés et peints..."

Le Père Giovanni Pozzi, auteur d'un livre fondamental sur les technopaegnia - toujours en attente de traduction française -, insiste aussi sur la nouveauté de l'œuvre de Raban en ce qui concerne la représentation des traits physionomiques : "Personne avant Raban Maur n'avait visé un objectif si ambitieux ; et peu nombreux sont ceux qui ont suivi son exemple avant notre époque où, grâce au perfectionnement des outils typographiques-mécaniques d'abord et de l'électronique ensuite, on a pu atteindre des résultats optiques impensables autrefois".

Bel exemplaire, avec de bonnes marges ; quelques taches et auréoles, très éparses ; petite réparation dans la marge de quatre feuillets, avec infime atteinte à l'imprimé.



Provenance : Université de Göttingen (cachet)
Franz Heerdt (ex-libris)
Michel de Bry (ex-libris "Pro captu lectoris")
Collection Liuba et Ernesto Wolf

Bibliographie : Fairfax Murray (German), n° 350 ; Adams, R-3 (2 ex. dont un incomplet) ; Giovanni Pozzi, La Parola dipinta, Milano, Adelphi, 1981 (rééd. 2002), p. 145 passim ; Antoine Coron, "Avant Apollinaire. Vingt siècles de poèmes figurés", in : Poésure et peintrie (cat.), Musées nationaux, 1993, pp. 24-45 (étude publiée à part en 2005 par les éditions le Mot et le Reste).



Commentaire : THE MOST FAMOUS COLLECTION OF TECHNOPAEGNIA, OR VISUAL POEMS, AND ONE OF THE MOST BEAUTIFUL ILLUSTRATED GERMAN RENAISSANCE BOOKS.
THE ILLUSTRATIONS, A COMBINATION OF TYPOGRAPHY AND WOODCUT, ARE EXTRAORDINARY.
THE FIRST BOOK OF VISUAL POETRY WHERE THE PAINTED IMAGE IS TAKEN INTO ACCOUNT.


INV. 200
Estimation 8 000 - 10 000 €

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Détails de la vente

Vente : 2706
Date : 01 déc. 2014 18:30

Contact

Elodie Landais
Tél. +33 1 42 99 20 84
elandais@artcurial.com

Conditions Générales d’Achat

Collection Liuba & Ernesto Wolf