Vente Mobilier & Objets d’Art - 20 mai 2019 /Lot 10 PLAQUE EN LAPIS-LAZULI ITALIENNE DU XVIIe SIÈCLE

  • PLAQUE EN LAPIS-LAZULI ITALIENNE DU XVIIe SIÈCLE
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PLAQUE EN LAPIS-LAZULI ITALIENNE DU XVIIe SIÈCLE
Représentant deux figures drapées à l'antique, l'une assise et retenant une plume, un livre posé sur ses genoux, l'autre jouant de la lyre, dans un cadre en bois sculpté et doré
Dimensions (la plaque) : 21 x 15,5 cm (8 1/4 x 6 in.)
Dimensions (avec le cadre) : 44,5 x 38,5 cm (17 1/2 x 15 in.)

An Italian 17th century lapis-lazuli plaque

Le lapis lazuli, extrait en Afghanistan, fut convoité dès l'Antiquité pour son bleu intense et unique, en tant que gemme pour des objets de parure ou de culte en Mésopotamie et en Egypte, ou en tant que pigment. Rare et onéreux, il colore les plus belles enluminures du Moyen Âge ou du monde islamique, et, plus tard, les parties les plus précieuses comme les manteaux de la Vierge de la Renaissance italienne.
Pierre ornementale, son bleu outremer est parsemé d'éclats jaunes de pyrite. Si ces derniers ou les veines de calcite blanches sont trop nombreux il perd de sa valeur. Ainsi le 10 novembre 1662, Colbert insistait déjà sur la qualité du lapis "du plus beau qui se pourra trouver" et demandait à Strozzi de "prendre garde qu'il soit d'un beau bleu et surtout qu'il n'y ait point tant de seins blanches qu'il y en avait sur celuy que vous m'envoyastes au mois de juin dernier" (1).
Utilisé pour la profondeur de sa couleur bleue il vient orner les cabinets les plus riches, les plateaux de table en marqueterie de marbres et pierres polychromes dès le XVIe siècle. Les lapidaires en font des vases qui sont ensuite ornés de précieuses montures d'orfèvrerie. Ces œuvres d'un luxe inouï viennent alors enrichir les cabinets de curiosités des plus grands collectionneurs et souverains d'Europe, qui se fournissent auprès de l'atelier des Miseroni établi à Milan depuis le milieu du XVIe siècle, et dont la suprématie en la matière est alors incontestée. Le savoir-faire de cette dynastie de lapidaires s'étendra à Prague lorsqu'Ottavio Miseroni (1567-1624) entrera au service de Rodolphe II de Habsbourg (1152-1612). Empereur dès 1576, il installa sa cour en Bohême et fut le premier à fonder une manufacture spécialisée sur le modèle de la Galleria dei Lavori (1588) de Ferdinand Ier de Medicis. Cette initiative sera ensuite reprise par les rois de France, de Naples et d'Espagne.
Citons par exemple un grand vase en lapis lazuli, exécuté en 1583 dans les ateliers grands ducaux de Florence, ornée d'une monture en or émaillé par Jacques Bylivelt, d'après un dessin de Bernardo Buontalenti conservé à Florence au Musée degli Argenti (2).
Certaines pièces comportent ainsi des parties sculptées ou des ornements en bas-relief. Cependant rares sont les bas-reliefs en tant que tels exécutés en lapis-lazuli. La plupart du temps, le fond de lapis sert de ciel bleu profond et mouvementé dans des compositions en marqueterie ou d'arrière-plan à une scène peinte dont la composition s'appuie sur les veines de la pierre. Un autel de dévotion privé, muni au centre d'une plaque de lapis peinte de l'adoration des mages, exécuté à Rome vers 1620, fait partie des collections de Corsham Court dans le Wiltshire en Angleterre (3).
On connait des médaillons comme celui représentant en camée le portrait de profil du duc Côme Ier de Médicis, des collections du Metropolitan Museum de New York, sculpté en Italie vers 1567-1588, ou bien un autre illustrant le Jugement de Pâris, exécuté aussi en Italie vers 1580-1600, qui est lui conservé à Londres au Victoria and Albert Museum. Également, un autre médaillon orné d'une allégorie de la Musique, datant de la deuxième moitié du XVIe siècle, réalisé en France, mesurant 12 cm de hauteur, dans les collections du musée du Louvre.
Le couvercle d'une tabatière de la fin du XVIIe siècle, probablement hollandaise, encore des collections du Victoria and Albert Museum à Londres, est orné des figures de Diane et Callisto. Le dessous est orné des armoiries de Guillaume IV ou V d'Orange.
Le présent bas-relief ne serait-il pas quant à lui destiné à orner un cabinet ? Par son sujet mythologique, représentant Apollon ou Orphée tenant sa lyre auprès d'une Muse ou d'une allégorie de la Poésie et de la Littérature, on peut l'imaginer orner un cabinet, à l'instar de la marqueterie de marbres et pierres dures à l'effigie d'Orphée jouant de sa lyre pour charmer les animaux sur le cabinet Barberini, exécuté à Florence à la Galleria dei Lavori vers 1606-1623 conservé au Metropolitan Museum de
New-York (4) et le cabinet conservé au Detroit Institue of Art, ou bien du bas-relief de bronze doré représentant Apollon faisant écorcher Marsyas au sommet du cabinet conservé à Strasbourg au musée des arts décoratifs (5).
Citons en outre un cabinet romain vers 1640, entièrement garni de plaques de lapis-lazuli unies, faisant partie des collections de Belton House dans le Lincolnshire en Angleterre (6).

(1) S. Casteluccio, "Les meubles de pierres dures de Louis XIV et l'atelier des Gobelins", Dijon, éditions Faton, 2007, p. 44.
(2) A Giusti, "La marqueterie de pierres dures", Citadelles, 2005, fig 38, p. 51.
(3) S. Swynfen, D. Dodd, "Roman Splendour, English Arcadia", National trust, 2015, fig 62. p.54.
(4) W.Koeppe, A Giusti, "Art of the Royal Court", Yale University Press, 2008, n°41, pp 176-177.
(5) S. Casteluccio, "Les meubles de pierres dures de Louis XIV et l'atelier des Gobelins", Dijon, éditions Faton, 2007, p. 23.
(6) S. Swynfen, D. Dodd, "Roman Splendour, English Arcadia", National trust, 2015, fig 16. p.15.


Estimation 50 000 - 80 000 €

Lot 10

PLAQUE EN LAPIS-LAZULI ITALIENNE DU XVIIe SIÈCLE

Estimation 50 000 - 80 000 € [$]

PLAQUE EN LAPIS-LAZULI ITALIENNE DU XVIIe SIÈCLE
Représentant deux figures drapées à l'antique, l'une assise et retenant une plume, un livre posé sur ses genoux, l'autre jouant de la lyre, dans un cadre en bois sculpté et doré
Dimensions (la plaque) : 21 x 15,5 cm (8 1/4 x 6 in.)
Dimensions (avec le cadre) : 44,5 x 38,5 cm (17 1/2 x 15 in.)

An Italian 17th century lapis-lazuli plaque

Le lapis lazuli, extrait en Afghanistan, fut convoité dès l'Antiquité pour son bleu intense et unique, en tant que gemme pour des objets de parure ou de culte en Mésopotamie et en Egypte, ou en tant que pigment. Rare et onéreux, il colore les plus belles enluminures du Moyen Âge ou du monde islamique, et, plus tard, les parties les plus précieuses comme les manteaux de la Vierge de la Renaissance italienne.
Pierre ornementale, son bleu outremer est parsemé d'éclats jaunes de pyrite. Si ces derniers ou les veines de calcite blanches sont trop nombreux il perd de sa valeur. Ainsi le 10 novembre 1662, Colbert insistait déjà sur la qualité du lapis "du plus beau qui se pourra trouver" et demandait à Strozzi de "prendre garde qu'il soit d'un beau bleu et surtout qu'il n'y ait point tant de seins blanches qu'il y en avait sur celuy que vous m'envoyastes au mois de juin dernier" (1).
Utilisé pour la profondeur de sa couleur bleue il vient orner les cabinets les plus riches, les plateaux de table en marqueterie de marbres et pierres polychromes dès le XVIe siècle. Les lapidaires en font des vases qui sont ensuite ornés de précieuses montures d'orfèvrerie. Ces œuvres d'un luxe inouï viennent alors enrichir les cabinets de curiosités des plus grands collectionneurs et souverains d'Europe, qui se fournissent auprès de l'atelier des Miseroni établi à Milan depuis le milieu du XVIe siècle, et dont la suprématie en la matière est alors incontestée. Le savoir-faire de cette dynastie de lapidaires s'étendra à Prague lorsqu'Ottavio Miseroni (1567-1624) entrera au service de Rodolphe II de Habsbourg (1152-1612). Empereur dès 1576, il installa sa cour en Bohême et fut le premier à fonder une manufacture spécialisée sur le modèle de la Galleria dei Lavori (1588) de Ferdinand Ier de Medicis. Cette initiative sera ensuite reprise par les rois de France, de Naples et d'Espagne.
Citons par exemple un grand vase en lapis lazuli, exécuté en 1583 dans les ateliers grands ducaux de Florence, ornée d'une monture en or émaillé par Jacques Bylivelt, d'après un dessin de Bernardo Buontalenti conservé à Florence au Musée degli Argenti (2).
Certaines pièces comportent ainsi des parties sculptées ou des ornements en bas-relief. Cependant rares sont les bas-reliefs en tant que tels exécutés en lapis-lazuli. La plupart du temps, le fond de lapis sert de ciel bleu profond et mouvementé dans des compositions en marqueterie ou d'arrière-plan à une scène peinte dont la composition s'appuie sur les veines de la pierre. Un autel de dévotion privé, muni au centre d'une plaque de lapis peinte de l'adoration des mages, exécuté à Rome vers 1620, fait partie des collections de Corsham Court dans le Wiltshire en Angleterre (3).
On connait des médaillons comme celui représentant en camée le portrait de profil du duc Côme Ier de Médicis, des collections du Metropolitan Museum de New York, sculpté en Italie vers 1567-1588, ou bien un autre illustrant le Jugement de Pâris, exécuté aussi en Italie vers 1580-1600, qui est lui conservé à Londres au Victoria and Albert Museum. Également, un autre médaillon orné d'une allégorie de la Musique, datant de la deuxième moitié du XVIe siècle, réalisé en France, mesurant 12 cm de hauteur, dans les collections du musée du Louvre.
Le couvercle d'une tabatière de la fin du XVIIe siècle, probablement hollandaise, encore des collections du Victoria and Albert Museum à Londres, est orné des figures de Diane et Callisto. Le dessous est orné des armoiries de Guillaume IV ou V d'Orange.
Le présent bas-relief ne serait-il pas quant à lui destiné à orner un cabinet ? Par son sujet mythologique, représentant Apollon ou Orphée tenant sa lyre auprès d'une Muse ou d'une allégorie de la Poésie et de la Littérature, on peut l'imaginer orner un cabinet, à l'instar de la marqueterie de marbres et pierres dures à l'effigie d'Orphée jouant de sa lyre pour charmer les animaux sur le cabinet Barberini, exécuté à Florence à la Galleria dei Lavori vers 1606-1623 conservé au Metropolitan Museum de
New-York (4) et le cabinet conservé au Detroit Institue of Art, ou bien du bas-relief de bronze doré représentant Apollon faisant écorcher Marsyas au sommet du cabinet conservé à Strasbourg au musée des arts décoratifs (5).
Citons en outre un cabinet romain vers 1640, entièrement garni de plaques de lapis-lazuli unies, faisant partie des collections de Belton House dans le Lincolnshire en Angleterre (6).

(1) S. Casteluccio, "Les meubles de pierres dures de Louis XIV et l'atelier des Gobelins", Dijon, éditions Faton, 2007, p. 44.
(2) A Giusti, "La marqueterie de pierres dures", Citadelles, 2005, fig 38, p. 51.
(3) S. Swynfen, D. Dodd, "Roman Splendour, English Arcadia", National trust, 2015, fig 62. p.54.
(4) W.Koeppe, A Giusti, "Art of the Royal Court", Yale University Press, 2008, n°41, pp 176-177.
(5) S. Casteluccio, "Les meubles de pierres dures de Louis XIV et l'atelier des Gobelins", Dijon, éditions Faton, 2007, p. 23.
(6) S. Swynfen, D. Dodd, "Roman Splendour, English Arcadia", National trust, 2015, fig 16. p.15.


Estimation 50 000 - 80 000 €

Détails de la vente

Vente : 3872
Date : 20 mai 2019 19:00
Commissaire-priseur : Isabelle Bresset

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